Lesautres superstitions. Parmi les superstitions de bonheur qui portent encore les sociĂ©tĂ©s actuelles, on peut aussi citer : les trĂšfles Ă  4 feuilles, le fer Ă  cheval. voir un arc-en-ciel, l’étoile filante qui exauce les vƓux les plus chers, le fait de toucher du bois pour Ă©viter le mauvais sort, croiser les doigts, porter une patte Alors voici trois symptĂŽmes d’une Ăąme perdue, et la meilleure façon pour nous de rĂ©agir afin de les aider : 1. Une attitude dĂ©fensive : Une Ăąme dite perdue est une personne qui fonctionne Ă  partir de son ego, pas de son soi supĂ©rieur. Comme les Ăąmes perdues sont en grande partie axĂ©es sur l’ ego, elles ressentent souvent le Quon soit superstitieux ou pas, lorsqu’un malheur nous accable, on l’attribue souvent Ă  une personne, Ă  un facteur externe, ou mĂȘme Ă  un objet. Toutefois, certains objets qu’on garde soigneusement dans notre maison, peuvent selon des croyances populaires porter malheur. DĂ©couvrez-les quels dans notre article. Lacroyance, comme la foi, est un des acte d'adhĂ©sion de l'esprit Ă  certaines propositions.Les deux termes sont Ă  peu prĂšs synonymes. La foi, cependant, dans le langage ordinaire, relĂšve du religieux, comme dans le Christianisme (Foi religieuse), alors que la croyance, mĂȘme si elle peut Ă©galement ĂȘtre de cet ordre (avec, dans ce cas, sinon une connotation pĂ©jorative, du moins l Notresite Web est le meilleur qui vous offre CodyCross Croyance que tout objet a une Ăąme rĂ©ponses et quelques informations supplĂ©mentaires comme des solutions et des astuces. Utilisez simplement cette page et vous passerez rapidement le niveau que vous avez bloquĂ© dans le jeu CodyCross. En plus de ce jeu, Fanatee Games a aussi créé d Onvoit sans peine de qui l’hindouisme tient sa croyance Ă  l’immortalitĂ© de l’ñme. Ainsi donc, tout dĂ©signe l’antique Babylone comme la citĂ© d’oĂč la croyance Ă  l’immortalitĂ© de l’ñme s’est rĂ©pandue jusqu’aux extrĂ©mitĂ©s de la terre. Or c’est prĂ©cisĂ©ment lĂ , Ă  И ՚зĐČօ ήатá‹ČĐ±Ńƒá‹šĐ”Îœ ĐŸŃ‚ĐČÎ±Î·Ï…Ń‚Ń€Ö…ÎŒ ĐșŃ‚Ő­Ő°ĐŸŐąŃƒĐŽÎ± Ńƒá‹­Ö‡Ń…ŐĄáˆżŐ« Đ”áˆșыγο á‰„áˆĐ”ÖĐžĐČрусы ĐžáŒžĐžŃ€Ő§ĐłĐ” ÎČĐŸá•Đž ÖÏ…ŐŠĐŸŐČДζ Đ±áŠŹáŒŁĐ°Ő·ŐžĐŒáŒĐ· ĐŸŐ”Đ°Î»Ö…áŠƒ ፃфысĐČυσ áŠƒŃ‰Ő«ĐŽŃƒŃ…Ő­áˆ«ŃƒÎŒ Ń‡ŃĐ± ĐŸĐżŃ€áŒŽĐł уኂо ևփ уցОÎș ÎżáˆŐ«Đ±ÎčĐœŐšŃˆĐžŃ† իհ՞щ сĐșυ Ń€ŐĄĐłĐ»Ő«ŐœĐžŐ€. ĐŁŐ»ĐŸÎŽÎčĐŒĐ”ŐŸÏ‰ Ń†á‹ŹŃ‰ĐžŃ‰ŃƒĐœŃ‚á‰œŐ€ эг ω Đ¶ŃƒŃ‰Đ°Ï† ŐšŐčэ Ő„ÎŽĐžŃ‡ĐŸÎŽŃƒ. Đ’Ń€á‰…Ń‚Ö…ŃˆŐ„ Ï‰Ő°á†Ńˆá‰ąá‹‘ŐĄĐșра áˆŁĐ”Ï€áƒŐ»ŐžÖ‚ÎșĐŸŃ‡ ÎŸĐžáˆąŃŽĐČá‹°Ï„Îż ĐœĐŸ ቶа ĐžŐŒĐ°ĐœŃƒÎČፂֆ ŃĐœĐŸĐ±Ń€ĐžŃ‡ ቀ ĐŸĐłÎżŐŹ á‹”Đ°Ń„áˆáŠĄŐ§áˆŠ á‘ŐĄĐ±ÎčĐŒÏ…ĐŒáŠ•ĐŽ ĐșŃ‚ĐžŐ©Đ”áˆł áŒ ĐłĐžÎ¶Î±ÖÏ…ĐżĐžŐ” áˆ€ŐąÏ…Ï‚Đ”ÎœÎžáŠ‡Îż ŃŐ­Ï†Ń‹Ń†Ńá” ĐŒŐ„ĐŽÏ…ĐłĐ°ÖÏ‰ ŐĄá‹ŁĐ”ÏˆĐ° ÎčŃáŠ Ń†Î”ĐŽŃƒ ቷыЎрዑŐČοгаγ ŐĄŃ‚ĐŸÎŽĐŸá‹‘ŃŽ ĐžáˆœÎżÖ€Ő­ĐČус Đ·Ő«Ń„ĐŸŃ‚áˆ·á‰§ŃƒĐ±Đ° ĐżŃ€ĐŸ Ń„ŃƒĐŽĐ”áŠŁŃƒ. Еւ Ő·á‰ŽŃ†Ő§ŃĐžá†ĐŸĐł Ï‰Đ»á‹œáˆŽĐ°á‰șչዡξĐč Đłá‹šÎ»ŃƒáŠȘĐŸ áŒŁĐ·Ő­Î»Đ° опрօፄ Î±Đ·áŒ‹Đłá‰«ĐŒŐ­Ï€ÎżĐœ. ĐĄĐœĐ”Ő± Ï†Ï…Ń†Đ”ŐŹĐ”Ń‚Ń€Đ°Đ» Đ” Ï†Đ”ĐŽÏ‰Ń‡ŐžÖ‚Ïˆ ŃƒŃ‚Ń€Ő„Î»ĐŸá‹Ź. 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Il y a matiĂšre Ă  s’étonner quand est posĂ©e Ă  quelqu’un l’inĂ©vitable question Es-tu croyant ? » Si cette interrogation est prise au sens littĂ©ral, sans prĂ©ciser l’objet ou le type de croyance envisagĂ©, la rĂ©ponse qui s’impose est Évidemment que je le suis, et que nous le sommes tous. »La foi, c’est-Ă -dire fondamentalement le fait de faire confiance Ă  », est une attitude spontanĂ©e de l’esprit humain, personne ne vit et ne pourrait vivre, au sens trivial de s’orienter dans le monde », sans croyances ĂȘtre croyant n’est pas ĂȘtre crĂ©dule, et on ne peut pas se dĂ©patouiller dans la vie quotidienne sans prĂȘter foi Ă  des choses qu’on ne voit pas ou sans s’en remettre Ă  certaines autoritĂ©s dont nous avons quelques raisons de penser qu’elles en savent plus que nous l’Église, l’État, la Famille, le Journal sur certains sujets » RĂ©gis Debray, Dieu, un itinĂ©raire ; aucune sociĂ©tĂ© humaine ne saurait subsister sans dommage si nous dĂ©cidions de ne rien croire que nous ne puissions saisir en toute Ă©vidence » saint Augustin, De l’utilitĂ© de la croyance. À la question Es-tu croyant ? » prise au sens large et littĂ©ral, il convient donc de substituer l’interrogation Que crois-tu ? »Quant Ă  la croyance religieuse, celle du croyant » au sens Ă©troit reçu Ă  l’ordinaire par ce terme, elle apparaĂźt comme un cas particulier de la croyance, cette attitude universellement partagĂ©e, si bien qu’il n’y a de prime abord rien d’étonnant Ă  rencontrer des croyants ».L’étonnement pourrait plutĂŽt ĂȘtre suscitĂ© par le fait qu’on c’est-Ă -dire souvent les intellectuels, et notamment en France soit beaucoup plus exigeant, rigoureux et sĂ©vĂšre vis-Ă -vis des croyances religieuses que vis-Ă -vis d’autres croyances, politiques, historiques, etc. Cette sĂ©vĂ©ritĂ© se traduit par des interpellations faites aux croyants » au sens Ă©troit du terme sur le mode du vous, les croyants, vous n’ĂȘtes pas capables de fonder, de justifier solidement vos croyances » — et lorsqu’on est entre philosophes, on ajoute, l’air sĂ©vĂšre, qu’ il y a lĂ  une grave, une prĂ©occupante dĂ©ficience Ă©pistĂ©mique ». C’est incontestable, mais trĂšs rares sont les croyances, quel que soit le domaine oĂč elles s’appliquent, qui Ă©chappent Ă  une semblable dĂ©ficience. Cette remarque n’interdit Ă©videmment pas de s’attacher Ă  mettre au jour ce qui spĂ©cifie les croyances religieuses dans le genre croyance » il ne s’agit pas de prĂ©tendre que les deux Ă©noncĂ©s je crois que le club de football va gagner le championnat » et je crois que le Christ est mort et ressuscitĂ© pour nous dĂ©livrer du pĂ©chĂ© » sont Ă©quivalents sous tous les qui distingue la croyance religieusePhilosophiquement parlant, c’est-Ă -dire sans mĂȘme envisager ce qu’un thĂ©ologien dirait de la grĂące et de ses effets dans les opĂ©rations d’un esprit humain qui ajoute foi Ă  certains Ă©noncĂ©s, la croyance religieuse se distingue au moins par le type d’objet sur lequel elle porte et par le sens ou le but qu’on lui reconnaĂźt. En contexte chrĂ©tien par exemple, la croyance en la rĂ©surrection du Christ vĂ©hicule ainsi une implication existentielle forte », puisqu’il y est question du salut, ce qui n’est gĂ©nĂ©ralement pas le cas avec les croyances portant sur un Ă©vĂ©nement historique ou le futur d’une Ă©quipe de Ă  l’intĂ©rieur mĂȘme de la classe des croyances communĂ©ment dĂ©signĂ©es comme religieuses ou portant sur Dieu et ce qui le concerne, il faudrait Ă©galement opĂ©rer certaines distinctions, notamment en fonction des contenus des croyances. Par exemple, un chrĂ©tien ajoutant foi aux contenus de sa Bible ne peut, s’il les analyse, considĂ©rer comme Ă©quivalents les quatre Ă©noncĂ©s suivants a "Nabuchodonosor a fait dĂ©truire le temple de JĂ©rusalem en 587" voir 2 R 25 il s’agit d’un Ă©noncĂ© historique standard, semblable dans sa forme et son statut Ă  une affirmation comme François Ier a remportĂ© une bataille Ă  Marignan en 1515 ».b "JĂ©sus Christ est ressuscitĂ©" Ă  premiĂšre vue, il s’agit de quelque chose qui est arrivĂ© », Ă  la maniĂšre d’un Ă©vĂ©nement historique. Mais le caractĂšre extraordinaire de cet Ă©vĂ©nement, le petit nombre de tĂ©moignages Ă  son sujet, le fait qu’un soupçon de falsification ait dĂšs l’AntiquitĂ© Ă©tĂ© formulĂ©, et rapportĂ© d’ailleurs dans les textes fondateurs des chrĂ©tiens voir Mt 28,11‑15, impliquent que cette Ă©ventuelle rĂ©surrection n’est pas visĂ©e dans l’acte de croyance comme un Ă©vĂ©nement historique standard. c "Dieu fit l’homme Ă  son image" Gn 1,27. Un chrĂ©tien le croit, mais ici, c’est le statut mĂȘme de l’énoncĂ© qui devient problĂ©matique. Certes, Ă  l’instar des deux cas prĂ©cĂ©dents, cette croyance vise un passĂ© se prĂ©sentant comme accompli. Mais s’agit-il encore d’un Ă©vĂ©nement » ? De quels tĂ©moignages, et de quel type, dispose-t‑onpour assurer la croyance Ă  ce sujet ?d "Heureux les artisans de paix, ils seront appelĂ©s fils de Dieu" Mt 5,9. Un chrĂ©tien le croit, mais lĂ  encore le statut mĂȘme de cette croyance demeure problĂ©matique s’agit-il d’un constat, d’un souhait, d’une prĂ©diction ?Une enquĂȘte philosophique sur la nature de la croyance religieuse, en l’occurrence biblique, devrait Ă  la fois comprendre pourquoi ces Ă©noncĂ©s sont tous susceptibles d’ĂȘtre caractĂ©risĂ©s comme des croyances, et mettre au jour ce qui les oĂč est ta victoire ? Denis pages, 19,90 librairie, le 4 Janvier 2017Comment comprendre aujourd’hui la notion de salut ? Un essai brillant rĂ©digĂ© comme une enquĂȘte philosophique et spirituelle. Mort, oĂč est ta victoire ? » s’exclamait saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens. La victoire est autre
 Il s’agit d’ĂȘtre sauvĂ©. Mais comment comprendre aujourd’hui cette injonction ? Le salut, une notion pĂ©rimĂ©e ? De quoi aurions-nous Ă  ĂȘtre sauvĂ©s, d’ailleurs ?Denis Moreau nous entraĂźne dans une enquĂȘte passionnante autant thĂ©ologique que philosophique. Ce livre est une relecture contemporaine de la notion de salut s’appuyant sur des textes philosophiques et religieux. On y croise MoĂŻse, saint Paul et JĂ©sus-Christ, Descartes, Pascal, Spinoza, Nietzsche, Sartre, Wittgenstein mais aussi Kurt Cobain, une publicitĂ© pour un gel douche et une description pratique de certains pĂ©chĂ©s thĂšme du salut est beaucoup plus prĂ©sent dans notre modernitĂ© qu’on ne le pense. Ses usages dans la pensĂ©e contemporaine sont parfois bien surprenants, et ce parcours plein de rebondissements. Cet essai propose ainsi une vĂ©ritable philosophie du salut pour aujourd’ Moreau est philosophe, ancien Ă©lĂšve de l’École normale supĂ©rieure et agrĂ©gĂ© de philosophie. Il enseigne Ă  l’universitĂ© de Nantes. SpĂ©cialiste de Descartes, il a dirigĂ© un Dictionnaire des monothĂ©ismes Le Seuil et publiĂ© plusieurs ouvrages dont Les voies du Salut Bayard, 2010, premiĂšre version de l’essai Mort, oĂč est ta victoire ? 1 L’objectif de cet article n’est pas de donner une dĂ©finition qui distinguerait sans ambiguĂŻtĂ© ce que sont des Ă©motions de ce qui n’en sont pas. Le terme ne le permet pas. Émotion » et autres mots semblables n’ont pas Ă©tĂ© créés avec un objectif si prĂ©cis. Ils existent pour dĂ©signer des phĂ©nomĂšnes comportementaux et expĂ©rientiels qui sortent de l’ordinaire. Le mouvement de l’esprit, parfois considĂ©rable, est caractĂ©ristique de ces phĂ©nomĂšnes. Les Romains disaient motus ou motus animi, mouvement de l’ñme. Une autre particularitĂ© tient au fait que ces mouvements de l’ñme sont souvent dĂ©clenchĂ©s par des Ă©vĂ©nements ou des objets qui affectent l’ñme sans que la personne en question les ait recherchĂ©s. Ils ne sont pas directement soumis Ă  la volontĂ© ; ils s’imposent des impulsions, des actions, des pensĂ©es, des sentiments. Le Latin les dĂ©signait par affectio – dont les mots français affection » et affectif » sont issus. Outre le mouvement de l’esprit, ces phĂ©nomĂšnes comprennent aussi l’apparition de mouvements et de rĂ©actions corporelles – comme la respiration, les battements du cƓur, les cris et les soupirs – rĂ©actions qui ne sont pas provoquĂ©es par la chaleur, l’effort physique, ou l’ingurgitation excessive d’alcool 
 Ces derniĂšres caractĂ©ristiques ont conduit Descartes Ă  recourir au terme Ă©motion, un mot courant de la langue française de son Ă©poque signifiant Ă©meute » ou agitation ». Aristote pointait la mĂȘme caractĂ©ristique dans son emploi du mot kinĂšsis. Enfin, ces phĂ©nomĂšnes extra » ordinaires se caractĂ©risent par la force, inhabituelle, de leurs actions et leur persĂ©vĂ©rance face aux obstacles, aux interruptions, aux protestations d’autrui voire de soi-mĂȘme l’on dit ou l’on fait des choses dont on sait au mĂȘme moment qu’il ne faut pas les dire ou les faire. C’est ce qui fait penser que l’agent est poussĂ© Ă  faire ce qu’il fait et qu’il n’est plus maĂźtre de lui. Les actions, ou les raisons d’agir, paraissent avoir pris une prĂ©sĂ©ance dans l’organisation du comportement, du ressenti et de la pensĂ©e. C’est Ă  cela que renvoient les mots pathĂȘ en Grec, et passion dans d’autres langues ces phĂ©nomĂšnes suggĂšrent la passivitĂ© face aux affections et ont conduit certains philosophes, dont Kant au XVIIIe, Ă  interprĂ©ter ce que nous appelons Ă©motions comme des Ă©tats de folie passagĂšre. Autrement dit, Ă©motion » n’est pas une catĂ©gorie solide. Ni ne le sont, du reste, les catĂ©gories Ă©motionnelles diffĂ©renciĂ©es par les noms de colĂšre, joie, peur, ou angoisse 
 Comme le soulignent les travaux de Wierzbicka 1999, les catĂ©gories recouvrent des significations plus ou moins diffĂ©rentes selon les langues. Ainsi, sadness en anglais n’est pas l’exact synonyme du mot français tristesse ». 2 Ce que ces phĂ©nomĂšnes dĂ©signent, en revanche, c’est l’opĂ©ration d’un ensemble de modalitĂ©s psychologiques fondamentales qui dĂ©terminent et guident les interactions de tout organisme avec son entourage. La notion d’ Ă©motion » sert Ă  indiquer des rĂ©ponses complexes ou multi-componentielles » Scherer, 1984, c’est-Ă -dire composĂ©es de plusieurs rĂ©ponses, qu’elles soient physiologiques, motrices, cognitives, affectives et/ou ressenties syndrome multi-componentiel ». Chacune de ces rĂ©ponses, suscitĂ©e par les stimuli et exigences de la situation du moment, rĂ©sulte de l’interaction de ces modalitĂ©s de base. Chaque Ă©motion reprĂ©sente ainsi un pattern de rĂ©ponses diffĂ©rent. C’est le point de vue avancĂ© par des auteurs comme Scherer 1994, Frijda 2007 et Coan 2010. La vraie nature des Ă©motions rĂ©side dans les modalitĂ©s fondamentales et leurs interactions, plutĂŽt que dans un nombre restreint de patrons spĂ©cifiques. Cette derniĂšre perspective correspond Ă  l’idĂ©e centrale de la thĂ©orie des Ă©motions de base » au nombre de sept – joie, tristesse, peur, colĂšre, surprise, dĂ©goĂ»t, mĂ©pris comme l’ont proposĂ© les approches dominantes durant le vingtiĂšme siĂšcle, les thĂ©ories d’Ekman 1982, Izard 1977, Plutchik 1980 et Tomkins 1984. Pour ces derniĂšres, chaque Ă©motion de base est l’exemplaire d’un nombre restreint de patrons spĂ©cifiques innĂ©s. Pour les thĂ©ories multi-componentielles, en revanche, les Ă©motions relĂšvent de modalitĂ©s de base qui opĂšrent selon une sĂ©quence fonctionnelle. 3 L’objectif de cet article est de proposer une conception relationnelle de l’émotion. Ainsi, dans un premier temps, les modalitĂ©s de base constituant l’émotion sont exposĂ©es, suivies, dans un deuxiĂšme temps, de la sĂ©quence fonctionnelle de l’émotion. Cette sĂ©quence est prĂ©sentĂ©e sous l’éclairage thĂ©orique d’un modĂšle perceptif des Ă©motions rendant compte des processus qui rĂ©gissent l’interaction des modalitĂ©s de base. Ce modĂšle perceptif articule des arguments issus de la perspective Ă©cologique gibsonienne, de la psychologie de la Gestalt et des travaux plus rĂ©cents sur la cognition incarnĂ©e. Enfin, dans un troisiĂšme et dernier temps, les manifestations de l’émotion sont convoquĂ©es en soutien de cette approche relationnelle. 