Lesautres superstitions. Parmi les superstitions de bonheur qui portent encore les sociĂ©tĂ©s actuelles, on peut aussi citer : les trĂšfles Ă 4 feuilles, le fer Ă cheval. voir un arc-en-ciel, lâĂ©toile filante qui exauce les vĆux les plus chers, le fait de toucher du bois pour Ă©viter le mauvais sort, croiser les doigts, porter une patte
Alors voici trois symptĂŽmes dâune Ăąme perdue, et la meilleure façon pour nous de rĂ©agir afin de les aider : 1. Une attitude dĂ©fensive : Une Ăąme dite perdue est une personne qui fonctionne Ă partir de son ego, pas de son soi supĂ©rieur. Comme les Ăąmes perdues sont en grande partie axĂ©es sur lâ ego, elles ressentent souvent le
Quon soit superstitieux ou pas, lorsquâun malheur nous accable, on lâattribue souvent Ă une personne, Ă un facteur externe, ou mĂȘme Ă un objet. Toutefois, certains objets quâon garde soigneusement dans notre maison, peuvent selon des croyances populaires porter malheur. DĂ©couvrez-les quels dans notre article.
Lacroyance, comme la foi, est un des acte d'adhĂ©sion de l'esprit Ă certaines propositions.Les deux termes sont Ă peu prĂšs synonymes. La foi, cependant, dans le langage ordinaire, relĂšve du religieux, comme dans le Christianisme (Foi religieuse), alors que la croyance, mĂȘme si elle peut Ă©galement ĂȘtre de cet ordre (avec, dans ce cas, sinon une connotation pĂ©jorative, du moins l
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Onvoit sans peine de qui lâhindouisme tient sa croyance Ă lâimmortalitĂ© de lâĂąme. Ainsi donc, tout dĂ©signe lâantique Babylone comme la citĂ© dâoĂč la croyance Ă lâimmortalitĂ© de lâĂąme sâest rĂ©pandue jusquâaux extrĂ©mitĂ©s de la terre. Or câest prĂ©cisĂ©ment lĂ , Ă
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Il y a matiĂšre Ă sâĂ©tonner quand est posĂ©e Ă quelquâun lâinĂ©vitable question Es-tu croyant ? » Si cette interrogation est prise au sens littĂ©ral, sans prĂ©ciser lâobjet ou le type de croyance envisagĂ©, la rĂ©ponse qui sâimpose est Ăvidemment que je le suis, et que nous le sommes tous. »La foi, câest-Ă -dire fondamentalement le fait de faire confiance à », est une attitude spontanĂ©e de lâesprit humain, personne ne vit et ne pourrait vivre, au sens trivial de sâorienter dans le monde », sans croyances ĂȘtre croyant nâest pas ĂȘtre crĂ©dule, et on ne peut pas se dĂ©patouiller dans la vie quotidienne sans prĂȘter foi Ă des choses quâon ne voit pas ou sans sâen remettre Ă certaines autoritĂ©s dont nous avons quelques raisons de penser quâelles en savent plus que nous lâĂglise, lâĂtat, la Famille, le Journal sur certains sujets » RĂ©gis Debray, Dieu, un itinĂ©raire ; aucune sociĂ©tĂ© humaine ne saurait subsister sans dommage si nous dĂ©cidions de ne rien croire que nous ne puissions saisir en toute Ă©vidence » saint Augustin, De lâutilitĂ© de la croyance. Ă la question Es-tu croyant ? » prise au sens large et littĂ©ral, il convient donc de substituer lâinterrogation Que crois-tu ? »Quant Ă la croyance religieuse, celle du croyant » au sens Ă©troit reçu Ă lâordinaire par ce terme, elle apparaĂźt comme un cas particulier de la croyance, cette attitude universellement partagĂ©e, si bien quâil nây a de prime abord rien dâĂ©tonnant Ă rencontrer des croyants ».LâĂ©tonnement pourrait plutĂŽt ĂȘtre suscitĂ© par le fait quâon câest-Ă -dire souvent les intellectuels, et notamment en France