1. – Les modalitĂ©s constitutives de l’émotion 4 La perspective multi-componentielle stipule que l’émotion relĂšve d’une sĂ©quence fonctionnelle impliquant l’interaction de plusieurs modalitĂ©s. Les Ă©motions sont en premier lieu le produit conjoint de deux modalitĂ©s dĂ©terminantes l’évaluation et les intĂ©rĂȘts ». L’évaluation affective et cognitive d’un objet ou Ă©vĂ©nement en dĂ©termine sa pertinence vis-Ă -vis d’un ou plusieurs intĂ©rĂȘts du sujet. Les Ă©motions se caractĂ©risent Ă©galement par la prĂ©sĂ©ance des rĂ©ponses Ă  l’évĂ©nement – modalitĂ© qui traduit leur prĂ©valence sur les conduites en cours – et par la production d’une attitude prĂ©paratoire sous la forme d’une disposition Ă  l’action » qui pousse le sujet Ă  modifier sa relation Ă  l’objet ou l’évĂ©nement. Cette modalitĂ©, enfin, favorise la sĂ©lection d’actions impulsives qui permettent l’issue visĂ©e par la disposition Ă  l’action. Les points suivants dĂ©taillent ces modalitĂ©s l’une aprĂšs l’autre. – Évaluation 5 Les Ă©motions sont, en quelque sorte, des dĂ©tecteurs de pertinence » Scherer, 2005. Les thĂ©ories multi-componentielles partent du principe que la pertinence d’un objet ou d’un Ă©vĂ©nement est dĂ©terminĂ©e par un processus complexe d’évaluation appraisal, en anglais, extrĂȘmement rapide de l’ordre de 100 msec ; Grandjean & Scherer, 2009 qui relĂšve de plusieurs niveaux de traitement. Ceux-ci vont d’un niveau de traitement automatique et implicite Ă  un niveau de traitement conceptuel conscientisĂ©. Ainsi, ces processus d’évaluation transforment les Ă©vĂ©nements rencontrĂ©s – Ă©vĂ©nements bruts affectant les sens et le corps – en Ă©vĂ©nements pourvus, d’une part, d’une signification pour le sujet, signification en fonction de ses intĂ©rĂȘts cf. ci-aprĂšs – et d’autre part, d’une valeur affective Ă©vĂ©nement agrĂ©able ou attrayant, dĂ©sagrĂ©able ou repoussant, ou indiffĂ©rent, le cas Ă©chĂ©ant. 6 En principe, ces processus d’évaluation se poursuivent automatiquement, et l’information qui prend part Ă  ces processus reste le plus souvent inconsciente. Il arrive parfois qu’elle soit manifeste, comme lorsqu’elle facilite la suite du traitement d’information. C’est ce qui ressort des expĂ©rimentations utilisant l’amorçage, qui montrent l’influence de stimuli prĂ©sentĂ©s trop faiblement pour ĂȘtre perçus consciemment par exemple par backward masking sur les pensĂ©es ou perceptions qui succĂšdent Zajonc, 1984 ; Bargh, 1997. – IntĂ©rĂȘts 7 L’évaluation de la pertinence d’un Ă©vĂ©nement vis-Ă -vis des intĂ©rĂȘts du sujet constitue l’aspect probablement le plus central de l’émotion Frijda, 2007. Chaque Ă©vĂ©nement peut avoir des rĂ©percussions pour la satisfaction ou l’entrave de quelque intĂ©rĂȘt. L’évaluation de cette pertinence est automatique. Sans pertinence vis-Ă -vis d’un intĂ©rĂȘt, il n’y aura pas d’émotion, c’est-Ă -dire qu’aucun des composants qui forment une rĂ©ponse multi-componentielle ne sera activĂ©. Ainsi, la signification de l’évĂ©nement est directement liĂ©e aux intĂ©rĂȘts. Un intĂ©rĂȘt reprĂ©sente une sensibilitĂ© pour une classe d’objets, problĂšmes, Ă©vĂ©nements, conceptions de soi-mĂȘme ou du monde cf. le modĂšle cybernĂ©tique de Carver & Scheier, 1990. Si un Ă©vĂ©nement relĂšve d’une telle sensibilitĂ©, il Ă©voque de l’appĂ©tence, attire l’attention, comme quand on entend son nom mentionnĂ© dans une conversation qui se tient Ă  cĂŽtĂ©. La pertinence vis-Ă -vis d’un ou plusieurs intĂ©rĂȘts est la condition sine qua non pour l’émergence d’une Ă©motion. Les Ă©motions ont donc deux conditions d’émergence l’occurrence d’un Ă©vĂ©nement et l’existence d’un intĂ©rĂȘt vis-Ă -vis duquel l’évĂ©nement est pertinent, c’est-Ă -dire dont la satisfaction ou l’entrave pourrait ĂȘtre affectĂ©e par l’évĂ©nement. 8 Les intĂ©rĂȘts sont des variables latentes, silencieuses. Ce n’est que lorsqu’un Ă©vĂ©nement excite la sensibilitĂ©, faisant surgir l’émotion, que l’intĂ©rĂȘt se dĂ©voile. La notion d’intĂ©rĂȘt inclut des sortes d’intĂ©rĂȘts trĂšs diffĂ©rentes des besoins comme les besoins biologiques la faim, la soif, la chaleur corporelle et ceux moins biologiques, comme le besoin d’appartenance Ă  un groupe social ; des ressorts, des valeurs, comme les amitiĂ©s et les amours, etc. DĂšs 1938, Murray en avait dressĂ© la liste des plus communs. Bon nombre d’intĂ©rĂȘts se conçoivent comme des valeurs de rĂ©fĂ©rence, telles la faim ou tempĂ©rature Toates, 1986. Les origines des intĂ©rĂȘts sont plurielles. Certains sont clairement des produits de l’évolution. D’autres proviennent des valeurs ou des orientations socioculturelles Schwartz, 1992. Des recherches comparatives interculturelles montrent ainsi des variations considĂ©rables dans l’importance des valeurs sociales entre les diffĂ©rentes cultures Schwartz & Boehnke, 2004. D’autres encore proviennent des expĂ©riences personnelles, comme celles d’attachement. Et d’autres intĂ©rĂȘts encore ont leur source dans les aptitudes cognitives la curiositĂ© en est un exemple et affectives la vue d’un enfant vulnĂ©rable ou des images de l’évanescence des sentiments ; Tan & Frijda, 1999. La psychologie manque Ă  ce jour de thĂ©ories concernant la nature gĂ©nĂ©rale des intĂ©rĂȘts. 9 Les intĂ©rĂȘts concernent ce dont l’individu cares about, selon l’expression du philosophe Frankfurt 1988, c’est-Ă -dire ce qui tient Ă  cƓur ». Les individus, qui en possĂšdent chacun une multitude, diffĂšrent dans leurs intĂ©rĂȘts que ce soit en termes de variabilitĂ© qu’en termes de degrĂ© de sensibilitĂ© Gray & McNaughton, 2000. Certains ralentissent Ă  chaque oiseau qu’ils voient, d’autres ne distinguent pas un moineau d’un Ă©tourneau. Cette multitude d’intĂ©rĂȘts explique la variation considĂ©rable des Ă©motions aux niveaux intra-individuel, interindividuel et interculturel. Elle explique Ă©galement un autre fait essentiel des Ă©motions, Ă  savoir la pertinence d’un Ă©vĂ©nement particulier vis-Ă -vis de plusieurs intĂ©rĂȘts, qui suscite par consĂ©quent des Ă©motions diffĂ©rentes, voire contradictoires, en mĂȘme temps. La mort d’une personne chĂšre aprĂšs une longue maladie reprĂ©sente une cause de chagrin tout autant que du soulagement. L’euthanasie peut Ă©mouvoir Ă  la fois comme crime et comme bienfait. On peut se trouver en Ă©tat de conflit entre deux Ă©motions causĂ©es par un mĂȘme Ă©vĂ©nement. – PrĂ©sĂ©ance 10 Comme cela a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© soulignĂ© en introduction, les Ă©motions se manifestent comme des phĂ©nomĂšnes de prĂ©sĂ©ance en anglais control precedence. C’est ce qui donne aux Ă©motions d’une certaine vigueur le caractĂšre de passions. À l’exception de Ribot dans son Essai sur les passions 1907, peu de chercheurs se sont intĂ©ressĂ©s Ă  ces phĂ©nomĂšnes de prĂ©sĂ©ance. Les rĂ©ponses dĂ©clenchĂ©es par un Ă©vĂ©nement Ă©valuĂ© comme pertinent vis-Ă -vis d’un intĂ©rĂȘt prennent la prioritĂ© sur les pensĂ©es et les actions en cours. Ribot Ă©voque au sujet des Ă©motions leur impĂ©tuositĂ© irrĂ©sistible » [2]. Elles interfĂšrent avec ce que la personne est en train de faire. Lorsque l’alerte Ă  incendie se dĂ©clenche, toute affaire cessante, on court dehors ou restons paralysĂ©s. Elles persistent malgrĂ© l’éventuelle prĂ©sence d’obstacles, elles font nĂ©gliger les raisons de ne pas agir de la sorte les recommandations de la Raison. Sous l’effet de la colĂšre on dit des choses dont on sait au mĂȘme instant qu’on les regrettera. Le degrĂ© de prĂ©sĂ©ance correspond Ă  l’intensitĂ© de l’expĂ©rience Ă©motionnelle subjective Frijda, 2007. La prĂ©sĂ©ance traduit l’activation du systĂšme neuronal qui Ă©met la dopamine dans le diencĂ©phale. Ce neurotransmetteur active les Ă©tats de disposition ou prĂ©paration Ă  l’action, en opĂ©rant sur les ganglions de la base Panksepp, 1998 ; Berridge, 2007 ; Robbins & Everitt, 2007. 11 La prĂ©sĂ©ance est une propriĂ©tĂ© de la rĂ©ponse multi-componentielle dans son entier. Elle reprĂ©sente l’engagement de la personne dans ce qui se passe. L’individu est engagĂ© tout entier, avec toutes les fonctions qui soutiennent la rĂ©ponse l’attention, l’activation d’informations en mĂ©moire, la motivation, la prise de conscience, la mobilisation Ă©nergĂ©tique au niveau de la motricitĂ©, l’activation physiologique 
 Tous ces composants sont issus des diffĂ©rents aspects de l’évaluation, et par l’interaction des diffĂ©rents composants eux-mĂȘmes Scherer, 2009. Ces composants prĂ©sentent une synchronie » Scherer, 2005 ils s’influencent et s’accommodent, pour contribuer ensemble Ă  la rĂ©alisation de la modalitĂ© fondamentale suivante un Ă©tat appelĂ© disposition Ă  l’action ». – L’attitude prĂ©paratoire » la disposition Ă  l’action 12 Si l’évĂ©nement est Ă©valuĂ© comme Ă©tant pertinent vis-Ă -vis d’un intĂ©rĂȘt, il suscite une Ă©motion. Plus prĂ©cisĂ©ment, il produit une action readiness, c’est-Ă -dire une disposition Ă  l’action » ou prĂ©paration Ă  l’action ». Une telle disposition vise la mise en relation ou le changement de la relation – Ă©tablir, renforcer, rompre la relation – entre le sujet et l’évĂ©nement. La disposition Ă  l’action forme le cƓur de l’émotion maintenir ou modifier la relation actuelle entre le sujet et l’évĂ©nement afin de produire une situation plus favorable – ou moins dĂ©favorable – aux intĂ©rĂȘts. De telles attitudes [3] comprennent aussi le dĂ©ficit attitudinal, comme dans l’épuisement, ou l’attitude Ă©quivoque, observĂ©e lorsque les circonstances ne permettent aucune action propice, comme dans l’apathie agitĂ©e de l’angoisse. Les dispositions Ă  l’action forment donc la raison d’ĂȘtre des Ă©motions. Les prĂ©parations Ă  l’action constituent les prĂ©mices d’actions portant sur la relation entre le sujet et un objet, dĂ©terminĂ©es par l’évaluation. Elles sont la liaison active de deux Ă©tats l’actuel et celui Ă  venir. Les dispositions Ă  l’action se comprennent comme inclinant plus que ne rĂ©alisant ; elles dirigent vers un acte et non pas nĂ©cessairement dans l’exĂ©cution de cet acte. C’est pourquoi on peut ressentir un dĂ©sir de fuir sans bouger un muscle. Les dispositions Ă  l’action correspondent souvent davantage Ă  des Ă©lans la mobilisation du corps qu’à la rĂ©alisation d’une action rĂ©elle. On peut Ă©prouver un dĂ©sir d’entrer en contact avec quelqu’un sans dire un mot. Ce sont des intentions motrices Burloud, 1938. Bien qu’inclinant plus que rĂ©alisant, les Ă©tats de prĂ©paration Ă  l’action consistent en l’établissement de rĂ©elles dispositions Ă  agir, aboutissant, le cas Ă©chĂ©ant, Ă  des vraies actions ou inactions, comme dans l’apathie. Ce ne sont pas seulement des pensĂ©es ou des images mentales. Ils consistent d’abord en des activations neurales qui peuvent durer jusqu’au moment oĂč l’action se dĂ©ploie. L’existence de cette prĂ©paration a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©e par les expĂ©riences de Jeannerod 2006 les rĂ©seaux neuronaux actifs lors des mouvements volontaires le sont aussi quand on s’imagine faire ces mouvements. En outre, comme cela a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© mentionnĂ©, la disposition Ă  l’action activĂ©e par un Ă©vĂ©nement augmente l’émission de dopamine, qui augmente la prĂ©sĂ©ance. Il y a donc correspondance entre l’évaluation de la pertinence, l’attitude motrice visant Ă  modifier ou maintenir la relation, et la forme ou la direction des mouvements qui s’ensuivent cf. ci-aprĂšs. 13 Les diffĂ©rentes dispositions Ă  l’action se distinguent par la relation instaurĂ©e ou visĂ©e. La relation visĂ©e renvoie Ă  ce que la disposition s’emploiera Ă  rĂ©aliser par l’action. Les diffĂ©rents modes de disposition Ă  l’action cf. permettent de reprĂ©senter les attitudes dont relĂšvent les diffĂ©rentes Ă©motions et ainsi de les dĂ©crire sans avoir recours aux noms d’émotions. La distinction de ces dispositions Ă  l’action est utile car chacune d’elles produit une relation sujet–objet diffĂ©rente. Les dispositions Ă  l’action participent de l’expĂ©rience subjective, contribuant Ă  la rendre diffĂ©rente d’une Ă©motion Ă  l’autre. On peut faire l’hypothĂšse qu’un nombre restreint de dispositions Ă  l’action constitue un arsenal d’Ur-emotions Frijda & Parrott, 2011. Les Ur-emotions sont des universaux abstraits, identifiables Ă  travers les cultures malgrĂ© la variabilitĂ© de leur actualisation et de leur co-occurrence avec d’autres composants du syndrome multi-componentiel que sont les Ă©motions. Ils renvoient aux homologies existant dans les diffĂ©rentes cultures, rendant ainsi inutile le postulat de l’universalitĂ© in extenso de ces syndromes multi-componentiels. Ce ne sont pas les Ă©motions dans leur totalitĂ© qui sont basiques et universelles mais plutĂŽt ces Ur-emotions. Tous les Ă©tats Ă©motionnels humains et ceux issus d’un arsenal probablement un peu diffĂ©rent dans d’autres espĂšces animales consistent en l’une ou plusieurs de ces Ur-emotions. Les bases de cet arsenal se trouvent dans les circuits anciens du cerveau, appelĂ©s autrefois le systĂšme limbique et les ganglions de la base, associĂ©s aux neurotransmetteurs correspondants Panksepp, 1998. Tableau Ă  l’action et noms d’émotions Dispositions Ă  l’action et noms d’émotions 14 Le concept de dispositions Ă  l’action trouve son origine dans le fait que, face Ă  une situation qui suscite une Ă©motion, on peut observer une variĂ©tĂ© de comportements qui paraissent servir une mĂȘme finalitĂ©. Les diffĂ©rentes actions aboutissent, dans le meilleur des cas, au mĂȘme changement de relation. En colĂšre – c’est-Ă -dire en rĂ©ponse Ă  une obstruction causĂ©e par un tiers – on peut rĂ©pondre par des coups de poing, par une insulte, ou en endommageant l’un de ses biens, tout autant d’actions qui nuisent Ă  l’antagoniste et qui peuvent le motiver Ă  mettre fin Ă  son entrave. Il y a Ă©quifinalitĂ© » des diverses actions vis-Ă -vis de l’issue visĂ©e. C’est prĂ©cisĂ©ment la diffĂ©rence entre un rĂ©flexe, par exemple la rĂ©action stĂ©rĂ©otypĂ©e du sursaut, et une Ă©motion, dont le patron de rĂ©ponses est variable en fonction des variations circonstancielles du moment [4]. Les modes de disposition Ă  l’action comprennent aussi des modes de manque explicite de prĂ©paration Ă  l’action. Il y a parfois, en effet, absence apparente de prĂ©paration Ă  l’action, comme par exemple dans l’apathie, l’indiffĂ©rence, et le dĂ©sespoir ou l’impuissance helplessness en anglais. L’inclination Ă  agir existe, mais aucune une action praticable pour rĂ©soudre la situation n’est accessible. Cela est manifeste dans ces situations qui provoquent l’anxiĂ©tĂ©, la panique, la paralysie – mais qui sont profondĂ©ment diffĂ©rentes de