soit beaucoup plus exigeant, rigoureux et sĂ©vĂšre vis-Ă -vis des croyances religieuses que vis-Ă -vis dâautres croyances, politiques, historiques, etc. Cette sĂ©vĂ©ritĂ© se traduit par des interpellations faites aux croyants » au sens Ă©troit du terme sur le mode du vous, les croyants, vous nâĂȘtes pas capables de fonder, de justifier solidement vos croyances » â et lorsquâon est entre philosophes, on ajoute, lâair sĂ©vĂšre, quâ il y a lĂ une grave, une prĂ©occupante dĂ©ficience Ă©pistĂ©mique ». Câest incontestable, mais trĂšs rares sont les croyances, quel que soit le domaine oĂč elles sâappliquent, qui Ă©chappent Ă une semblable dĂ©ficience. Cette remarque nâinterdit Ă©videmment pas de sâattacher Ă mettre au jour ce qui spĂ©cifie les croyances religieuses dans le genre croyance » il ne sâagit pas de prĂ©tendre que les deux Ă©noncĂ©s je crois que le club de football va gagner le championnat » et je crois que le Christ est mort et ressuscitĂ© pour nous dĂ©livrer du pĂ©chĂ© » sont Ă©quivalents sous tous les qui distingue la croyance religieusePhilosophiquement parlant, câest-Ă -dire sans mĂȘme envisager ce quâun thĂ©ologien dirait de la grĂące et de ses effets dans les opĂ©rations dâun esprit humain qui ajoute foi Ă certains Ă©noncĂ©s, la croyance religieuse se distingue au moins par le type dâobjet sur lequel elle porte et par le sens ou le but quâon lui reconnaĂźt. En contexte chrĂ©tien par exemple, la croyance en la rĂ©surrection du Christ vĂ©hicule ainsi une implication existentielle forte », puisquâil y est question du salut, ce qui nâest gĂ©nĂ©ralement pas le cas avec les croyances portant sur un Ă©vĂ©nement historique ou le futur dâune Ă©quipe de Ă lâintĂ©rieur mĂȘme de la classe des croyances communĂ©ment dĂ©signĂ©es comme religieuses ou portant sur Dieu et ce qui le concerne, il faudrait Ă©galement opĂ©rer certaines distinctions, notamment en fonction des contenus des croyances. Par exemple, un chrĂ©tien ajoutant foi aux contenus de sa Bible ne peut, sâil les analyse, considĂ©rer comme Ă©quivalents les quatre Ă©noncĂ©s suivants a "Nabuchodonosor a fait dĂ©truire le temple de JĂ©rusalem en 587" voir 2 R 25 il sâagit dâun Ă©noncĂ© historique standard, semblable dans sa forme et son statut Ă une affirmation comme François Ier a remportĂ© une bataille Ă Marignan en 1515 ».b "JĂ©sus Christ est ressuscitĂ©" Ă premiĂšre vue, il sâagit de quelque chose qui est arrivĂ© », Ă la maniĂšre dâun Ă©vĂ©nement historique. Mais le caractĂšre extraordinaire de cet Ă©vĂ©nement, le petit nombre de tĂ©moignages Ă son sujet, le fait quâun soupçon de falsification ait dĂšs lâAntiquitĂ© Ă©tĂ© formulĂ©, et rapportĂ© dâailleurs dans les textes fondateurs des chrĂ©tiens voir Mt 28,11â15, impliquent que cette Ă©ventuelle rĂ©surrection nâest pas visĂ©e dans lâacte de croyance comme un Ă©vĂ©nement historique standard. c "Dieu fit lâhomme Ă son image" Gn 1,27. Un chrĂ©tien le croit, mais ici, câest le statut mĂȘme de lâĂ©noncĂ© qui devient problĂ©matique. Certes, Ă lâinstar des deux cas prĂ©cĂ©dents, cette croyance vise un passĂ© se prĂ©sentant comme accompli. Mais sâagit-il encore dâun Ă©vĂ©nement » ? De quels tĂ©moignages, et de quel type, dispose-tâonpour assurer la croyance Ă ce sujet ?d "Heureux les artisans de paix, ils seront appelĂ©s fils de Dieu" Mt 5,9. Un chrĂ©tien le croit, mais lĂ encore le statut mĂȘme de cette croyance demeure problĂ©matique sâagit-il dâun constat, dâun souhait, dâune prĂ©diction ?Une enquĂȘte philosophique sur la nature de la croyance religieuse, en lâoccurrence biblique, devrait Ă la fois comprendre pourquoi ces Ă©noncĂ©s sont tous susceptibles dâĂȘtre caractĂ©risĂ©s comme des croyances, et mettre au jour ce qui les oĂč est ta victoire ? Denis pages, 19,90 librairie, le 4 Janvier 2017Comment comprendre aujourdâhui la notion de salut ? Un essai brillant rĂ©digĂ© comme une enquĂȘte philosophique et spirituelle. Mort, oĂč est ta victoire ? » sâexclamait saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens. La victoire est autre⊠Il sâagit dâĂȘtre sauvĂ©. Mais comment comprendre aujourdâhui cette injonction ? Le salut, une notion pĂ©rimĂ©e ? De quoi aurions-nous Ă ĂȘtre sauvĂ©s, dâailleurs ?Denis Moreau nous entraĂźne dans une enquĂȘte passionnante autant thĂ©ologique que philosophique. Ce livre est une relecture contemporaine de la notion de salut sâappuyant sur des textes philosophiques et religieux. On y croise MoĂŻse, saint Paul et JĂ©sus-Christ, Descartes, Pascal, Spinoza, Nietzsche, Sartre, Wittgenstein mais aussi Kurt Cobain, une publicitĂ© pour un gel douche et une description pratique de certains pĂ©chĂ©s thĂšme du salut est beaucoup plus prĂ©sent dans notre modernitĂ© quâon ne le pense. Ses usages dans la pensĂ©e contemporaine sont parfois bien surprenants, et ce parcours plein de rebondissements. Cet essai propose ainsi une vĂ©ritable philosophie du salut pour aujourdâ Moreau est philosophe, ancien Ă©lĂšve de lâĂcole normale supĂ©rieure et agrĂ©gĂ© de philosophie. Il enseigne Ă lâuniversitĂ© de Nantes. SpĂ©cialiste de Descartes, il a dirigĂ© un Dictionnaire des monothĂ©ismes Le Seuil et publiĂ© plusieurs ouvrages dont Les voies du Salut Bayard, 2010, premiĂšre version de lâessai Mort, oĂč est ta victoire ?
1 Lâobjectif de cet article nâest pas de donner une dĂ©finition qui distinguerait sans ambiguĂŻtĂ© ce que sont des Ă©motions de ce qui nâen sont pas. Le terme ne le permet pas. Ămotion » et autres mots semblables nâont pas Ă©tĂ© créés avec un objectif si prĂ©cis. Ils existent pour dĂ©signer des phĂ©nomĂšnes comportementaux et expĂ©rientiels qui sortent de lâordinaire. Le mouvement de lâesprit, parfois considĂ©rable, est caractĂ©ristique de ces phĂ©nomĂšnes. Les Romains disaient motus ou motus animi, mouvement de lâĂąme. Une autre particularitĂ© tient au fait que ces mouvements de lâĂąme sont souvent dĂ©clenchĂ©s par des Ă©vĂ©nements ou des objets qui affectent lâĂąme sans que la personne en question les ait recherchĂ©s. Ils ne sont pas directement soumis Ă la volontĂ© ; ils sâimposent des impulsions, des actions, des pensĂ©es, des sentiments. Le Latin les dĂ©signait par affectio â dont les mots français affection » et affectif » sont issus. Outre le mouvement de lâesprit, ces phĂ©nomĂšnes comprennent aussi lâapparition de mouvements et de rĂ©actions corporelles â comme la respiration, les battements du cĆur, les cris et les soupirs â rĂ©actions qui ne sont pas provoquĂ©es par la chaleur, lâeffort physique, ou lâingurgitation excessive dâalcool ⊠Ces derniĂšres caractĂ©ristiques ont conduit Descartes Ă recourir au terme Ă©motion, un mot courant de la langue française de son Ă©poque signifiant Ă©meute » ou agitation ». Aristote pointait la mĂȘme caractĂ©ristique