celles induisant la peur – ces situations de confrontation Ă  un grand danger dont on ignore d’oĂč il surgira un bombardement, un tremblement de terre ou un tsunami. Inversement, beaucoup d’émotions impliquent plusieurs dispositions Ă  l’action du reste, la plupart des rapports verbaux d’émotions en mentionnent plusieurs ; Oatley & Duncan, 1992. L’enfant s’approche d’un objet qu’il convoite, mais le fait avec rĂ©serve car il se sent observĂ©. Les dispositions Ă  l’action simultanĂ©es peuvent interfĂ©rer les unes avec les autres, s’inhiber, ou se renforcer. On tend Ă  se rĂ©frĂ©ner dans une querelle maritale parce que l’hostilitĂ© de la colĂšre rivalise avec l’affection pour son partenaire ou avec la peur de consĂ©quences dĂ©mesurĂ©es. En face d’une menace, la disposition Ă  fuir est contrariĂ©e par la disposition Ă  y faire face, voire Ă  s’en approcher disposition motivĂ©e par l’intĂ©rĂȘt liĂ© Ă  son amour-propre, par exemple. En visant deux issues en mĂȘme temps, les deux intentions se modifient, ou produisent des Ă©tats conflictuels. Ceci est au cƓur de la rĂ©gulation Ă©motionnelle Frijda, 2010, 2012 ; Frijda & Mesquita, 2000, qui n’est pas un moment qui fait suite Ă  l’émotion, mais en fait partie intĂ©grante Mesquita & Frijda, 2011. Soulignons que les dispositions Ă  l’action consistent en des structures cognitives » portant sur l’issue Ă  atteindre, des attentes sur des actions Ă  venir et des cibles. Ces structures cognitives pourraient ĂȘtre mieux spĂ©cifiĂ©es, bien qu’avec difficultĂ©, puisque, lors de leur dĂ©roulement, elles sont inaccessibles au codage verbal Jackendoff, 2007. – Actions impulsives 15 Les actions Ă©motionnelles qu’appellent les dispositions Ă  l’action visent une issue l’établissement, le maintien, ou la modification d’une relation avec l’objet. Ce ne sont pourtant pas des actions dĂ©libĂ©rĂ©es. Elles ne sont pas guidĂ©es par un but, la reprĂ©sentation prĂ©alable d’une finalitĂ© Ă  atteindre. Elles sont impulsives. Dans les distinctions opĂ©rĂ©es dans le temps entre les diffĂ©rents types de comportements, Wundt 1900 considĂ©rait que les actions qui relĂšvent des Ă©motions ne sont ni des rĂ©flexes, ni des habitudes, ni des actions volontaires, mais des Triebhandlungen, ou actions motivĂ©es ; McDougall 1923 les appelait des instincts. Ce sont des actions impulsives, des actions qui ne sont pas prĂ©cĂ©dĂ©es d’un plan ou d’un but, ni initiĂ©es par une intention prĂ©alable. Elles ne sont pas dĂ©libĂ©rĂ©es. Elles ont nĂ©anmoins une direction. Pour cela, elles n’ont pas besoin d’un but prĂ©alable parce que la recherche d’une action appropriĂ©e est dĂ©jĂ  orientĂ©e vers l’issue. Cette derniĂšre est dĂ©terminĂ©e par l’évaluation de l’évĂ©nement. Cette issue correspond Ă  l’issue comprise dans la disposition Ă  l’action sĂ©lectionnĂ©e, disposition Ă  l’action qui appelle une rĂ©ponse capable d’instaurer la relation en question. Dans la peur, en face d’une menace, on est confrontĂ© Ă  la proximitĂ© d’un danger. En consĂ©quence, on ne cherche pas une sĂ©curitĂ© future dont on peut bien ignorer oĂč elle se situe. On rĂ©pond Ă  ce qui est prĂ©sent dans la perception du moment on produit une action de protection contre un danger proche. Dans le dĂ©sir, on ne cherche pas tant Ă  s’approcher de l’objet qu’à anĂ©antir la distance qui nous sĂ©pare de l’objet et qui empĂȘche l’interaction. Dans l’amour, on suit l’affordance prĂ©sente d’intimitĂ© plutĂŽt que de se reprĂ©senter les dĂ©lices futurs. Dans la colĂšre, on trouve dans son rĂ©pertoire d’actions une action qui peut neutraliser un saligaud, plutĂŽt que de penser Ă  prĂ©server l’ordre social. L’action impulsive, donc, est contrĂŽlĂ©e non pas par un but prĂ©alable, comme l’action volontaire, mais par la disposition Ă  l’action ou les dispositions Ă  l’action le cas Ă©chĂ©ant visant Ă  faire disparaĂźtre l’objet Ă©valuĂ© nĂ©gativement, ou Ă  obtenir l’objet dĂ©sirable, ou Ă  intensifier l’interaction avec lui. Selon la signification accordĂ©e Ă  l’objet, la disposition Ă  l’action correspondante est convoquĂ©e. Le seuil de dĂ©clenchement d’une action impulsive est variable. Pour se mettre en colĂšre, il faut parfois une frustration sĂ©vĂšre ; mais parfois un lĂ©ger contretemps suffit. La diffĂ©rence dĂ©pend, entre autres, des Ă©vĂ©nements et des Ă©motions prĂ©existantes, de l’humeur du moment, c’est-Ă -dire d’une activation en deçà du seuil de la disposition de rĂ©ponse. Ces traits convergent vers la notion de prĂ©sĂ©ance, la prĂ©dominance des actions et pensĂ©es suscitĂ©es par l’émotion sur les autres activitĂ©s Frijda, 2003. 16 Les actions impulsives ne sont pas des actions spĂ©ciales. Elles trouvent leur origine, pour la plupart, parmi les actions sociales et instrumentales de la vie courante. D’autres sont créées pour solutionner un problĂšme d’interaction spĂ©cifique. La notion d’impulsivitĂ© s’applique en fait aux conditions d’apparition de l’action, appelĂ©e par la disposition Ă  l’action, cette derniĂšre imposant sa prĂ©sĂ©ance. Hormis cette propriĂ©tĂ© de prĂ©sĂ©ance, elles procĂšdent du mĂȘme processus d’apparition que celui de toute action ou pensĂ©e non rĂ©flĂ©chie et intuitive » Kahneman, 2012 ; Rietveld, 2008. La comparaison entre les rĂ©sultats attendus de l’action et ceux obtenus via le feedback de l’action guide ce processus. Autrement dit, les actions impulsives rĂ©sultent de la correspondance entre l’information cognitive et la prĂ©paration Ă  l’action obtenue lors de l’évaluation, et l’acquisition d’information nouvelle de la perception ou la pensĂ©e quand il y a des signaux d’erreur ». Des donnĂ©es montrent que ces comparaisons ont lieu dans le cortex prĂ©frontal et le cortex moteur supplĂ©mentaire Ridderinkhof Forstmann, Wylie, Burle, & van den Wildenberg, 2011. La comprĂ©hension du processus de traitement de l’information est aujourd’hui loin d’ĂȘtre complĂšte. Toutefois, pour les thĂ©ories de prĂ©diction perceptuelle et cognitive Friston, 2010, 2011 ; Clark, 2012, Ă©laborĂ©es Ă  partir des considĂ©rations thĂ©oriques de Helmholtz 1860, toute l’information constitue un immense rĂ©seau interconnectĂ© oĂč les excitations se propagent. À la suite de la thĂ©orie d’infĂ©rence inconsciente de Helmholtz, ces nouvelles thĂ©ories postulent que la perception est le rĂ©sultat d’une machine Ă  faire des prĂ©dictions ». Chaque perception ou pensĂ©e engendre des prĂ©dictions concernant l’information et/ou l’action Ă  venir, la vĂ©rification de ce qui se produit rĂ©ellement, et l’émission de signaux d’erreurs quand une discordance apparaĂźt. Les Ă©motions suivent vraisemblablement de telles procĂ©dures de traitement d’information car rien ne permet de penser qu’il existerait des procĂ©dures qui leur seraient spĂ©cifiques. 2. – SĂ©quence fonctionnelle de l’émotion 17 La sĂ©quence fonctionnelle de l’émotion peut ĂȘtre dĂ©crite de la façon suivante les processus d’évaluation transforment les Ă©vĂ©nements rencontrĂ©s en Ă©vĂ©nements pourvus, d’une part, de sens en fonction des intĂ©rĂȘts du sujet et, d’autre part, d’une valeur affective. Les Ă©vĂ©nements sont pourvus de sens en ce qu’ils requiĂšrent un changement de relation. Les Ă©vĂ©nements qui dĂ©clenchent l’émotion, entravant ou facilitant les intĂ©rĂȘts du sujet, convoquent des actions propres Ă  amĂ©liorer la situation. Une attitude motrice, sous la forme d’une disposition Ă  l’action est donc gĂ©nĂ©rĂ©e Ă  cette fin. La rĂ©quisition impose la prĂ©sĂ©ance de l’attitude motrice. La disposition Ă  l’action se traduit, le cas Ă©chĂ©ant en action impulsive bien qu’elle puisse rester Ă  l’état de seule disposition. Dans cette sĂ©quence, l’affordance Gibson, 1979 joue un rĂŽle capital. – L’affordance 18 Comme mentionnĂ© auparavant, les processus d’évaluation touchent Ă  la signification de l’évĂ©nement Ellsworth & Scherer, 2003 ce que l’évĂ©nement peut faire au sujet, peut lui apporter, lui permettre ou non de faire 
 Gibson 1979 Ă©voque Ă  ce sujet le concept d’affordance cf. Luyat & Regia-Corte, 2009, pour un exposĂ© des rĂ©centes formalisations. L’affordance du verbe to afford fournir, offrir la possibilitĂ© est la facultĂ© de l’organisme Ă  se comporter en percevant ce que l’environnement lui offre en termes de possibilitĂ©s d’actions. L’affordance initie les mouvements et leurs dispositions neuronales comme cela a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© par l’utilization behavior de patients souffrants de certaines perturbations cĂ©rĂ©brales, Lhermitte, 1983. 19 L’affordance est une propriĂ©tĂ© de la relation organisme – environnement elle est une opportunitĂ© d’action Stoffregen, 2003. Elle dĂ©pend donc Ă  la fois de l’environnement et de l’organisme considĂ©rĂ© par exemple, l’eau afforde la respiration pour le poisson mais pas pour l’humain ; le sol afforde la marche pour l’humain mais pas pour le poisson. De nombreuses affordances ont Ă©tĂ© mises en Ă©vidence expĂ©rimentalement dans les domaines de l’action motrice et de la locomotion telles que le caractĂšre passable d’une ouverture, le caractĂšre saisissable d’un objet, le caractĂšre franchissable d’un fossĂ©, etc.. Les affordances se traduisent en anglais par le suffixe ability ajoutĂ© au verbe d’action considĂ©rĂ© ex. climbability d’un escalier la grimpabilitĂ© » d’un escalier. Jusqu’à prĂ©sent, les Ă©tudes ont essentiellement portĂ© sur les affordances neutres » l’escalier, l’ouverture, etc.. Or, dans la vie quotidienne, tout sujet navigue dans un environnement qui n’est pas seulement neutre ». La relation organisme – environnement peut parfois s’avĂ©rer potentiellement nocive ou particuliĂšrement propice favorable – notamment la navigation dans le monde social, celui des interactions interpersonnelles. Aussi est-il essentiel de percevoir des objets davantage que leur grimpabilitĂ© » ou leur passabilitĂ© ». Il s’agit de percevoir comment ils constituent un obstacle ou une opportunitĂ©, une menace ou une invitation Ă  la caresse 
 autrement dit, leur valeur affective. Or, prĂ©cisĂ©ment, les processus de traitement d’information pourvoient aussi les Ă©vĂ©nements rencontrĂ©s en valeur affective. Les processus d’évaluation doublent simultanĂ©ment la signification de l’évĂ©nement d’une attitude hĂ©donique Ă  son Ă©gard. Anelli, Borghi et Nicoletti 2012 ont, de la sorte, montrĂ© expĂ©rimentalement que des objets prĂ©hensibles mais dangereux n’invitent pas Ă  s’en saisir. À caractĂšre saisissable Ă©quivalent, les temps de rĂ©action sont plus lents pour des objets dangereux. Leurs rĂ©sultats Ă©voquent donc l’existence d’affordances aversives, ces derniĂšres pouvant ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme des affordances affectives » qui se traduisent par une attitude affective d’attraction ou de rĂ©pulsion vis-Ă -vis de l’évĂ©nement. Des affordances affectives sont aussi observĂ©es par Coello, Bourgeois et Iachini 2012 en matiĂšre d’accessibilitĂ© d’objets dangereux et potentiellement menaçants. L’affordance affective, propriĂ©tĂ© relationnelle du systĂšme sujet–objet [5], est l’opportunitĂ© d’action envers ou l’opportunitĂ© d’action Ă  l’encontre offerte par les objets au sujet. Une personne offensante invite Ă  ĂȘtre giflĂ©e ou toute autre forme de riposte, une personne attrayante invite Ă  ĂȘtre embrassĂ©e. 20 C’est au cƓur de cette relation sujet–objet, qui est une relation agissante, que se situe l’émotion. Dans le systĂšme indivisible que constituent l’organisme le sujet et son environnement cf. Gibson, 1979 [6], le sujet, en constante interaction avec son environnement, est Ă©galement constamment prĂȘt Ă  modifier cette interaction ; il est ainsi continuellement dans un Ă©tat de prĂ©paration Ă  l’action Frijda, 1986, 2007. L’émotion surgit quand survient un changement notable dans la relation sujet–objet organisme–environnement. Il y a Ă©motion quand il y a rupture de continuitĂ© » RimĂ©, 2005, c’est-Ă -dire une modification soudaine de l’interaction sujet–objet en cours, faisant passer la relation d’un Ă©tat Ă  un autre l’interaction est rompue ou intensifiĂ©e ou rĂ©duite, etc. Autrement dit, il y a Ă©motion quand il y a un changement de la prĂ©paration Ă  l’action. Par consĂ©quent, l’émotion est un processus d’extraction par l’action. Elle partage en cela le mĂȘme trait que la perception. Le conducteur, devant qui surgit un obstacle imprĂ©vu, ne mĂ©dite pas le coup de frein ou le coup de volant qui empĂȘchera la collision. Percevoir l’obstacle comme un danger, c’est l’apprĂ©hender comme requĂ©rant une certaine rĂ©ponse ou action un coup de frein, un coup de volant, action–rĂ©ponse qui constitue l’émotion. C’est la fameuse notion d’émeute ou d’agitation de Descartes pour qui l’émotion est un mouvement physique de l’homme face au monde et de kinĂšsis d’Aristote de fait, l’émotion ne serait pas ce qu’elle est sans son exhortation Ă  l’action ou exhortation Ă  ne pas agir, comme dans l’accablement. L’émotion incite Ă  s’approcher, ou Ă  s’en aller, ou Ă  s’interrompre, etc. La compassion incite Ă  apporter de l’aide, la honte incite Ă  se cacher, Ă  disparaĂźtre de la vue des autres 