dans son emploi du mot kinĂšsis. Enfin, ces phĂ©nomĂšnes extra » ordinaires se caractĂ©risent par la force, inhabituelle, de leurs actions et leur persĂ©vĂ©rance face aux obstacles, aux interruptions, aux protestations dâautrui voire de soi-mĂȘme lâon dit ou lâon fait des choses dont on sait au mĂȘme moment quâil ne faut pas les dire ou les faire. Câest ce qui fait penser que lâagent est poussĂ© Ă faire ce quâil fait et quâil nâest plus maĂźtre de lui. Les actions, ou les raisons dâagir, paraissent avoir pris une prĂ©sĂ©ance dans lâorganisation du comportement, du ressenti et de la pensĂ©e. Câest Ă cela que renvoient les mots pathĂȘ en Grec, et passion dans dâautres langues ces phĂ©nomĂšnes suggĂšrent la passivitĂ© face aux affections et ont conduit certains philosophes, dont Kant au XVIIIe, Ă interprĂ©ter ce que nous appelons Ă©motions comme des Ă©tats de folie passagĂšre. Autrement dit, Ă©motion » nâest pas une catĂ©gorie solide. Ni ne le sont, du reste, les catĂ©gories Ă©motionnelles diffĂ©renciĂ©es par les noms de colĂšre, joie, peur, ou angoisse ⊠Comme le soulignent les travaux de Wierzbicka 1999, les catĂ©gories recouvrent des significations plus ou moins diffĂ©rentes selon les langues. Ainsi, sadness en anglais nâest pas lâexact synonyme du mot français tristesse ». 2 Ce que ces phĂ©nomĂšnes dĂ©signent, en revanche, câest lâopĂ©ration dâun ensemble de modalitĂ©s psychologiques fondamentales qui dĂ©terminent et guident les interactions de tout organisme avec son entourage. La notion dâ Ă©motion » sert Ă indiquer des rĂ©ponses complexes ou multi-componentielles » Scherer, 1984, câest-Ă -dire composĂ©es de plusieurs rĂ©ponses, quâelles soient physiologiques, motrices, cognitives, affectives et/ou ressenties syndrome multi-componentiel ». Chacune de ces rĂ©ponses, suscitĂ©e par les stimuli et exigences de la situation du moment, rĂ©sulte de lâinteraction de ces modalitĂ©s de base. Chaque Ă©motion reprĂ©sente ainsi un pattern de rĂ©ponses diffĂ©rent. Câest le point de vue avancĂ© par des auteurs comme Scherer 1994, Frijda 2007 et Coan 2010. La vraie nature des Ă©motions rĂ©side dans les modalitĂ©s fondamentales et leurs interactions, plutĂŽt que dans un nombre restreint de patrons spĂ©cifiques. Cette derniĂšre perspective correspond Ă lâidĂ©e centrale de la thĂ©orie des Ă©motions de base » au nombre de sept â joie, tristesse, peur, colĂšre, surprise, dĂ©goĂ»t, mĂ©pris comme lâont proposĂ© les approches dominantes durant le vingtiĂšme siĂšcle, les thĂ©ories dâEkman 1982, Izard 1977, Plutchik 1980 et Tomkins 1984. Pour ces derniĂšres, chaque Ă©motion de base est lâexemplaire dâun nombre restreint de patrons spĂ©cifiques innĂ©s. Pour les thĂ©ories multi-componentielles, en revanche, les Ă©motions relĂšvent de modalitĂ©s de base qui opĂšrent selon une sĂ©quence fonctionnelle. 3 Lâobjectif de cet article est de proposer une conception relationnelle de lâĂ©motion. Ainsi, dans un premier temps, les modalitĂ©s de base constituant lâĂ©motion sont exposĂ©es, suivies, dans un deuxiĂšme temps, de la sĂ©quence fonctionnelle de lâĂ©motion. Cette sĂ©quence est prĂ©sentĂ©e sous lâĂ©clairage thĂ©orique dâun modĂšle perceptif des Ă©motions rendant compte des processus qui rĂ©gissent lâinteraction des modalitĂ©s de base. Ce modĂšle perceptif articule des arguments issus de la perspective Ă©cologique gibsonienne, de la psychologie de la Gestalt et des travaux plus rĂ©cents sur la cognition incarnĂ©e. Enfin, dans un troisiĂšme et dernier temps, les manifestations de lâĂ©motion sont convoquĂ©es en soutien de cette approche relationnelle. 1. â Les modalitĂ©s constitutives de lâĂ©motion 4 La perspective multi-componentielle stipule que lâĂ©motion relĂšve dâune sĂ©quence fonctionnelle impliquant lâinteraction de plusieurs modalitĂ©s. Les Ă©motions sont en premier lieu le produit conjoint de deux modalitĂ©s dĂ©terminantes lâĂ©valuation et les intĂ©rĂȘts ». LâĂ©valuation affective et cognitive dâun objet ou Ă©vĂ©nement en dĂ©termine sa pertinence vis-Ă -vis dâun ou plusieurs intĂ©rĂȘts du sujet. Les Ă©motions se caractĂ©risent Ă©galement par la prĂ©sĂ©ance des rĂ©ponses Ă lâĂ©vĂ©nement â modalitĂ© qui traduit leur prĂ©valence sur les conduites en cours â et par la production dâune attitude prĂ©paratoire sous la forme dâune disposition Ă lâaction » qui pousse le sujet Ă modifier sa relation Ă lâobjet ou lâĂ©vĂ©nement. Cette modalitĂ©, enfin, favorise la sĂ©lection dâactions impulsives qui permettent lâissue visĂ©e par la disposition Ă lâaction. Les points suivants dĂ©taillent ces modalitĂ©s lâune aprĂšs lâautre. â Ăvaluation 5 Les Ă©motions sont, en quelque sorte, des dĂ©tecteurs de pertinence » Scherer, 2005. Les thĂ©ories multi-componentielles partent du principe que la pertinence dâun objet ou dâun Ă©vĂ©nement est dĂ©terminĂ©e par un processus complexe dâĂ©valuation appraisal, en anglais, extrĂȘmement rapide de lâordre de 100 msec ; Grandjean & Scherer, 2009 qui relĂšve de plusieurs niveaux de traitement. Ceux-ci vont dâun niveau de traitement automatique et implicite Ă un niveau de traitement conceptuel conscientisĂ©. Ainsi, ces processus dâĂ©valuation transforment les Ă©vĂ©nements rencontrĂ©s â Ă©vĂ©nements bruts affectant les sens et le corps â en Ă©vĂ©nements pourvus, dâune part, dâune signification pour le sujet, signification en fonction de ses intĂ©rĂȘts cf. ci-aprĂšs â et dâautre part, dâune valeur affective Ă©vĂ©nement agrĂ©able ou attrayant, dĂ©sagrĂ©able ou repoussant, ou indiffĂ©rent, le cas Ă©chĂ©ant. 6 En principe, ces processus dâĂ©valuation se poursuivent automatiquement, et lâinformation qui prend part Ă ces processus reste le plus souvent inconsciente. Il arrive parfois quâelle soit manifeste, comme lorsquâelle facilite la suite du traitement dâinformation. Câest ce qui ressort des expĂ©rimentations utilisant lâamorçage, qui montrent lâinfluence de stimuli prĂ©sentĂ©s trop faiblement pour ĂȘtre perçus consciemment par exemple par backward masking sur les pensĂ©es ou perceptions qui succĂšdent Zajonc, 1984 ; Bargh, 1997. â IntĂ©rĂȘts 7 LâĂ©valuation de la pertinence dâun Ă©vĂ©nement vis-Ă -vis des intĂ©rĂȘts du sujet constitue lâaspect probablement le plus central de lâĂ©motion Frijda, 2007. Chaque Ă©vĂ©nement peut avoir des rĂ©percussions pour la satisfaction ou lâentrave de quelque intĂ©rĂȘt. LâĂ©valuation de cette pertinence est automatique. Sans pertinence vis-Ă -vis dâun intĂ©rĂȘt, il nây aura pas dâĂ©motion, câest-Ă -dire quâaucun des composants qui forment une rĂ©ponse multi-componentielle ne sera activĂ©. Ainsi, la signification de lâĂ©vĂ©nement est directement liĂ©e aux intĂ©rĂȘts. Un intĂ©rĂȘt reprĂ©sente une sensibilitĂ© pour une classe dâobjets, problĂšmes, Ă©vĂ©nements, conceptions