 Or, dans la perspective de la thĂ©orie de Gibson plus rĂ©cemment formalisĂ©e par Stoffregen, 2003, 2004, notamment [7], mouvement et perception sont indissociables car la perception Ă©merge grĂące au mouvement. La perception est une saisie d’information information pickup [8] par l’action. C’est l’action qui fournit l’information [9], l’information Ă©tant ce que l’organisme fait Ă©merger de l’environnement par son action et qu’il saisit pick up. Pour Gibson, la perception est directe et ne passe pas par une reprĂ©sentation intermĂ©diaire. La perception n’est pas un processus interne d’interprĂ©tation, c’est un processus d’extraction par l’action. La dimension cinesthĂ©sique est donc centrale dans cette approche. C’est prĂ©cisĂ©ment ici que prennent place les Ă©motions. – La cinesthĂ©sie 21 Emotion et action sont Ă©troitement liĂ©es dans la mesure oĂč l’émotion peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme relevant de la perception cinesthĂ©sique. La perception ou sensibilitĂ© cinesthĂ©sique est la perception de la position du corps et des mouvements du corps [10]. Elle concerne la sensation de mouvement des diffĂ©rentes parties du corps. La cinesthĂ©sie, formĂ©e de deux racines grecques [11], est ainsi le sens du mouvement, la forme de sensibilitĂ© qui renseigne d’une maniĂšre spĂ©cifique sur la position et les dĂ©placements des diffĂ©rentes parties du corps. Traduite en termes Ă©motionnels, la cinesthĂ©sie se comprend de la façon suivante percevoir l’obstacle comme un danger, c’est l’apprĂ©hender comme requĂ©rant une certaine rĂ©ponse – un coup de volant par exemple. C’est cette rĂ©ponse, ou, plus prĂ©cisĂ©ment, sa perception cinesthĂ©sique, qui constitue l’émotion. L’expĂ©rience subjective du danger, c’est l’expĂ©rience de son corps mobilisĂ© en vue d’une certaine rĂ©ponse une prĂ©paration Ă  la fuite, ou Ă  la paralysie, ou Ă  l’attaque prĂ©ventive. Autrement dit, la phĂ©nomĂ©nologie de la peur est celle de la mobilisation du corps en vue d’une prĂ©paration Ă  la fuite ou Ă  la paralysie, ou Ă  l’attaque prĂ©ventive. L’expĂ©rience subjective de la tendresse, c’est l’expĂ©rience de son corps mobilisĂ© en vue d’étreindre ou de caresser l’autre. Dans un Ă©pisode de tendresse, nous percevons une personne comme enjoignant une caresse ou une Ă©treinte. Les Ă©motions sont alors conçues comme livrant au sujet un monde chargĂ© de valeurs, sous la forme d’objets invitant Ă  l’action. 22 Par consĂ©quent, les processus d’évaluation qui, comme on l’a vu plus haut, transforment les Ă©vĂ©nements rencontrĂ©s en Ă©vĂ©nements pourvus Ă  la fois d’une signification pour le sujet – en fonction de ses intĂ©rĂȘts – et d’une valeur affective, sont d’une nature particuliĂšre. En effet, la signification de l’objet ou de l’évĂ©nement n’est pas une Ă©valuation cognitive entendue comme un acte isolĂ© d’apprĂ©ciation intellectuelle ; c’est une forme de comprĂ©hension mĂ©diĂ©e par sa propre mobilisation corporelle. C’est ce que traduit la notion de enactive appraisal Colombetti, 2007 ou Ă©valuation Ă©nactive » [12]. L’objet attire ou repousse. Des impulsions poussent » le sujet envers ou Ă  l’écart de l’objet. Le psychologue gestaltiste Kölher 1929 considĂšre que la valeur de l’objet est tout aussi immĂ©diatement perçue que ses qualitĂ©s sensibles. Pour lui, la valeur est rĂ©quisition requiredness. Ce que l’objet requiert comme rĂ©ponse constitue sa valeur ex. la valeur danger. La valeur de l’objet provient donc de la phĂ©nomĂ©nologie corporelle comme l’affirment Deonna & Teroni 2012, la mobilisation du corps constitue l’expĂ©rience de la valeur danger ». Une offense requiert des actions pouvant la juguler ; un Ă©vĂ©nement attrayant requiert une action d’approche et d’ouverture pour bĂ©nĂ©ficier de l’objet. Aussi la perception est-elle autant un processus moteur qu’un processus sensoriel. Du reste, au niveau neuronal, les processus sensoriels et moteurs ont un codage commun Colombetti & Thompson, 2005. En effet, comme l’explique Northoff 2012, les donnĂ©es de neuro-imagerie indiquent l’existence d’une activitĂ© neuronale procĂ©dant Ă  un codage relationnel convergence intĂ©ro-extĂ©roceptive qui, en couplant corps, cerveau et environnement, permet l’assignation de propriĂ©tĂ©s subjectives et affectives Ă  des stimuli qui, autrement, demeurent objectifs et non affectifs. La perception est donc Ă©nactive ; c’est un type d’action, l’action constituant la perception Colombetti, 2007 ; NoĂ«, 2004 ; Varela, Thompson & Rosch, 1991. Au niveau psychologique, action et perception sont constitutivement enchevĂȘtrĂ©s. C’est ce qu’a soulignĂ© Kölher et d’autres psychologues avec lui Rosenthal & Visetti, 1999, 2006 ; Wallon, 1949, p. 66. D’ailleurs, lorsque les mouvements moteurs de l’individu sont inhibĂ©s, on observe une interfĂ©rence dans l’expĂ©rience Ă©motionnelle et dans le traitement de l’information Ă©motionnelle Niedenthal, 2007. Dans cette perspective, les ressentis Ă©motionnels sont les perceptions de ces dispositions Ă  l’action, c’est-Ă -dire les perceptions de l’engagement dynamique du corps sa prĂ©paration Ă  l’action dans l’interaction avec l’objet. Plus prĂ©cisĂ©ment, l’expĂ©rience phĂ©nomĂ©nologique d’une Ă©motion est la perception cinesthĂ©sique, la perception de son corps mobilisĂ© en vue de modifier, d’une certaine façon, la relation sujet–objet, la perception de la mobilisation du corps en vue d’une certaine action vis-Ă -vis de l’objet. Ainsi, cette sĂ©quence Ă©motionnelle permet de rendre compte de l’essence de ces phĂ©nomĂšnes appelĂ©s Ă©motions » leur intentionnalitĂ© et leur expĂ©rience phĂ©nomĂ©nale. Ces deux aspects sont dĂ©veloppĂ©s ci-dessous. – IntentionnalitĂ© Ă©valuative 23 Les Ă©motions sont intentionnelles, c’est-Ă -dire qu’elles sont toujours Ă  propos de quelque chose » ; elles possĂšdent nĂ©cessairement un objet [13]. Elles sont dĂ©clenchĂ©es par un Ă©vĂ©nement, une situation, une personne, un souvenir tel enfant a peur du noir, tel autre est fier de son tricycle. Il s’agit, plus prĂ©cisĂ©ment, d’une intentionnalitĂ© Ă©valuative Deonna et Teroni, 2008. Si l’enfant est fier de son tricycle, c’est qu’il a une certaine croyance Ă  propos de son tricycle qu’il est le plus beau des tricycles. Les croyances impliquĂ©es dans les Ă©motions sont d’un certain type en ce sens qu’elles relĂšvent de valeurs axiologiques. Pour les philosophes Döring, 2009 ; Goldie, 2009, ces valeurs axiologiques ne sont pas des valeurs abstraites ou des idĂ©aux vers lesquels tend l’individu. Il s’agit d’un type particulier de propriĂ©tĂ©s que l’objet exemplifie. Ces valeurs sont conçues comme des qualitĂ©s formelles des propriĂ©tĂ©s Ă©valuatives de l’objet qui suscite l’émotion. Autrement dit, certains objets illustrent – ou exemplifient – certaines valeurs. Etre jaloux d’une tierce personne c’est croire qu’elle est un rival la tierce personne exemplifie la valeur rivalitĂ© », ĂȘtre dĂ©goĂ»tĂ© Ă  la vue d’un plat d’épinards, c’est croire qu’il est immonde le plat d’épinards exemplifie la valeur immondice ». Ces valeurs sont directement liĂ©es aux intĂ©rĂȘts de la personne ; c’est pourquoi le mĂȘme malheur affectera davantage s’il frappe son enfant que s’il s’abat sur l’enfant d’un autre, bien que la valeur en jeu soit identique dans les deux cas. Chaque famille d’émotion se distingue ainsi par une valeur particuliĂšre celle de l’offense pour la colĂšre, celle du danger ou de la menace pour la peur, celle de la perte pour la tristesse et le chagrin, etc. Lazarus 1991 a forgĂ© la notion de core relational theme pour les dĂ©signer. Pour autant, on ne peut pas rĂ©duire les Ă©motions Ă  des seules croyances axiologiques. En effet, comme le soulignent Deonna et Teroni 2008, p. 52, une croyance axiologique n’est ni nĂ©cessaire, ni suffisante Ă  une Ă©motion ». Ils invoquent plusieurs raisons. PremiĂšrement, la complexitĂ© cognitive d’une attribution axiologique la rend impossible chez les trĂšs jeunes enfants et chez les animaux. Les uns comme les autres ne maĂźtrisent pas les concepts participant de ses croyances des concepts axiologiques tels que celui de danger, de rivalitĂ©, etc.. Pourtant, bien que dĂ©nuĂ©s de tels concepts, il ne fait aucun doute qu’ils ressentent des Ă©motions. DeuxiĂšmement, il n’est pas rare de ressentir une Ă©motion en l’absence de la croyance axiologique contingente relative Ă  cette Ă©motion on peut ĂȘtre persuadĂ© qu’une araignĂ©e n’est pas dangereuse et pourtant en avoir terriblement peur ; on peut ĂȘtre convaincu de n’avoir transgressĂ© aucun impĂ©ratif moral, et ĂȘtre cependant rongĂ© par la culpabilitĂ©. TroisiĂšmement, certaines croyances laissent paradoxalement de marbre fumer tue » mentionne le paquet de cigarette. Oui, le fumeur le croit volontiers. Pourtant, il n’éprouve aucune peur absence d’émotion en prĂ©sence de la croyance axiologique. Enfin, le rapport entre l’émotion et la valeur peut ĂȘtre anormal, comme lorsqu’on se rĂ©jouit du malheur d’autrui Dumouchel, 2002. Par consĂ©quent, on ne peut pas considĂ©rer les Ă©motions comme de simples » jugements de valeurs, de simples phĂ©nomĂšnes intellectuels. L’émotion, ou plus exactement la disposition Ă  l’action, apparaĂźt ainsi comme un principe d’extraction spontanĂ© de la valeur. Autrement dit, la nature des processus d’évaluation ne relĂšve pas de jugements cognitifs tels qu’entendus, par exemple, par le modĂšle des processus composants Grandjean & Scherer, 2009. La nature de l’évaluation est Ă©nactive. – PhĂ©nomĂ©nologie 24 En sus de son intentionnalitĂ©, l’émotion se caractĂ©rise par sa dimension phĂ©nomĂ©nale. Une Ă©motion est quelque chose que l’on ressent ressentir le vide absolu dans la tristesse, ressentir le besoin impĂ©rieux de disparaĂźtre sous terre dans la honte, se sentir rongĂ© par la convoitise, se sentir excitĂ© et dĂ©bordant d’énergie, paralysĂ© et incapable de penser rationnellement 
 Les psychologues parlent Ă  ce sujet d’expĂ©rience subjective. Dans le langage courant du reste, le terme Ă©motion » dĂ©signe en premier lieu cette expĂ©rience subjective je ressens une Ă©motion. La description du contenu » de l’expĂ©rience subjective est souvent trĂšs ardue. Pour en rendre compte, le recours Ă  la dimension corporelle est frĂ©quent avoir des bouffĂ©es de chaleur, sentir sa gorge se nouer, son cƓur battre Ă  tout rompre, etc. Ainsi, l’idĂ©e que l’émotion consistait en une perception viscĂ©rale s’est imposĂ©e Ă  la suite de la thĂ©orie pĂ©riphĂ©rique de James-Lange. Seulement, comme l’ont montrĂ© les psychologues tout au long du XXe siĂšcle, l’émotion ne peut pas ĂȘtre rĂ©duite Ă  la seule perception des modifications physiologiques. Tout d’abord, en matiĂšre de sensations corporelles, les diverses Ă©motions sont ressenties trĂšs diffĂ©remment Ă  travers les nombreuses cultures. En Belgique, la tristesse se caractĂ©rise par un nƓud dans la gorge et des sensations gastro-intestinales RimĂ©, Philippot, & Cisamolo, 1990 tandis qu’en Équateur, elle se manifeste par un douloureux mal de tĂȘte et des palpitations cardiaques Le Breton, 1998. Les Français, rĂ©alisant qu’ils ont commis un impair, sentent leur cƓur s’arrĂȘter de battre et le rouge leur monter au front Lelord et AndrĂ©, 2001 tandis que les Chewong Malaisie expriment leur honte par le fait que leur foie est tout rĂ©trĂ©ci. Quant aux Samoans PolynĂ©sie ou aux Ifaluks MicronĂ©sie, ces peuples ne rapportent aucune sensation corporelle lorsqu’ils dĂ©crivent une Ă©motion donnĂ©e Mesquita et Frijda, 1992. De plus, au-delĂ  du fait que des diffĂ©rences interculturelles existent dans la façon de ressentir physiquement les Ă©motions, les recherches psychophysiologiques sur la viscĂ©roception ont montrĂ© que les sensations corporelles ne pouvaient pas ĂȘtre dĂ©terminĂ©es par des changements physiologiques rĂ©els puisqu’on n’a jamais pu Ă©tablir de corrĂ©lation significative entre les sensations corporelles et des changements neurovĂ©gĂ©tatifs objectifs par exemple, le rythme cardiaque mesurĂ© par Ă©lectrocardiogramme ; Edelmann & Baker, 2002. En rĂ©alitĂ©, l’ĂȘtre humain est incapable de viscĂ©roception 
 ce qui signifie que, plutĂŽt que de correspondre Ă  des modifications physiques sous-jacentes, les sensations corporelles sont en fait la traduction de reprĂ©sentations cognitives culturelles appelĂ©es schĂšmes psychophysiologiques Philippot, 1997 [14]. À ceci s’ajoutant que les recherches psychophysiologiques aient Ă©tĂ© incapables d’établir des configurations physiologiques spĂ©cifiques de chaque Ă©motion et que la thĂ©orie pĂ©riphĂ©rique s’est trouvĂ©e dans l’incapacitĂ© de rendre compte de la dimension intentionnelle des Ă©motions c’était la principale objection des thĂ©ories cognitives Ă  son Ă©gard, l’idĂ©e selon laquelle l’émotion serait la perception de sensations internes a Ă©tĂ© abandonnĂ©e. 25 L’expĂ©rience subjective constitue l’un des composants majeurs de l’émotion. Cette expĂ©rience consciente de l’émotion reflĂšte les modalitĂ©s Ă©valuation, intĂ©rĂȘts, prĂ©sĂ©ance 
 non conscientes sous-jacentes, bien qu’elle ne le fasse qu’en partie et gĂ©nĂ©ralement Ă  l’insu du sujet. En effet, la plupart de ces modalitĂ©s passent inaperçues comme Bargh 1997 entre autres l’a montrĂ© dans ses travaux. Ou encore, le sujet attribue sa rĂ©ponse par exemple une prĂ©fĂ©rence Ă  une modalitĂ© qui en rĂ©alitĂ© n’en est pas responsable. Cette attribution erronĂ©e repose sur des prĂ©conceptions cognitives. Ainsi, dans les expĂ©riences de Nisbett & Wilson 1977 la prĂ©fĂ©rence pour l’un des deux stimuli deux linges identiques sur un prĂ©sentoir n’était pas attribuĂ©e Ă  sa cause rĂ©elle sa localisation sur le cĂŽtĂ© droit de l’étalage, mais Ă©tait attribuĂ©e Ă  d’autres raisons. Ces donnĂ©es conduisent certains auteurs Ă  considĂ©rer l’expĂ©rience subjective de l’émotion comme un Ă©piphĂ©nomĂšne superflu, dont le rĂŽle n’est pas essentiel dans le processus Ă©motionnel LeDoux, 1996. Les raisons pour lesquelles cette vue est dĂ©cidĂ©ment incorrecte sont exposĂ©es ci-aprĂšs. – Les niveaux de conscience dans l’expĂ©rience subjective 26 L’expĂ©rience consciente a un rĂŽle important dans les Ă©motions. Tout d’abord, sans expĂ©rience consciente il n’y a pas d’action ou mouvement intentionnel spontanĂ© Dehaene & Naccache, 2001 ; Weiskrantz, 1997. Des patients blindsight, c’est-Ă -dire dont la cĂ©citĂ© est due Ă  des sections de la rĂ©tine, peuvent discriminer correctement des stimuli parvenant Ă  ces sections quand on les invite Ă  deviner ce qui pourrait s’y trouver. Il en est de mĂȘme quand la cĂ©citĂ© est causĂ©e par interfĂ©rence par backward masking. Les patients peuvent Ă©ventuellement rĂ©pondre correctement quand on leur demande de deviner. NĂ©anmoins, ces directives sont essentielles, car si on ne lui demande pas de deviner, le sujet n’est pas spontanĂ©ment curieux vis-Ă -vis de ce qu’il ne voit pas. Voir consciemment et ĂȘtre curieux une capacitĂ© de premiĂšre importance, mĂȘme pour une souris ou un merle ! En deuxiĂšme lieu, l’inspection visuelle par le regard prolonge la durĂ©e de rĂ©ception de l’information, la quantitĂ© d’information reçue, et l’étendue des rapports verbaux Ă  autrui Baars, 1997. De plus, en prĂ©sence de stimuli agrĂ©ables ou intĂ©ressants, des actions pour augmenter leur rĂ©ception sont produites, comme quand on fait couler le vin autour de sa langue ou que l’on regarde encore et encore une personne attrayante. Ces actions ne sont pas vaines. Ce sont des actions appelĂ©es mouvements d’acceptation » Frijda, 1986. Elles forment ou renforcent un lien affectif et une inclination Ă  retourner Ă  l’interaction. Ce phĂ©nomĂšne s’observe aux niveaux les plus bas des fonctions cognitives, comme l’enfant sans cortex cĂ©rĂ©bral qui sourit en tenant un bĂ©bĂ© dans ses bras Merker, 2007. Ces enrichissements d’information dans la mĂ©moire ou le souvenir – et les sentiments donc – trouvent probablement leur base dans la rĂ©currence d’activitĂ©s neurales dans les mĂȘmes rĂ©seaux de neurones Edelman & Tonino, 2000 ; Lamme, 2006. Enfin, un dernier argument est celui de la recherche des plaisirs et le fait de prendre le temps et l’initiative de les expĂ©rimenter. Il n’y aurait aucune raison d’entreprendre des activitĂ©s qui procurent du plaisir assister Ă  des spectacles, faire du sport, s’engager dans des interactions amicales si on n’éprouvait aucun sentiment en les pratiquant 