de soi-mĂȘme ou du monde cf. le modĂšle cybernĂ©tique de Carver & Scheier, 1990. Si un Ă©vĂ©nement relĂšve dâune telle sensibilitĂ©, il Ă©voque de lâappĂ©tence, attire lâattention, comme quand on entend son nom mentionnĂ© dans une conversation qui se tient Ă cĂŽtĂ©. La pertinence vis-Ă -vis dâun ou plusieurs intĂ©rĂȘts est la condition sine qua non pour lâĂ©mergence dâune Ă©motion. Les Ă©motions ont donc deux conditions dâĂ©mergence lâoccurrence dâun Ă©vĂ©nement et lâexistence dâun intĂ©rĂȘt vis-Ă -vis duquel lâĂ©vĂ©nement est pertinent, câest-Ă -dire dont la satisfaction ou lâentrave pourrait ĂȘtre affectĂ©e par lâĂ©vĂ©nement. 8 Les intĂ©rĂȘts sont des variables latentes, silencieuses. Ce nâest que lorsquâun Ă©vĂ©nement excite la sensibilitĂ©, faisant surgir lâĂ©motion, que lâintĂ©rĂȘt se dĂ©voile. La notion dâintĂ©rĂȘt inclut des sortes dâintĂ©rĂȘts trĂšs diffĂ©rentes des besoins comme les besoins biologiques la faim, la soif, la chaleur corporelle et ceux moins biologiques, comme le besoin dâappartenance Ă un groupe social ; des ressorts, des valeurs, comme les amitiĂ©s et les amours, etc. DĂšs 1938, Murray en avait dressĂ© la liste des plus communs. Bon nombre dâintĂ©rĂȘts se conçoivent comme des valeurs de rĂ©fĂ©rence, telles la faim ou tempĂ©rature Toates, 1986. Les origines des intĂ©rĂȘts sont plurielles. Certains sont clairement des produits de lâĂ©volution. Dâautres proviennent des valeurs ou des orientations socioculturelles Schwartz, 1992. Des recherches comparatives interculturelles montrent ainsi des variations considĂ©rables dans lâimportance des valeurs sociales entre les diffĂ©rentes cultures Schwartz & Boehnke, 2004. Dâautres encore proviennent des expĂ©riences personnelles, comme celles dâattachement. Et dâautres intĂ©rĂȘts encore ont leur source dans les aptitudes cognitives la curiositĂ© en est un exemple et affectives la vue dâun enfant vulnĂ©rable ou des images de lâĂ©vanescence des sentiments ; Tan & Frijda, 1999. La psychologie manque Ă ce jour de thĂ©ories concernant la nature gĂ©nĂ©rale des intĂ©rĂȘts. 9 Les intĂ©rĂȘts concernent ce dont lâindividu cares about, selon lâexpression du philosophe Frankfurt 1988, câest-Ă -dire ce qui tient Ă cĆur ». Les individus, qui en possĂšdent chacun une multitude, diffĂšrent dans leurs intĂ©rĂȘts que ce soit en termes de variabilitĂ© quâen termes de degrĂ© de sensibilitĂ© Gray & McNaughton, 2000. Certains ralentissent Ă chaque oiseau quâils voient, dâautres ne distinguent pas un moineau dâun Ă©tourneau. Cette multitude dâintĂ©rĂȘts explique la variation considĂ©rable des Ă©motions aux niveaux intra-individuel, interindividuel et interculturel. Elle explique Ă©galement un autre fait essentiel des Ă©motions, Ă savoir la pertinence dâun Ă©vĂ©nement particulier vis-Ă -vis de plusieurs intĂ©rĂȘts, qui suscite par consĂ©quent des Ă©motions diffĂ©rentes, voire contradictoires, en mĂȘme temps. La mort dâune personne chĂšre aprĂšs une longue maladie reprĂ©sente une cause de chagrin tout autant que du soulagement. Lâeuthanasie peut Ă©mouvoir Ă la fois comme crime et comme bienfait. On peut se trouver en Ă©tat de conflit entre deux Ă©motions causĂ©es par un mĂȘme Ă©vĂ©nement. â PrĂ©sĂ©ance 10 Comme cela a dĂ©jĂ Ă©tĂ© soulignĂ© en introduction, les Ă©motions se manifestent comme des phĂ©nomĂšnes de prĂ©sĂ©ance en anglais control precedence. Câest