 La raison de ces plaisirs provient de la satisfaction des intĂ©rĂȘts concernĂ©s, lesquels sont dĂ©finis par les Ă©tats du sujet ou du monde en question. L’inverse est vrai pour la douleur. Elle signale l’absence de satisfaction des intĂ©rĂȘts, ou l’entrave Ă  leur satisfaction. Aristote, dans son Éthique Ă  Nicomaque, a prĂ©sentĂ© la raison des sentiments. Son explication reste valable. Les sentiments Ă©lĂ©mentaires – plaisir, douleur, dĂ©sir – forment les moniteurs du fonctionnement du systĂšme animal en gĂ©nĂ©ral, et rĂ©sument le bilan du fonctionnement de toutes les fonctions en cours d’opĂ©ration Frijda, 2007. 27 Le recours au terme consciente » nĂ©cessite quelques prĂ©cisions. L’émotion procĂšde de niveaux de conscience diffĂ©rents Tcherkassof & Mondillon, 2013. Ces niveaux de conscience sont dits anoĂ©tique, noĂ©tique, et autonoĂ©tique Philippot, Douilliez, Baeyens, Francart, & Nef, 2003 [15]. Lorsqu’elle relĂšve d’un niveau de conscience anoĂ©tique, l’émotion n’accĂšde pas Ă  la conscience elle est non consciente. Elle est suscitĂ©e par un antĂ©cĂ©dent non conscient, c’est-Ă -dire que l’évĂ©nement qui cause l’émotion est inconscient. L’émotion est bien prĂ©sente car on en observe l’influence au plan cognitif au niveau du raisonnement, de la catĂ©gorisation, des infĂ©rences, de la prise de dĂ©cision, etc. ; cf. Damasio, 1995, qui a dĂ©montrĂ© le rĂŽle clĂ© des Ă©motions dans les processus de dĂ©cision ; voir aussi Channouf, 2006, pour une revue. De plus, certains de ses composants sont activĂ©s on observe des manifestations physiologiques ou comportementales, par exemple. Cependant, la personne n’est pas capable de verbaliser sa rĂ©action Ă©motionnelle au moment oĂč elle se produit » et ne rapporte aucune expĂ©rience subjective Ă©motionnelle. Ainsi, l’évaluation d’une boisson par des participants qui indiquent ne rien ressentir de particulier mais qui ont Ă©tĂ© soumis Ă  une induction Ă©motionnelle sans qu’ils en soient conscients Ă©tait congruente avec la valence de l’induction Winkielman & Berridge, 2004. L’émotion peut aussi relever d’un niveau de conscience dit noĂ©tique, sorte de conscience Ă©motionnelle phĂ©nomĂ©nologique immĂ©diate et non rĂ©flexive Block, 2007. Par exemple, en matiĂšre de perception visuelle, le piĂ©ton, marchant dans la rue tout en Ă©tant absorbĂ© dans une discussion et pourtant esquivant les obstacles arbres, bancs publics, bornes Ă  incendie, etc., prouve l’existence d’une conscience des obstacles. Toutefois, le piĂ©ton n’a pas conscience de ces obstacles, il n’en prend pas conscience et ne les Ă©vite pas sciemment et sera par exemple incapable de rappeler par la suite les obstacles rencontrĂ©s. Ce type de conscience a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© empiriquement par Dehaene, Changeux, Naccache, Sackur et Sergent 2006. Des Ă©tudes en neuro-imagerie leur ont permis de cerner un Ă©tat d’activitĂ© prĂ©conscient transitoire au cours duquel l’information est potentiellement accessible, sans que le sujet y accĂšde consciemment cf. aussi Lamme, 2006. En matiĂšre Ă©motionnelle, ce niveau de conscience constitue la forme la plus commune de l’expĂ©rience Ă©motionnelle et caractĂ©rise l’expĂ©rience Ă©motionnelle des jeunes enfants notamment. L’expĂ©rience subjective apparaĂźt diffuse et inarticulĂ©e. Elle n’est pas verbalisable. Elle s’apparente, par exemple, Ă  l’expĂ©rience directe du goĂ»t du vin, c’est-Ă -dire qu’elle relĂšve de la seule sensation ou qualia. La personne n’identifie pas l’émotion qui l’affecte, tout comme le piĂ©ton n’identifie pas les obstacles. Elle est immergĂ©e dans son rapport Ă  l’objet ici et maintenant Frijda, 2005. C’est une conscience Ă©motionnelle irrĂ©flĂ©chie dans laquelle la personne et l’objet de l’émotion sont indissolublement unis Sartre, 1939. Un truisme phĂ©nomĂ©nologique caractĂ©rise ce niveau de conscience le monde ne semble pas comme ci ou comme ça ; il est comme ci ou comme ça – vivre dans un enfer oĂč il n’y a aucun moyen de s’échapper. Dans le bonheur, le monde n’apparaĂźt pas comme s’il Ă©tait rempli de gens bons et beaux ; les gens sont bons et beaux. Ce niveau de conscience favorise la mise en Ɠuvre de processus d’attributions afin de donner du sens Ă  ce qui est ressenti Schachter & Singer, 1962 ; Weiner, 1986 faisant alors passer l’expĂ©rience subjective au niveau autonoĂ©tique. La conscience d’ĂȘtre le sujet d’une Ă©motion clairement identifiĂ©e rĂ©sulte de processus autonoĂ©tiques ; c’est lorsque la personne prend conscience qu’elle est dans un Ă©tat Ă©motionnel particulier. Dans ce cas, elle peut verbaliser son Ă©tat Ă©motionnel je suis vraiment trĂšs en colĂšre ». Il s’agit d’une conscience rĂ©flexive dans laquelle l’expĂ©rience Ă©motionnelle est davantage articulĂ©e l’un des ou plusieurs composants de l’émotion devient l’objet de rĂ©flexion. La personne prĂȘte attention Ă  ses propres Ă©tats et les interprĂšte selon la thĂ©orie naĂŻve des Ă©motions Ă  laquelle elle souscrit. Cette thĂ©orie naĂŻve comporte les diffĂ©rents scripts en vigueur dans la culture de la personne et toutes les considĂ©rations de sens commun concernant le rĂŽle des pensĂ©es, des sensations corporelles, des inclinations comportementales, etc., au sujet des Ă©motions. Ainsi, Lambie et Marcel 2002 notent que les expĂ©riences subjectives de peur, d’anxiĂ©tĂ© et de tristesse sont davantage dĂ©crites par les Chinois, comparativement aux AmĂ©ricains blancs de classe moyenne, en termes de sensations corporelles et de concomitants interpersonnels et ne le sont jamais en termes de caractĂ©ristiques intrapsychiques comme des pensĂ©es par exemple. En revanche, les descriptions des Ă©motions que font les Samoans ou les Ifalukiens n’incluent aucune rĂ©fĂ©rence Ă  des corrĂ©lats physiologiques Mesquita & Frijda, 1992. 3. – Les manifestations de l’émotion 28 La notion de disposition Ă  l’action devient plus explicite lorsqu’on examine les actions occasionnĂ©es par des Ă©vĂ©nements Ă©motionnels, et en particulier en examinant les expressions faciales et corporelles. Pour de nombreux auteurs de l’école nĂ©o-darwinienne amĂ©ricaine par exemple Ekman, 1982 ; Tomkins, 1984, l’interprĂ©tation de ces expressions » est souvent celle d’actions de communication servant Ă  informer autrui de son Ă©motion. Mais il est plus appropriĂ© de leur donner une tout autre interprĂ©tation. Il faut considĂ©rer ces mouvements comme des actions, ou parties d’actions, qui servent Ă  Ă©tablir ou modifier une relation avec un objet ClaparĂšde, 1928 ; Dewey, 1894 ; Frijda, 1986 ; Kafka, 1950 ; McDougall, 1923 ; Ribot, 1907 ; Sartre, 1939 ; Wundt, 1900. – L’expression Ă©motionnelle comme attitude relationnelle 29 Les Ă©motions se conçoivent difficilement sans leur dimension expressive. Les actions dĂ©terminĂ©es par les dispositions Ă  l’action montrent que les Ă©motions ne sont pas que des perturbations internes, comme Descartes l’avait bien relevĂ©. Elles reprĂ©sentent des phĂ©nomĂšnes se dĂ©roulant entre un sujet et un objet, qu’il soit rĂ©el ou imaginĂ©. Elles relĂšvent d’attitudes envers cet objet, dans la perspective de Bull 1951 et de Deonna et Teroni 2012, ou de positions adoptĂ©es envers l’objet Frijda, 1953, des attitudes qui peuvent se manifester dans des actions rĂ©elles. Les dispositions ne sont pas des attitudes se dĂ©ployant au sein du sujet. Elles ne se dĂ©ploient pas dans le sujet. Elles se dĂ©ploient entre le sujet et l’objet. On essuie une remarque offensante et on y rĂ©pond par une action destinĂ©e Ă  blesser l’offenseur et Ă  le dĂ©courager de persister dans son action. Les dispositions Ă  l’action instituent un certain type de relation avec l’environnement. C’est pourquoi l’émotion est un processus relationnel. Elle se dĂ©roule entre le sujet et l’objet. Elle est dans cette relation agissante. 30 Le terme expressif » signifie que la comprĂ©hension du comportement implique la comprĂ©hension de la signification du comportement. L’observateur ne perçoit pas le comportement expressif comme un mouvement vain ou insignifiant. Comme l’ont soulignĂ© les approches gibsonienne, mais aussi gestaltistes et phĂ©nomĂ©nologiques, en matiĂšre de perception, la signification est inhĂ©rente au phĂ©nomĂšne expressif. Elles indiquent par lĂ  le caractĂšre sĂ©miotique de la perception, c’est-Ă -dire que ce qui est perçu l’est toujours comme expression qui fait sens » Visetti & Rosenthal, 2006. Tout comportement est porteur de sens, il vĂ©hicule des significations, c’est pourquoi il est dit expressif ». De quelle façon ? Tout d’abord, la Gestalt psychologie a mis en exergue le fait que l’enchaĂźnement des mouvements est pourvu d’organisation unitaire Kölher, 1929. La conduite d’une personne est organisĂ©e de maniĂšre Ă  concorder avec l’organisation de son projet motivationnel en cours. Il y a continuitĂ© de ses intentions. Cette organisation est perçue par autrui, c’est-Ă -dire que le comportement exprime » cette organisation. Les mouvements apparaissent comme un courant cohĂ©rent de faits visuels. Plus prĂ©cisĂ©ment, le comportement expressif se prĂ©sente sous la forme d’un flux continu et, par consĂ©quent, en tant que flux continu, il parvient Ă  l’observateur comme un tout » Toniolo, 2009. Son caractĂšre cinĂ©tique est fondamental la dynamique motrice du comportement expressif participe de son organisation. Toute rupture de continuitĂ© de ce flux, c’est-Ă -dire toute modification du fil » de la conduite, traduit la mise en place d’une nouvelle organisation motivationnelle, d’un nouvel Ă©tat intentionnel. Cette discontinuitĂ© est comprise comme telle par l’observateur. Notons que la discontinuitĂ© ne doit pas seulement ĂȘtre conçue comme un changement brutal ou radical du flux comportemental. La rupture de continuitĂ© se traduit aussi par le changement de rythme et/ou d’intensitĂ©. Lambie et Marcel 2002 Ă©voquent Ă  cet Ă©gard les qualitĂ©s prosodiques » des comportements Ă©motionnels. Comme le souligne Kölher 1929, l’expression Ă©motionnelle partage les caractĂ©ristiques de l’expression musicale. De la mĂȘme façon que les indications de mouvement, de phrasĂ© et de nuance figurant sur la partition permettent Ă  l’interprĂšte de confĂ©rer toute son expression Ă  la musique, mouvement, phrasĂ© et nuance confĂšrent toute son expressivitĂ© au comportement. En musique, le mouvement ou tempo dĂ©signe l’allure Ă  laquelle une mĂ©lodie doit ĂȘtre interprĂ©tĂ©e. Il correspond au rythme de battement de mĂ©tronome allegro animĂ© par exemple. Le phrasĂ©, lui, se rapporte aux fluctuations dynamiques les changements de tempo accelerando par exemple. De mĂȘme, dans le domaine comportemental, le mouvement expressif peut durer ou non, peut apparaĂźtre brusquement ou plus graduellement. Au fur et Ă  mesure que s’installe le souvenir de l’injustice dont elle a Ă©tĂ© victime, la personne marchera avec une vitesse croissante, au rythme de son indignation grandissante. Dans la dynamique musicale, les nuances dĂ©signent la variation d’intensitĂ© d’une note ou d’un accord, d’une phrase, etc. sforzando c’est-Ă -dire accentuation soudaine d’intensitĂ© par exemple. Les termes crescendo et diminuendo correspondent aux changements progressifs d’intensitĂ©. La personne exaspĂ©rĂ©e de devoir rĂ©pĂ©ter sa rĂ©ponse Ă  son auditeur inattentif la criera violemment en derniĂšre instance. Ainsi, les propriĂ©tĂ©s temporelles du mouvement de mĂȘme que celles relatives Ă  ses nuances renvoient au mode intentionnel du comportement expressif. 31 Le caractĂšre intentionnel du comportement expressif renvoie au fait que le comportement est saisi comme interactif. La perception du mouvement est la perception d’une relation [16]. En situation rĂ©elle, l’observateur perçoit le sujet comme se comportant dans un contexte donnĂ© et comme rĂ©agissant Ă  ce contexte c’est-Ă -dire le systĂšme sujet–objet. Aussi le sujet est-il perçu comme interagissant avec son environnement, comme rĂ©pondant activement Ă  quelque Ă©vĂ©nement de son environnement comme prĂȘtant attention Ă  quelque chose, comme ayant un mouvement de recul face Ă  quelque chose 
. Lorsqu’on voit que les yeux d’une personne s’orientent dans une direction particuliĂšre, ce qui se trouve dans cette direction est aussitĂŽt mis en rapport avec ses yeux, son visage et l’ensemble de sa personne. Autrement dit, les traits du visage du sujet et/ou la position des membres de son corps sont pourvus d’un contenu intentionnel. Par exemple, des yeux grands ouverts et des sourcils levĂ©s ne sont pas de simples globes luisants surmontĂ©s d’une touffe de poils. Ils sont pourvus de rĂ©fĂ©rence intentionnelle ces yeux regardent quelque chose ou quelqu’un. Par consĂ©quent, la signification d’un comportement expressif expression faciale ou posturale correspond Ă  son caractĂšre intentionnel », c’est-Ă -dire impliquant une relation entre un sujet et un objet vers lequel le sujet s’oriente. Kölher 1929 souligne que cette mise en relation sujet–objet est l’un des principes perceptifs mis en avant par la Gestalt psychologie le groupement perceptif. Cela est Ă©galement vrai lorsque, par exemple, la personne s’écarte. Ici encore, la rĂ©fĂ©rence Ă  un objet apparaĂźt clairement Ă  l’observateur. Si la personne s’écarte, c’est qu’elle Ă©vite quelque chose. Le sujet est perçu comme rĂ©pondant activement Ă  quelque Ă©vĂ©nement de son environnement et non comme un-individu-exprimant-une-Ă©motion » c’est-Ă -dire comme signalant quelqu’état Ă©motionnel interne. Du reste, la perception de la signification Ă©motionnelle n’est pas d’ordre sĂ©mantique, elle n’implique pas nĂ©cessairement l’attribution d’un Ă©tat interne. Les enfants de quatorze mois donc non verbalisĂ©s de l’étude de Gergely, Bekkering et KirĂĄly 2002 dĂ©gageaient l’intention des actions qu’ils observaient chez des adultes pour Ă©laborer leurs propres actions cf. aussi Rossano, 2012. L’expression perçue ne va donc pas au-delĂ  du fait perceptuel. Comme l’affirme Toniolo 2009, le comportement expressif donne lieu Ă  une connaissance subjective au sens phĂ©nomĂ©nologique du terme. Il parvient Ă  la conscience de celui qui le perçoit comme un donnĂ© immĂ©diat exempt de mĂ©diation conceptuelle ». Ainsi, le visage ou les gestes d’autrui ne sont pas vus comme isolĂ©s mais comme une Gestalt, c’est-Ă -dire une-personne-en-mouvement-dans-une-certaine-situation » et interprĂ©tĂ©e comme telle. L’intentionnalitĂ© qui est, comme on l’a vu plus haut, au cƓur de l’émotion est Ă©galement au cƓur de l’interprĂ©tation de son expression. C’est pourquoi l’on peut avancer que la signification reconnue dans un comportement expressif est la prĂ©paration Ă  l’action du sujet, c’est-Ă -dire la façon dont il se relie ou ne se relie pas Ă  son environnement Ă  un moment donnĂ©. En effet, le comportement expressif est perçu immĂ©diatement dans sa dimension intentionnelle. De fait, lorsqu’on compare le taux reconnaissance d’expressions faciales d’émotions mesurĂ©e soit par l’assignation de modes de dispositions Ă  l’action soit par celle de noms d’émotions, les rĂ©sultats montrent que les taux de reconnaissance sont Ă©quivalents Tcherkassof, 1999 ; Tcherkassof & de Suremain, 2005. La reconnaissance de la signification d’un comportement expressif correspond donc Ă  la reconnaissance de la prĂ©paration du sujet Ă  Ă©tablir une relation avec l’environnement, et surtout Ă  la reconnaissance de la forme de la relation approcher, rejeter, se cacher, se soumettre. De la sorte, Ă©motion et comportement expressif sont Ă©troitement liĂ©s car les Ă©motions, prĂ©cisĂ©ment, sont des dispositions Ă  l’action. 