ce qui donne aux Ă©motions dâune certaine vigueur le caractĂšre de passions. Ă lâexception de Ribot dans son Essai sur les passions 1907, peu de chercheurs se sont intĂ©ressĂ©s Ă ces phĂ©nomĂšnes de prĂ©sĂ©ance. Les rĂ©ponses dĂ©clenchĂ©es par un Ă©vĂ©nement Ă©valuĂ© comme pertinent vis-Ă -vis dâun intĂ©rĂȘt prennent la prioritĂ© sur les pensĂ©es et les actions en cours. Ribot Ă©voque au sujet des Ă©motions leur impĂ©tuositĂ© irrĂ©sistible » [2]. Elles interfĂšrent avec ce que la personne est en train de faire. Lorsque lâalerte Ă incendie se dĂ©clenche, toute affaire cessante, on court dehors ou restons paralysĂ©s. Elles persistent malgrĂ© lâĂ©ventuelle prĂ©sence dâobstacles, elles font nĂ©gliger les raisons de ne pas agir de la sorte les recommandations de la Raison. Sous lâeffet de la colĂšre on dit des choses dont on sait au mĂȘme instant quâon les regrettera. Le degrĂ© de prĂ©sĂ©ance correspond Ă lâintensitĂ© de lâexpĂ©rience Ă©motionnelle subjective Frijda, 2007. La prĂ©sĂ©ance traduit lâactivation du systĂšme neuronal qui Ă©met la dopamine dans le diencĂ©phale. Ce neurotransmetteur active les Ă©tats de disposition ou prĂ©paration Ă lâaction, en opĂ©rant sur les ganglions de la base Panksepp, 1998 ; Berridge, 2007 ; Robbins & Everitt, 2007. 11 La prĂ©sĂ©ance est une propriĂ©tĂ© de la rĂ©ponse multi-componentielle dans son entier. Elle reprĂ©sente lâengagement de la personne dans ce qui se passe. Lâindividu est engagĂ© tout entier, avec toutes les fonctions qui soutiennent la rĂ©ponse lâattention, lâactivation dâinformations en mĂ©moire, la motivation, la prise de conscience, la mobilisation Ă©nergĂ©tique au niveau de la motricitĂ©, lâactivation physiologique ⊠Tous ces composants sont issus des diffĂ©rents aspects de lâĂ©valuation, et par lâinteraction des diffĂ©rents composants eux-mĂȘmes Scherer, 2009. Ces composants prĂ©sentent une synchronie » Scherer, 2005 ils sâinfluencent et sâaccommodent, pour contribuer ensemble Ă la rĂ©alisation de la modalitĂ© fondamentale suivante un Ă©tat appelĂ© disposition Ă lâaction ». â Lâattitude prĂ©paratoire » la disposition Ă lâaction 12 Si lâĂ©vĂ©nement est Ă©valuĂ© comme Ă©tant pertinent vis-Ă -vis dâun intĂ©rĂȘt, il suscite une Ă©motion. Plus prĂ©cisĂ©ment, il produit une action readiness, câest-Ă -dire une disposition Ă lâaction » ou prĂ©paration Ă lâaction ». Une telle disposition vise la mise en relation ou le changement de la relation â Ă©tablir, renforcer, rompre la relation â entre le sujet et lâĂ©vĂ©nement. La disposition Ă lâaction forme le cĆur de lâĂ©motion maintenir ou modifier la relation actuelle entre le sujet et lâĂ©vĂ©nement afin de produire une situation plus favorable â ou moins dĂ©favorable â aux intĂ©rĂȘts. De telles attitudes [3] comprennent aussi le dĂ©ficit attitudinal, comme dans lâĂ©puisement, ou lâattitude Ă©quivoque, observĂ©e lorsque les circonstances ne permettent aucune action propice, comme dans lâapathie agitĂ©e de lâangoisse. Les dispositions Ă lâaction forment donc la raison dâĂȘtre des Ă©motions. Les prĂ©parations Ă lâaction constituent les prĂ©mices dâactions portant sur la relation entre le sujet et un objet, dĂ©terminĂ©es par lâĂ©valuation. Elles sont la liaison active de deux Ă©tats lâactuel et celui Ă venir. Les dispositions Ă lâaction se comprennent comme inclinant plus que ne rĂ©alisant ; elles dirigent vers