32 Les phĂ©nomĂšnes expressifs les gestes, la dĂ©marche, les jeux de physionomie, le ton de la voix, la prosodie reflĂštent toute la complexitĂ© des dispositions Ă©motionnelles le mĂ©lange d’attrait et de rĂ©pulsion, de curiositĂ© et de mĂ©fiance, une bienveillance mĂȘlĂ©e de froideur, une cordialitĂ© un peu dĂ©daigneuse, etc. On peut rire d’un trait d’humour sans se dĂ©partir tout Ă  fait de son angoisse d’un bilan de santĂ© ; on peut s’attrister du malheur d’autrui sans se dĂ©partir tout Ă  fait de son bonheur d’ĂȘtre enceinte. L’expression Ă©motionnelle peut se comparer Ă  un langage dont les rĂ©flexes, tombĂ©s pour la plupart sous la dĂ©pendance de la volontĂ©, en composeraient le vocabulaire et dont la syntaxe, naturelle chez l’animal, serait chez l’ĂȘtre humain, en grande partie socialisĂ©e. Par exemple, lorsqu’une personne peu ou pas familiĂšre s’approche de lui, l’enfant soit dĂ©tourne son regard, soit s’éloigne, soit se dissimule derriĂšre les jupes de sa mĂšre. DĂšs que l’on cesse de s’occuper de lui, il jette de temps Ă  autre un regard furtif du cĂŽtĂ© de l’intrus. Le sens apparent de cette conduite est trĂšs clair et se perçoit directement ce n’est pas tant une rĂ©action de timiditĂ© ou de peur qu’une rĂ©action de dissimulation. Pour Burloud 1938, il s’agit trĂšs probablement lĂ  d’une rĂ©action instinctive accordĂ©e, dans le passĂ© ancestral, Ă  l’expĂ©rience de longues gĂ©nĂ©rations d’individus qui ont appris Ă  leurs dĂ©pens le danger de se livrer naĂŻvement Ă  autrui, prĂ©dateur en puissance. Ainsi, des correspondances fonctionnelles Ă©tablies par la mĂ©moire, par les habitus et par l’hĂ©rĂ©ditĂ© relient un comportement expressif aux dispositions Ă©motionnelles qu’il manifeste extĂ©rieurement voir aussi Oatley et Jonhson-Laird, 1987. Bien que l’expression Ă©motionnelle puisse se comparer Ă  un langage, les signes qui composent ce langage n’appellent pas une lecture analytique. Les comportements expressifs ne sont pas tout d’abord saisis dans leur morphologie, morphologie qui serait ensuite interprĂ©tĂ©e. Les expressions faciales, par exemple, ne sont pas de simples suites d’unitĂ©s d’actions cf. les Actions Units du FACS d’Ekman et Friesen, 1978 dont la configuration morphologique Ă  un instant t serait le prototype d’une Ă©motion donnĂ©e et par consĂ©quent identifiĂ©e comme telle. Les conduites expressives, expressions faciales comprises, rĂ©organisent le champ de l’observateur et Ă©tablissent une Gestalt, comme la succession de notes de musiques Ă©tablit une mĂ©lodie. C’est pourquoi mĂȘme l’émotion d’expressions inauthentiques » peut malgrĂ© tout ĂȘtre reconnue. Ainsi, Guillaume Duchenne de Boulogne, neurologue du XIXe siĂšcle, explique dans son ouvrage sur l’expression des passions que l’artiste ayant façonnĂ© la fameuse sculpture antique du Laocoon, exposĂ©e au musĂ©e du Vatican, a commis une erreur de modelage puisqu’aucun visage ne saurait exprimer l’expression Ă©motionnelle arborĂ©e. En effet, aucune contraction musculaire ne saurait la produire. Il rectifie la faute » en prĂ©sentant une statue ayant une tĂȘte identique mais dont le visage est modelĂ© en respectant la physiologie des mouvements expressifs de la face. Sa dĂ©monstration prĂȘte Ă  rĂ©flexion bien qu’aucun systĂšme d’analyse objectif ne puisse coder les Ă©lĂ©ments faciaux discordants d’un visage tel que celui du Laocoon, n’importe qui est pourtant en mesure de reconnaĂźtre la douleur morale et le dĂ©sespoir qu’il exprime admirablement 
 – L’émotion un patron de rĂ©ponses multi-componentielles 33 Concevoir l’émotion comme patron de rĂ©ponses multi-componentielles permet de rendre compte de la grande variĂ©tĂ© des manifestations Ă©motionnelles. Dans le langage courant, le mot Ă©motion » est utilisĂ© pour dĂ©signer des rĂ©ponses manifestant l’excitation vigoureuse du systĂšme nerveux autonome et autres mouvements vĂ©hĂ©ments comme des grimaces faciales, gestes prononcĂ©s des mains, gesticulations des bras, courir Ă  toute vitesse, donner des coups de poing, fracasser des plats, crier Ă  voix haute 
 Mais les cinq modalitĂ©s de base peuvent se manifester de façons bien diffĂ©rentes. Il y a autant de manifestations simples et subtiles qu’il y en a de grossiĂšres, amples ou violentes. Certaines peuvent ĂȘtre Ă©laborĂ©es, d’autres fragmentaires un battement de paupiĂšres en rĂ©ponse Ă  une remarque dĂ©nigrante, un froncement des sourcils Ă  peine perceptible lors d’un souvenir douloureux, l’interruption de ses pensĂ©es pour regarder briĂšvement dans le vide, ou un simple regard foudroyant adressĂ© Ă  son contradicteur lors d’une controverse. Le plus dissimulĂ© des composants est celui des rĂ©actions limitĂ©es aux actions neuronales, comme celles observĂ©es et enregistrĂ©es lors des expĂ©riences de Jeannerod 2006, et qui ne se manifestent peut-ĂȘtre que seulement au sujet Ă  travers ses sentiments conscients. L’occurrence d’une Ă©motion peut ne consister qu’en une seule action impulsive, ou en une suite d’actions qui partagent la mĂȘme modification de relation, comme dans une querelle oĂč insultes, reproches, coups et menaces s’enchaĂźnent. Les suites d’actions peuvent manifester une prĂ©sĂ©ance radicale, ou montrer une certaine retenue ou contrĂŽle, celle qui adoucit les reproches et modĂšre la violence ou transforme la brutalitĂ© de l’approche Ă©rotique en la rendant douce et gentille. Les actions peuvent Ă©galement ne consister qu’en une seule fraction d’action, comme les yeux devenant juste humides ou l’attitude du corps seulement un peu tendue. Une expĂ©rience d’émotion peut encore ĂȘtre limitĂ©e Ă  des expĂ©riences conscientes de l’évaluation d’un Ă©vĂ©nement ou d’une disposition Ă  l’action, sans qu’il n’y ait aucune activitĂ© motrice. C’est le cas lors de l’observation attentive des mouvements d’autrui, qui donne lieu aux activitĂ©s de neurones de miroir » Rizzolatti et al., 1999, et lors des Ă©motions raffinĂ©es » Frijda & Sundararajan, 2007, c’est-Ă -dire des Ă©motions entiĂšrement virtuelles, suscitĂ©es lors de l’imagination d’une action ou Ă©voquĂ©es par l’empathie avec une personne perçue ou par une description verbale Frijda, 2013. 34 L’ Ă©motion » peut dĂšs lors ĂȘtre dĂ©finie par des manifestations prononcĂ©es, comme les grandes agitations, autant que par des manifestations bien moins saisissantes voire modestes, mais traduisant toujours l’une des modalitĂ©s de base. Ainsi, certains Ă©pisodes de chagrin sont trop grands pour les larmes ; certaines marques d’amour ne se manifestent que par une caresse fugace ou par une attention et une rĂȘverie que la passion seule peut donner » Madame de La Fayette, La princesse de ClĂšves. Quoi qu’il en soit, le mot Ă©motion » est gĂ©nĂ©ralement rĂ©servĂ© pour les rĂ©ponses multi-componentielles d’une durĂ©e plus ou moins brĂšve – entre quelques secondes et plusieurs jours. C’est la durĂ©e des rĂ©ponses aiguĂ«s telles que les excitations du systĂšme nerveux autonome, les dispositions Ă  l’action et autres engagements interactifs avec un antĂ©cĂ©dent Ă©motionnel. 35 Mais les effets de telles rĂ©ponses ne se limitent pas Ă  leur phase aiguĂ«. Elles laissent des traces cognitives et sociales durables. De fait, un prolongement caractĂ©ristique de tout Ă©pisode Ă©motionnel est le partage social des Ă©motions qui s’en ensuit quasi inĂ©vitablement RimĂ©, 2009. Elles entraĂźnent aussi des changements dans la relation Ă  l’objet. La rencontre avec l’ami avec qui l’on vient de se quereller est dorĂ©navant plus rĂ©servĂ©e. On pourrait appeler ces traces des attitudes affectives latentes ». Le patron d’évaluation prĂ©alable Ă  l’épisode Ă©motionnel est dorĂ©navant modifiĂ©. Ce nouveau patron suscite dĂ©sormais une nouvelle disposition Ă  Ă©prouver certaines Ă©motions – ou attitudes corporelles – envers l’objet. La seule mention du nom de l’ami provoque maintenant une froideur qui n’existait pas avant. 4. – Conclusion 36 La psychologie oscille depuis toujours entre une approche physiologique de l’émotion et une approche intellectualiste, nĂ©gligeant ainsi, dans la vie affective, ce qui est authentiquement affectif. Dans la vie courante, le terme Ă©motion dĂ©signe en premier lieu des phĂ©nomĂšnes expĂ©rientiels extra » ordinaires. Comme l’ont soulignĂ© Aristote ou Descartes, ces phĂ©nomĂšnes sont marquĂ©s par une dimension cinesthĂ©sique qui leur est caractĂ©ristique. En effet, les ressentis Ă©motionnels sont des perceptions de l’engagement dynamique du corps dans l’interaction. Pourtant, la qualitĂ© cinesthĂ©sique des Ă©motions a toujours Ă©tĂ© dĂ©laissĂ©e par la plupart des thĂ©ories psychologiques. Cet article prĂ©sente les arguments plaidant en faveur d’un modĂšle perceptif de l’émotion qui trouve sa place entre une vision naturaliste et une vision intellectualiste. Ce modĂšle perceptif, qui s’inscrit dans une conception relationnelle du concept d’émotion, explicite le lien entre intentionnalitĂ© et phĂ©nomĂ©nologie, deux dimensions des Ă©motions que les thĂ©ories psychologiques ont jusqu’à prĂ©sent peinĂ© Ă  concilier. Il accorde un rĂŽle central Ă  la cinesthĂ©sie, faisant de l’émotion une relation sujet–objet transitoire conçue dans un systĂšme perception–action Warren, 2006. 37 Cette contribution propose ainsi des arguments en faveur de l’idĂ©e que les Ă©motions sont des attitudes corporelles exprimant la relation du sujet Ă  l’objet Ă©motionnel. Ces arguments sont basĂ©s sur les rĂ©centes avancĂ©es des sciences cognitives notamment en matiĂšre de cognition incarnĂ©e. Ces avancĂ©es dictent l’abandon d’une description catĂ©gorielle en faveur d’une description fonctionnelle des Ă©motions. En effet, le recours au concept de fonction » permet de dĂ©laisser celui de substance » auquel Ernst Cassirer 1908 avait recours et Ă  sa suite de nombreux psychologues. La psychologie d’inspiration naturaliste a fait de l’émotion une substance, substance qui saisit » la personne. L’émotion ne saisit pas. Elle n’envahit pas. Elle ne s’installe pas en transit ». L’émotion s’incarne. Elle se matĂ©rialise sous la forme d’une relation Ă  l’objet. L’émotion est l’attitude prise vis-Ă -vis de l’objet qui requiert cette rĂ©ponse, elle est la disposition Ă  l’action requise par l’objet. Les Ă©motions sont ainsi des relations transitoires, ce sont des rapports Ă  l’objet Ă  un moment donnĂ©. L’attitude adoptĂ©e constitue le rapport Ă  l’objet instaurĂ© par la personne. L’attitude est une mise en relation ; et la perception de l’attitude est la perception de cette relation. C’est pourquoi tout comportement a un sens, sens qui est saisi par l’observateur. Le sens n’est pas surajoutĂ© l’enfant qui pleure son doudou perdu n’est pas un enfant qui exprime » sa tristesse », c’est un enfant dĂ©sespĂ©rĂ© par cette perte. La tristesse n’est pas une substance qui viendrait saisir l’enfant et s’exprimer Ă  ses dĂ©pens ». Les pleurs de l’enfant relĂšvent d’une sĂ©miose, c’est-Ă -dire un ensemble signe–contexte–signification » Rosenthal & Visetti, 2010. Le comportement expressif de l’enfant traduit son attitude, sa relation Ă  l’objet, qui est ici une relation de perte. 38 Les avancĂ©es actuelles des sciences cognitives soulignent le soubassement moteur des Ă©motions et Ă©tayent la conception relationnelle prĂ©sentĂ©e ici. L’approche neuro-phĂ©nomĂ©nale soutenue par Northoff 2012, en particulier, Ă©largit le concept de cognition incarnĂ©e en dĂ©fendant l’idĂ©e que les Ă©motions sont constituĂ©es de la relation triadique environnement–corps–cerveau. Les donnĂ©es issues des recherches en neuro-imagerie sur les mĂ©canismes neuronaux sous-tendant les Ă©motions montrent ainsi que la relation entre l’environnement, le corps et le cerveau est constitutive de l’expĂ©rience subjective Ă©motionnelle. De sorte que les diffĂ©rentes Ă©motions ou expĂ©riences subjectives Ă©motionnelles reflĂštent les diffĂ©rentes relations sujet–objet, c’est-Ă -dire les diffĂ©rentes relations au monde du sujet, dont les termes pour les dĂ©signer varient selon les cultures humaines. 39 Ce que le langage courant dĂ©signe par Ă©motion » sont des ensembles de phĂ©nomĂšnes comportementaux et expĂ©rientiels. Dans cet article, les noms d’émotions – joie, tristesse, peur, etc. – pourraient disparaĂźtre. Ce que ces noms du langage courant visent Ă  indiquer est ici remplacĂ© par les modalitĂ©s et fonctions sous-jacentes. Cette approche permet de dĂ©passer la controverse de la dĂ©finition de l’émotion dans laquelle la psychologie s’est longtemps enlisĂ©e. Aucune dĂ©finition ne pourra jamais inclure tous les exemplaires Ă©motionnels, car il est impossible de fournir des descriptions uniformes complĂštes des exemplaires de tristesse », colĂšre », peur », honte », et de leurs Ă©quivalents dans d’autres langages. Il n’est pas possible non plus de fournir des taxonomies exhaustives d’exemplaires discrets. C’est ce qu’ont notamment soulignĂ© Barrett 2006, Russell 2003 et Scherer 2005. Dans la prĂ©sente approche du processus Ă©motionnel, les notions de modalitĂ©s ou de fonctions peuvent ĂȘtre appliquĂ©es Ă  diffĂ©rents niveaux d’analyse, du social au neuronal en passant par le niveau interactionnel. 40 Reçu le 29 mai 2013. 41 RĂ©vision acceptĂ©e le 25 novembre 2013. Notes [1] Remerciements. Les auteurs tiennent Ă  remercier les experts anonymes pour leurs prĂ©cieux commentaires qui leur ont permis d’amender le texte original. La rĂ©incarnation est une solution de facilitĂ© qui mĂ©connaĂźt Ă  la fois la grandeur de l’ĂȘtre humain qui est dĂ©finitivement corps et Ăąme, et capable de s’engager pour l’éternitĂ©. C’est la beautĂ© du plan de Dieu tel que la Bible le croyance en la rĂ©incarnation est une idĂ©e trĂšs ancienne. Des Ă©tudes ont montrĂ© que l’idĂ©e de rĂ©incarnation est arrivĂ©e en force Ă  une Ă©poque trĂšs prĂ©cise, au Ve siĂšcle avant notre Ăšre. Elle s’est rĂ©pandue rapidement et a touchĂ© plusieurs Ăšres culturelles c’est Ă  partir de ce moment-lĂ  qu’on en parle dans la GrĂšce antique Platon qui la retient favorablement la rattache Ă  un mythe d’origine armĂ©nienne mais aussi dans l’hindouisme et le bouddhisme, dans l’Égypte ancienne Ă©galement qui alors n’était pas trĂšs tournĂ©e de ce cĂŽtĂ©-lĂ  ; l’idĂ©e ne s’est pas rĂ©pandue dans le monde chinois, ni dans le taoĂŻsme et le confucianisme mais elle a touchĂ© aussi le judaĂŻsme ancien les essĂ©niens et certains juifs y croient encore de nos jours
 L’Ancien Testament n’est pas trĂšs explicite sur la vie aprĂšs la mort, surtout si on ne prend pas en compte les livres que l’orthodoxie juive a Ă©cartĂ© comme par exemple, le deuxiĂšme livre des MacchabĂ©es, qui met en valeur la rĂ©surrection de la le premier a parlĂ© de mĂ©tempsychose », en grec migration des Ăąmes ». Platon ensuite a dĂ©veloppĂ© une vision dualiste de l’homme le corps est une piĂšce rapportĂ©e, il alourdit l’ñme. Il parle de l’ñme dans le corps comme du conducteur d’un char le conducteur mĂšne le char oĂč il veut, mais ne doit pas ĂȘtre menĂ© par lui, le char lui reste extĂ©rieur et il peut mĂȘme s’en passer. Cette rĂ©flexion conduit Ă  imaginer la disparition du corps comme la libĂ©ration d’une prison. Aristote, dans L’éthique Ă  Nicomaque, a ensuite rééquilibrĂ© les choses, mais il l’a fait Ă  partir d’une autre abstraction, qui est la distinction de la forme et de la matiĂšre. Cela convient bien pour dire l’unitĂ© de l’ñme et du corps, mais moins pour parler de l’état de l’ñme sĂ©parĂ©e aprĂšs la principe d’animation du corpsAristote a dĂ©fini l’ñme comme le principe d’animation du corps, et chaque Ăąme est par consĂ©quent liĂ©e Ă  un corps particulier. En ce sens, la science moderne a permis d’illustrer cette vision de l’ñme, comme principe d’animation qui demeure au-delĂ  de la matiĂšre, car on sait maintenant qu’il ne reste dans un corps d’adolescent aucun atome du corps du bĂ©bĂ© qui l’a prĂ©cĂ©dĂ©. En dix ans environ, chaque partie et chaque cellule du corps est renouvelĂ©e, mĂȘme les os ! La matiĂšre passe, mais il y a quelque chose de nous qui demeure de maniĂšre continue, et cette chose qui se maintient, c’est nous, personnellement, une personne particuliĂšre, de maniĂšre continue. Ce principe d’organisation du corps et d’animation de notre ĂȘtre, comporte aussi une dimension spirituelle, car nous avons bien conscience d’ĂȘtre la mĂȘme personne, avec la mĂȘme pensĂ©e, le mĂȘme esprit, qui n’est donc pas liĂ© Ă  la matiĂšre, et qui demeure tout au long de notre vie, liĂ© Ă  ce corps et uniquement Ă  ce corps. En ce sens philosophique et scientifique dĂ©jĂ , la rĂ©incarnation n’est pas possible, car l’ñme est fondamentalement liĂ©e au aussi Paradis, enfer
 Comment se reprĂ©senter la vie d’aprĂšs » ?Aristote distinguait la substance par exemple l’ñme humaine et l’accident la matiĂšre corporelle. Dans cette vision inspirĂ©e, on peut dire qu’on peut changer toutes les piĂšces d’un objet complexe un couteau, ou un ordinateur par exemple, mais c’est toujours le mĂȘme objet c’est la mĂȘme substance » et seuls les accidents ont changĂ©. On peut dire cela pour le corps ce qui compte, ce n’est pas la matĂ©rialitĂ© des cellules, car le corps est un flux de cellules et de particules. À la rĂ©surrection, on ne conservera pas forcĂ©ment les molĂ©cules de chair qu’on avait le jour oĂč on est mort. Ces molĂ©cules auront pour la plupart disparu, mais le corps glorieux aura un rapport avec notre corps, en ce sens que ce sera Ă  partir de la mĂȘme structure, de la mĂȘme organisation Ce qui est semĂ© pĂ©rissable ressuscite impĂ©rissable ; ce qui est semĂ© sans honneur ressuscite dans la gloire ; ce qui est semĂ© faible ressuscite dans la puissance ; ce qui est semĂ© corps physique ressuscite corps spirituel ; car s’il existe un corps physique, il existe aussi un corps spirituel. » 1 Co 15,42-44.Dans l’anthropologie juiveL’anthropologie juive de son cĂŽtĂ© distingue habituellement trois niveaux dans l’ñme Nefesh, la partie basse et corporelle de l’ñme, Ruah, l’esprit et Neshama la partie spirituelle. Ces trois parties sont de plus en plus proches de Dieu. C’est l’idĂ©e qu’il y a plusieurs Ă©corces, en quelque sorte, comme dans un artichaut avec un cƓur derriĂšre les feuilles. Il est en effet aussi souvent question dans la Bible, du cƓur, qui dĂ©signe la partie la plus intime de l’homme. Plusieurs passages peuvent ĂȘtre citĂ©s Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cƓur, de toute ton Ăąme et de toute ta force. » Dt 6,5 repris par JĂ©sus en Lc 10,26. Ou saint Paul Que le Dieu de la paix lui-mĂȘme vous sanctifie tout entiers ; que votre esprit, votre Ăąme et votre corps, soient tout entiers gardĂ©s sans reproche pour la venue de notre Seigneur JĂ©sus Christ » 1 Th 5,23. Ou l’épĂźtre aux HĂ©breux Elle est vivante, la parole de Dieu, Ă©nergique et plus coupante qu’une Ă©pĂ©e Ă  deux tranchants ; elle va jusqu’au point de partage de l’ñme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; elle juge des intentions et des pensĂ©es du cƓur » He 4,12.Deux pĂŽlesSur le fond, tous conviennent qu’il y a deux pĂŽles le corps matĂ©riel et une Ăąme qui l’anime, qui est de nature spirituelle et qui constitue l’identitĂ© ultime de l’homme. Ce que saint Paul appelle esprit », ce n’est pas l’esprit au sens de la gnose, c’est la personne spirituelle, c’est tout le sujet de notre aventure, tandis que l’ñme » doit ĂȘtre prise au sens de ce que nous appellerions plutĂŽt le psychisme, c’est-Ă -dire toute cette rĂ©alitĂ© intermĂ©diaire, si l’on veut, dans laquelle on voit toutes sortes de fonctionnement qui peuvent mĂȘme ĂȘtre Ă©tudiĂ©s par la psychologie, par les sciences mais qui, en mĂȘme temps, sont trĂšs liĂ©es Ă  notre ĂȘtre le plus profond, donc qui traduisent cela en postures, Ă©vĂ©nements
 Tout dĂ©pend de la maniĂšre dont on nomme les choses. Si l’on veut que ce soit sur ce qu’on appelle esprit » que rĂ©side l’ultime personnalitĂ© de l’homme qui va traverser les phases successives — pourquoi pas ? —on sera obligĂ© de dire que l’ñme Ă©tait plus ou moins liĂ©e au corps et qu’elle attendra elle aussi la rĂ©surrection pour réémerger. Le tout est de s’entendre sur le sens que l’on donne aux mots. Mais de toute façon, il faut maintenir qu’il y a deux pĂŽles. Il y a l’identitĂ© ultime de l’homme qui ne disparaĂźt pas depuis que nous avons Ă©tĂ© créés. Jamais Dieu ne reviendra sur ce qu’il a fait, mĂȘme pour les damnĂ©s. Il y a par ailleurs ce corps qui a Ă©tĂ© créé en mĂȘme temps qu’elle et qui est le moyen de son insertion dans le monde, et de son contact avec les de confusionDe nos jours, beaucoup ne voient pas trĂšs bien la diffĂ©rence entre rĂ©surrection, rĂ©incarnation, survie de l’ñme, et toutes les questions liĂ©es. Tout cela est un peu pareil pour ceux qui ne veulent pas chercher plus loin. Certains se disent encore que c’est dĂ©jĂ  beau de croire Ă  une vie aprĂšs la mort, alors que tout le monde n’y croit pas C’est dĂ©jĂ  pas mal. Ne soyons pas trop exigeant et d’ailleurs, tout le reste, on ne sait pas trop. Donc que ce soit rĂ©incarnation ou autre chose, du moment qu’on affirme une vie aprĂšs la mort, est-ce que cela ne suffit pas ? Est-ce qu’il faut rentrer dans les dĂ©tails ? Est-ce que la rĂ©incarnation ne serait pas aussi une hypothĂšse aussi crĂ©dible que la rĂ©surrection, par exemple ? À partir du fait que la premiĂšre chose Ă  affirmer, c’est la vie aprĂšs la mort ? » Faut-il se battre sur des nuances ? Mais ce ne sont pas des nuances ! Ă©videmment, puisqu’il s’agit de tout ce qui se rapporte Ă  notre Ă©ternitĂ© et Ă  la maniĂšre de s’y prĂ©parer. Mais le New Age et les diffĂ©rentes modes orientales ont remis le sujet au goĂ»t du jour. Alors parlons-en !Lire aussi La touchante anecdote qui nous encourage Ă  croire Ă  une vie aprĂšs la mortLes gens qui parlent de la rĂ©incarnation essaient parfois de se fonder sur certains textes bibliques. Mais cette croyance est en contradiction claire avec l’Écriture et Tradition de l’Église. Par exemple, Élie qui a Ă©tĂ© enlevĂ© 2 R 2,1-12 et qui doit revenir selon Mal 3,23 repris par Mt 11,14 et 17,11, ou l’esprit d’Élie envoyĂ© sur ÉlisĂ©e 2 R 1,15 ou HĂ©nok lui aussi enlevĂ© par Dieu Gn 5,24 ; He 11,5 et qui reviendra sans doute. Ou encore dans l’Évangile la maniĂšre qu’ont certains de comprendre le questionnement autour de JĂ©sus C’est un prophĂšte de jadis qui serait revenu, etc. » Mc 6,14-16. Ou encore l’épisode des morts qui rĂ©apparaissent dans l’Évangile aprĂšs la Passion dans saint Matthieu
 Dans ce dernier cas, c’est en fait un signe eschatologique, c’est-Ă -dire que dĂ©jĂ , le jugement est en train de se produire car quand JĂ©sus meurt, on touche les derniers temps et on est dĂ©jĂ  tout prĂšs de l’évĂ©nement ultime, que l’on commence Ă  voir dĂ©jĂ  se rĂ©aliser. C’est une sorte d’anticipation de ce que sera la rĂ©surrection gĂ©nĂ©rale, rien Ă  voir avec la rĂ©incarnation. À partir de tout cela, certains en arrivent Ă  penser qu’il y avait une croyance trĂšs gĂ©nĂ©rale dans la rĂ©incarnation et que c’est seulement la dogmatique chrĂ©tienne qui, ensuite, s’y serait opposĂ©e. À cela, je crois qu’il faut rĂ©pondre le plus clairement possible que ce n’est pas absolument pas le cas, pour bien des raisons, que nous allons rĂ©incarnation n’est pas la rĂ©surrectionLes anciens HĂ©breux avaient en rĂ©alitĂ© une vision toute contraire la vie terrestre, sur Terre, avec un corps et une Ăąme, Ă©tait d’abord la seule chose que l’on pouvait vĂ©ritablement affirmer. Dans l’Ancien Testament, la vie terrestre a du poids et tout le reste est moins considĂ©ré  Comme dit le Psaume Les morts ne louent pas le Seigneur » Ps 113,17, c’est-Ă -dire que la vie aprĂšs la mort est vue dans un premier temps comme une pĂąle survie sans grand intĂ©rĂȘt. L’idĂ©e essentielle est de rĂ©ussir sa vie ici-bas. Les Juifs avaient probablement cette vision des choses car ils Ă©taient trĂšs opposĂ©s Ă  la vision que les Égyptiens et d’autres peuples avaient de l’au-delĂ  une transposition idĂ©alisĂ©e du monde ici-bas. Cela paraissait aux Juifs une rĂ©duction du pouvoir de Dieu, comme s’il se contentait de cautionner ce rĂȘve des hommes qui veulent se prolonger au-delĂ  de la mort. L’idĂ©e biblique est que nous ne savons rien de trĂšs clair au-delĂ  de la mort et nous devons nous en remettre complĂštement Ă  Dieu. Telle est la premiĂšre vision que l’on trouve dans les textes les plus anciens, notamment dans certains Psaumes. Cependant Ă  partir d’un certain moment, il semble que le voile commence Ă  se lever. On parle de rĂ©surrection ». Tes morts revivront, tes cadavres ressusciteront » Is 26,19. C’est aussi dans Daniel. Il y a Ă©galement la vision des ossements dessĂ©chĂ©s d’ÉzĂ©chiel Ez 37,9 puis aprĂšs, les textes du deuxiĂšme livre des MacchabĂ©es, oĂč l’on affirme trĂšs clairement la rĂ©surrection de la Testament conclut donc sur l’idĂ©e qu’un jour, Dieu remettra d’aplomb l’ĂȘtre humain, avec son corps et son Ăąme, en lui destinant une Ă©ternitĂ© de bonheur. JĂ©sus s’inscrit bien sĂ»r complĂštement dans cette vision des choses quand il parle de la rĂ©surrection, qui n’est pas une idĂ©e, mais vraiment une rĂ©alitĂ© pour lui cf. Lc 20,38. Il fonde cette affirmation sur le passage de l’Exode oĂč Dieu se prĂ©sente comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, c’est-Ă -dire que pour Dieu il existe toujours. Il dit Ă©galement par exemple qu’aprĂšs la rĂ©surrection, il n’y aura plus de mariage humain, au sens de reproduction humaine, de l’espĂšce puisque l’on aura atteint l’effectif plĂ©nier on sera comme les anges du ciel et l’on connaĂźtra auprĂšs de Dieu le bonheur qu’il nous avait promis Mt 22,30. L’Apocalypse aussi va tout Ă  fait dans ce personne est unique Le sort des hommes est de mourir une seule fois et puis d’ĂȘtre jugĂ©s » He 9,27. C’est cette tradition constante que l’Église a recueillie en affirmant donc que l’ĂȘtre humain n’existe que depuis sa conception et qu’ensuite, il connaĂźt une fois la mort – et une fois seulement – et que c’est lĂ  qu’il Ă©tait jugĂ© dans une premiĂšre forme de jugement, qui s’appelle le jugement particulier, qui ouvre sur un choix radical entre la volontĂ© de Dieu et, au contraire, le rejet de Dieu avec la possibilitĂ©, si la vie n’a pas Ă©tĂ© toujours dans l’axe de ce choix positif, d’une rectification, d’une purification ce qu’on appelle le purgatoire. Viendra ensuite le jugement dernier et la rĂ©surrection de la chair Je crois en la rĂ©surrection des morts » nous fait dire le Symbole de NicĂ©e-Constantinople. C’est le Christ Sauveur qui nous libĂšre, et non une sĂ©rie de rĂ©incarnations jusqu’à atteindre une perfection illusoire par nos propres RĂ©vĂ©lation insiste sur l’idĂ©e que chaque personne humaine est unique aux yeux de RĂ©vĂ©lation insiste sur l’idĂ©e que chaque personne humaine est unique aux yeux de Dieu. Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? MĂȘme si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas » Is 49,15. Dieu nous aime ainsi, personnellement, et il n’y a pas de rĂ©incarnation en d’autres personnes. C’est impossible, illogique, contraire Ă  la foi et il n’y a non plus aucun Ă©lĂ©ment rationnel pour y et le corps sont intrinsĂšquement liĂ©sL’idĂ©e de rĂ©incarnation s’oppose frontalement Ă  la vision de l’ñme et du corps que nous prĂ©sente le christianisme. Dans la perspective biblique et en toute logique philosophique traditionnelle, l’ñme et le corps sontintrinsĂšquement liĂ©s et c’est ensemble qu’ils constituent l’ĂȘtre humain. C’est Ă©videmment cette vision de l’homme qui est en jeu, c’est-Ă -dire le rapport entre l’ñme et le corps. Qu’est-ce que nous sommes ? Est-ce que nous sommes le conglomĂ©rat d’une chair et d’un esprit, le corps est-il une chose qu’on prend et qu’on laisse ? Ce serait une forme de platonisme dans laquelle la corporĂ©itĂ© ne serait pas prise au sĂ©rieux, ni d’ailleurs la notion de composĂ© humain tel que Dieu le crĂ©e, ce n’est pas une Ăąme d’un cĂŽtĂ©, et un corps de l’autre. D’un point de vue philosophique, comme on l’a vu, l’ñme est profondĂ©ment liĂ©e au corps, mais on peut aussi fonder bibliquement encore plus solidement les choses, parce que, clairement, le composĂ© humain tel que Dieu le crĂ©e n’est pas une Ăąme d’un cĂŽtĂ©, un corps de l’autre. C’est pour cela que l’Église affirme qu’il n’y a pas de prĂ©existence des Ăąmes, malgrĂ© ce qu’affirmait OrigĂšne, un PĂšre de l’Église pourtant trĂšs respectable par ailleurs. L’Église refuse clairement cette doctrine connexe Ă  celle de la rĂ©incarnation, surtout au deuxiĂšme Concile de Constantinople au VIe siĂšcle nous n’existions pas avant de naĂźtre, nous n’étions rien avant d’ĂȘtre conçus et notre nature est celle d’un ĂȘtre composĂ© d’ñme et de corps. Nous ne sommes pas des anges par dĂ©faut on n’est pas deuxiĂšme ange », comme disait le la charniĂšre du matĂ©riel et du spirituelCe qui est propre Ă  l’homme, c’est d’ĂȘtre Ă  la charniĂšre du monde matĂ©riel et du monde spirituel. Ce qui fait notre humanitĂ©, c’est de nous trouver Ă  la charniĂšre, en quelque sorte, des deux ordres de crĂ©ation que Dieu a voulus la crĂ©ation matĂ©rielle, avec toute sa splendeur, ce cosmos avec la prodigieuse variĂ©tĂ© des ĂȘtres que le peuplent, et, d’autre part, la vie de l’ñme, de la raison, de la pensĂ©e et de l’amour, qui est celui auquel appartiennent les anges, mais eux, sont des formes immatĂ©rielles. Nous, nous sommes dans une situation qui nous permet de faire chanter la crĂ©ation inanimĂ©e qui, sans cela, serait sans voix. Et faire chanter la louange du CrĂ©ateur donne un sens Ă  cette ne trouve pas tant sa joie dans la rĂ©gularitĂ© du mouvement des sphĂšres que dans cette libertĂ© créée, appelĂ©e Ă  consoner avec sa libertĂ© ne trouve pas tant sa joie dans la rĂ©gularitĂ© du mouvement des sphĂšres que dans cette libertĂ© créée, appelĂ©e Ă  consoner avec sa libertĂ© Ă©ternelle. Il veut qu’à travers les alĂ©as de notre vie nous parvenions librement Ă  interagir avec lui et Ă  donner une conscience Ă  toute la crĂ©ation. Or tout cela n’est possible que parce que nous sommes immergĂ©s dans cette crĂ©ation par notre corps. Donc la mort, qui existe bien sĂ»r depuis le pĂ©chĂ© d’Adam, est une sorte de cassure de cette chose si merveilleuse que Dieu avait voulue. Bien sĂ»r, il y a quelque chose de nous qui va pouvoir survivre Ă  la mort du corps. Nous n’allons pas vers une extinction totale. L’ñme, nous ne disons pas trop ce que c’est, la Bible a plusieurs mots pour en parler l’homme intĂ©rieur », le cƓur » et l’ñme » comme dit JĂ©sus lui-mĂȘme quand il dĂ©clare Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps, mais ne peuvent pas tuer l’ñme » Mt 10, 28. Cela veut dire qu’il y a quelque chose de nous qui reste, comme le fil qui relie les perles du collier, c’est l’ñme qui relie ainsi les diffĂ©rentes phases de notre existence sur terre, aprĂšs la mort, et pour la vie de sujet spirituel est portĂ© par quelque chose qui ne va pas ĂȘtre soumis Ă  la mort, mais que la mort quand mĂȘme atteindra profondĂ©ment, comme un escargot sans sa coquille. Quand Dieu pense Ă  l’homme, il pense Ă  tout l’ĂȘtre humain, corps et Ăąme. Par exemple, un sourire — est-ce que c’est l’ñme, est-ce que c’est le corps ? — Ce sont les deux, ensemble. Et tout ce qu’il y a comme expĂ©rience plĂ©niĂšre dans notre vie se fait Ă  travers l’ñme et Ă  travers le corps qui en est comme la caisse de rĂ©sonance. C’est de cet ĂȘtre lĂ  que Dieu est notion de jugementCette croyance s’oppose Ă©galement Ă  la notion de jugement de Dieu qui est essentielle et que nous recevons de la Tradition biblique, car un jugement Ă  rĂ©pĂ©tition n’est plus un jugement. Nous entendons souvent Comment, au terme d’une vie qui peut ĂȘtre brĂšve et sans intĂ©rĂȘt, peut-on ĂȘtre jugĂ© pour l’éternitĂ© ? » ou encore Qu’est-ce qu’on vit sur terre ? Dix ans, vingt ans, trente ans, cinquante ans
 qu’est-ce que cela en regard de l’éternitĂ© ? Nous engagerions sur un seul coup de dĂ© tout notre avenir c’est invraisemblable ! Dieu ne peut pas nous juger ainsi, comme il ne peut pas juger des petits bĂ©bĂ©s qu’est-ce qu’ils ont fait de mal ? », etc. La croyance en la rĂ©incarnation semble plus rassurante, qui dit D’accord, il y a des consĂ©quences Ă  nos actes ; si nous avons Ă©tĂ© cruels, on revivra peut-ĂȘtre sous une forme animale Ă©prouvante ; il y aura un chĂątiment immanent, mais il n’y aura pas de jugement dĂ©finitif et on pourra, de vie en vie, se purifier jusqu’au retrouver la PlĂ©nitude le NirvĂąna », etc ». Le refus de la notion de jugement absolu Ă  partir d’une seule vie fait aussi partie de l’argumentaire des que l’homme est libreFace Ă  tout cela, il faut d’abord revenir Ă  la notion biblique de jugement », qui n’est pas un jugement arbitraire. Il n’y a pas un Dieu capricieux qui dirait sans raison Celui-lĂ  est bon pour l’enfer », celui-lĂ , je vais l’amener au paradis ». Le jugement est au contraire la mise Ă  jour de l’orientation profonde d’une libertĂ© sur les choix successifs qu’elle a Ă©tĂ© amenĂ©e Ă  faire. C’est dans la confrontation ultime de l’homme et de Dieu que se jouera l’éternitĂ© de l’homme, qui est appelĂ© Ă  donner une rĂ©ponse dĂ©finitive Ă  Dieu. Si nous n’étions jamais capables de donner une vraie rĂ©ponse Ă  Dieu, cela voudrait dire que tout peut toujours ĂȘtre remis en cause et que jamais nous ne connaĂźtrons un bonheur durable. Si les choix que nous faisons Ă  un moment peuvent toujours ĂȘtre remis en cause Ă  un autre moment, ce serait trĂšs triste, car cela voudrait dire que jamais nous ne pourrons connaĂźtre un bonheur durable. Donc, Ă  l’inverse, si nous croyons que Dieu nous a créés par amour parce qu’il veut pour nous un bonheur Ă©ternel, cela veut dire qu’à un moment — pas tout de suite, pas dans l’instant — mais le jour de la rĂ©surrection, Dieu ayant obtenu de nous une rĂ©ponse qui sera dĂ©finitive, nous donnera un bonheur lui aussi dĂ©finitif partager sa vie pour jugement n’est pas autre chose que cette capacitĂ© de l’homme d’une vraie rĂ©ponse Ă  l’amour de Dieu. C’est notre grandeur d’ĂȘtres humains d’ĂȘtre soumis Ă  un choix ultime. Notre libertĂ© a Ă©tĂ© rendue capable d’un vrai choix, d’un choix qui engage la vie. Et c’est cela, le jugement qui se fera dans la justice, la vĂ©ritĂ© et l’amour. Dans les tĂ©moignages des expĂ©riences de mort imminente EMI, on trouve Ă©galement une forme de confirmation de la doctrine chrĂ©tienne il est frappant de constater que sur tous les continents et dans toutes les cultures, tous ceux qui sont revenus d’un Ă©tat trĂšs proche de la mort dĂ©crivent une expĂ©rience en tous points conformes Ă  la doctrine chrĂ©tienne, avec l’idĂ©e d’un jugement dans l’amour et la lumiĂšre, et au milieu de la communion des saints et dans la proximitĂ© des Ăąmes des personnes de donner une rĂ©ponse dĂ©finitiveComment comprendre et aider Ă  avancer ceux qui ont cette vision des choses qui leur paraĂźt plus rassurante, plus naturelle, plus normale, moins stressante que l’idĂ©e d’un jugement dĂ©finitif ? Il faut insister sur le fait que la grandeur de l’homme est de pouvoir donner Ă  Dieu une rĂ©ponse dĂ©finitive et que sans cela il ne serait pas possible d’atteindre un bonheur parfait et durable. Certes, c’est dĂ©jĂ  beau d’essayer de dĂ©passer l’échelle de la vie prĂ©sente, d’élever le regard au-delĂ  et d’avoir finalement conscience que notre existence fait partie d’une destinĂ©e globale, et n’est pas simplement un Ă©piphĂ©nomĂšne destinĂ© Ă  disparaĂźtre. Mais, d’un autre cĂŽtĂ©, la solution que propose la rĂ©incarnation, qui semble simple et facile, nous maintient dans un Ă©tat d’enfance et nous empĂȘche d’affronter la rĂ©alitĂ©. C’est l’idĂ©e qu’au fond, on peut toujours effacer sa copie, alors qu’à l’inverse, un adulte sait que, dans le monde rĂ©el, il y a des choix irrĂ©versibles et que c’est en les affrontant qu’on se dessein de DieuEn revanche, la RĂ©surrection de la chair, telle que le Nouveau Testament nous la prĂ©sente, n’est pas du tout l’image que l’homme se fait naturellement de l’aprĂšs-mort. Elle ne rĂ©sulte pas de la projection de notre dĂ©sir, parce qu’on n’aurait pas dĂ©sirĂ© ni imaginĂ© cela, elle ne procĂšde pas du rĂȘve d’une Ă©ternitĂ© compensatoire des tristesses de cette vie. Elle correspond vraiment Ă  ce que Dieu nous a rĂ©vĂ©lĂ© de son dessein sur nous. Si nous ne l’avions pas reçu, cela n’aurait certainement jamais germĂ© autrement et d’ailleurs cette idĂ©e n’est prĂ©sente nulle part ailleurs que dans le aussi Les quatre enseignements que le Christ nous donne au moment de sa RĂ©surrection La superstition a toujours accompagnĂ© l’humanitĂ© Ă  travers l’histoire et dans toutes les civilisations. Il convient de connaĂźtre la dĂ©finition de la superstition pour comprendre ce qu’il en est rĂ©ellement et s’apercevoir de la place qu’elle occupe dans la vie de l’Homme. Qu’est-ce-qu’une superstition ? La superstition est une croyance irrationnelle qui attribue des caractĂšres fantastiques ou sacrĂ©s aux faits, aux gestes, aux paroles. Telle est la dĂ©finition de base retenue. La dĂ©finition des superstitions a changĂ© avec le temps. Ainsi, au XIVe siĂšcle, la superstition Ă©tait considĂ©rĂ©e comme » la religion des idolĂątres » ou » l’adoration de faux dieux . Cette dĂ©finition a Ă©tĂ© formulĂ©e dans un contexte oĂč la science a triomphĂ© des sociĂ©tĂ©s. Au XVIIIe siĂšcle, dans un registre plus ouvert et neutre, le terme superstition a Ă©tĂ© employĂ© pour dĂ©signer toute religion et / ou prĂ©jugĂ©s qui vont au-delĂ  de la raison. Psychologie et superstitions Dans le domaine de la psychologie, et plus particuliĂšrement Ă  la suite des explications du Dr Stuart A. Vyse, la superstition dĂ©coule du processus de dĂ©fense face Ă  des situations difficiles. L’homme crĂ©e des rituels qui apaisent et confrontent sa peur de l’inconnu. Les superstitions, en effet, donnent Ă  l’homme l’impression de savoir Ă  l’avance les effets ou les rĂ©sultats d’actes, de faits ou de paroles. Suivant cette optique, la vision psychosociale Ă©tablit que la superstition est un mĂ©canisme d’adaptation propre Ă  l’Homme reposant sur la maĂźtrise de l’interaction entre l’ĂȘtre humain et son environnement. Plusieurs types de superstitions Il existe plusieurs sortes de superstitions. Certains ont une connotation nĂ©gative, d’autres prĂ©disent le bonheur. Il existe Ă©galement une troisiĂšme et derniĂšre catĂ©gorie de superstitions qui ne sont ni positives ni nĂ©gatives, mais qui apportent une certaine clartĂ© sur certains faits. Il arrive, par ailleurs, que des Ă©vĂ©nements soient considĂ©rĂ©s comme des annonces de malheur dans certains pays ou chez certains peuples mais reprĂ©sentent des signes de bonheur dans d’autres pays ou chez d’autres peuples. Voir un chat noir est-ce un mauvais prĂ©sage ? Selon la croyance toujours bien prĂ©sente en Occident, un chat noir traversant devant vous annonce un malheur. D’autre part, croiser un chat noir est considĂ©rĂ© comme un signe de bonheur en Angleterre et au Japon. Pourquoi dit-on qu’ouvrir un parapluie dans une maison porte malheur ? Cette superstition s’explique par le fait qu’il Ă©tait trĂšs difficile d’ouvrir les parapluies par le passĂ©. Le mĂ©canisme d’ouverture Ă©tait complexe et exigeait souvent des mouvements plutĂŽt intenses et brusques. Il fallait, donc, se positionner dans un endroit vaste et bien Ă  l’écart de tout objet et de toute personne pour Ă©viter les incidents lors de l’ouverture du parapluie. Ainsi, le dĂ©ploiement d’un parapluie dans la maison pourrait causer divers dommages objets cassĂ©s, blessures, 
. Vendredi 13 est-il un jour maudit ? La crainte du vendredi 13 ou la paraskevidĂ©katriaphobie concerne un trĂšs grand nombre de personnes, notamment en Europe. Les personnes qui Ă©prouvent cette crainte restent gĂ©nĂ©ralement cloitrĂ©es chez eux et arrĂȘtent toute activitĂ© chaque vendredi 13 pour Ă©viter les mauvaises expĂ©riences. Des Ă©tudes ont mĂȘme permis d’établir que l’économie stagne, voire va Ă  la baisse chaque vendredi 13. Le nombre 13 en lui-mĂȘme connote le malheur dans certaines sociĂ©tĂ©s. De mĂȘme pour le vendredi qui est considĂ©rĂ© comme un mauvais jour. Plusieurs Ă©vĂ©nements et mythes, dont des faits relatĂ©s dans la Bible sont Ă  l’origine de la malchance du vendredi 13. Pour d’autres le vendredi 13 est un jour de chance Cependant, certaines personnes associent le vendredi 13 Ă  la chance. Cela explique notamment la hausse des paris et l’augmentation des vente de tickets de loterie chaque vendredi 13. Pourquoi dit-on qu’on risque 7 ans malheur quand on brise un miroir ? Cette superstition est basĂ©e sur la valeur du miroir dans les temps passĂ©s. Les minĂ©raux Ă©taient trĂšs prĂ©cieux dans l’AntiquitĂ© du fait de la trĂšs grande complexitĂ© de leur exploitation. Les premiers miroirs Ă©taient faits en pierre polie ou en mĂ©tal poli. Ce n’est que vers le Ier siĂšcle que les miroirs en verre sont apparus et ce matĂ©riau Ă©tait tout aussi rare et, donc, valeureux. Ainsi, les domestiques Ă©taient sommĂ©s par leurs maĂźtres de 7 ans de malheur s’ils brisaient un miroir. Les croyances sur le chiffre 7 Le chiffre 7 fait rĂ©fĂ©rence aux cycles de la vie chez les Romains. Les 7 ans de malheur dĂ©signe, alors, toute une Ă©tape de la vie passĂ©e dans le dĂ©sastre total. Le miroir a toujours eu une symbolique forte au sein des diffĂ©rentes civilisations. Selon les croyances ancestrales grecques et romaines, le miroir est le reflet de l’ñme. De ce fait, casser un miroir c’est briser son Ăąme. Les autres superstitions Parmi les superstitions de bonheur qui portent encore les sociĂ©tĂ©s actuelles, on peut aussi citer les trĂšfles Ă  4 feuilles,le fer Ă  chevalvoir un arc-en-ciel,l’étoile filante qui exauce les vƓux les plus chers,le fait de toucher du bois pour Ă©viter le mauvais sort,croiser les doigts,porter une patte de lapin. Comment Ă©viter les malĂ©dictions ? Les superstitions et les prĂ©sages de malheur sont aussi omniprĂ©sentes au quotidien. Un grand nombre de personnes Ă©vitent alors de renverser du sel au risque d’écoper de 7 ans de malheur,passer sous une Ă©chelle,se lever du pied gauche,se couper les ongles le soir,balayer la maison la le pain sur la table Les superstitions et les malĂ©dictions dans le domaine professionnel Chaque mĂ©tier a ses propres superstitions. Les plus connues sont celles qui alimentent le domaine de la couture et de la navigation marine. De nombreuses superstitions touchent le domaine de la couture. Se piquer un doigt avec une aiguille possĂšde une signification prĂ©cise qui varie suivant le doigt concernĂ©. Il peut s’agir d’un mauvais ou bon prĂ©sage. Faire tomber une paire de ciseaux indique la cessation de quelque chose. Le fil vert porte malheur. Un vĂȘtement cousu avec du fil vert porte, donc, malheur Ă  celui qui le porte. D’ailleurs il est rare de voir Ă  la tĂ©lĂ©vision une personne avec un pull vert sur lui ! Dans le secteur de la marine, la superstition tient Ă©galement une grande importance. Il est notamment interdit de prononcer le mot lapin » Ă  bord des bateaux. A la place, l’équipage doit dire l’animal aux longues oreilles » ou le cousin du liĂšvre » s’il est vraiment nĂ©cessaire de parler de cet animal. Par ailleurs, les navires ne doivent pas partir du port un vendredi au risque de subir de gros malheurs. Le domaine de la navigation en mer regroupe encore de nombreuses superstitions. Croire ou ne pas croire Ă  chacun ses convictions Les superstitions ponctuent le quotidien et ne disparaitront pas de sitĂŽt. Y croire ou ne pas y croire relĂšve des dispositions personnelles. De mĂȘme l’association Ă  la chance ou Ă  la malchance repose sur les croyances individuelles.

croyance que tout objet a une ame