un acte et non pas nĂ©cessairement dans lâexĂ©cution de cet acte. Câest pourquoi on peut ressentir un dĂ©sir de fuir sans bouger un muscle. Les dispositions Ă lâaction correspondent souvent davantage Ă des Ă©lans la mobilisation du corps quâĂ la rĂ©alisation dâune action rĂ©elle. On peut Ă©prouver un dĂ©sir dâentrer en contact avec quelquâun sans dire un mot. Ce sont des intentions motrices Burloud, 1938. Bien quâinclinant plus que rĂ©alisant, les Ă©tats de prĂ©paration Ă lâaction consistent en lâĂ©tablissement de rĂ©elles dispositions Ă agir, aboutissant, le cas Ă©chĂ©ant, Ă des vraies actions ou inactions, comme dans lâapathie. Ce ne sont pas seulement des pensĂ©es ou des images mentales. Ils consistent dâabord en des activations neurales qui peuvent durer jusquâau moment oĂč lâaction se dĂ©ploie. Lâexistence de cette prĂ©paration a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©e par les expĂ©riences de Jeannerod 2006 les rĂ©seaux neuronaux actifs lors des mouvements volontaires le sont aussi quand on sâimagine faire ces mouvements. En outre, comme cela a dĂ©jĂ Ă©tĂ© mentionnĂ©, la disposition Ă lâaction activĂ©e par un Ă©vĂ©nement augmente lâĂ©mission de dopamine, qui augmente la prĂ©sĂ©ance. Il y a donc correspondance entre lâĂ©valuation de la pertinence, lâattitude motrice visant Ă modifier ou maintenir la relation, et la forme ou la direction des mouvements qui sâensuivent cf. ci-aprĂšs. 13 Les diffĂ©rentes dispositions Ă lâaction se distinguent par la relation instaurĂ©e ou visĂ©e. La relation visĂ©e renvoie Ă ce que la disposition sâemploiera Ă rĂ©aliser par lâaction. Les diffĂ©rents modes de disposition Ă lâaction cf. permettent de reprĂ©senter les attitudes dont relĂšvent les diffĂ©rentes Ă©motions et ainsi de les dĂ©crire sans avoir recours aux noms dâĂ©motions. La distinction de ces dispositions Ă lâaction est utile car chacune dâelles produit une relation sujetâobjet diffĂ©rente. Les dispositions Ă lâaction participent de lâexpĂ©rience subjective, contribuant Ă la rendre diffĂ©rente dâune Ă©motion Ă lâautre. On peut faire lâhypothĂšse quâun nombre restreint de dispositions Ă lâaction constitue un arsenal dâUr-emotions Frijda & Parrott, 2011. Les Ur-emotions sont des universaux abstraits, identifiables Ă travers les cultures malgrĂ© la variabilitĂ© de leur actualisation et de leur co-occurrence avec dâautres composants du syndrome multi-componentiel que sont les Ă©motions. Ils renvoient aux homologies existant dans les diffĂ©rentes cultures, rendant ainsi inutile le postulat de lâuniversalitĂ© in extenso de ces syndromes multi-componentiels. Ce ne sont pas les Ă©motions dans leur totalitĂ© qui sont basiques et universelles mais plutĂŽt ces Ur-emotions. Tous les Ă©tats Ă©motionnels humains et ceux issus dâun arsenal probablement un peu diffĂ©rent dans dâautres espĂšces animales consistent en lâune ou plusieurs de ces Ur-emotions. Les bases de cet arsenal se trouvent dans les circuits anciens du cerveau, appelĂ©s autrefois le systĂšme limbique et les ganglions de la base, associĂ©s aux neurotransmetteurs correspondants Panksepp, 1998. Tableau Ă lâaction et noms dâĂ©motions Dispositions Ă lâaction et noms dâĂ©motions 14 Le concept de dispositions Ă lâaction trouve son origine dans le fait que, face Ă une situation qui suscite une Ă©motion, on peut observer une variĂ©tĂ© de comportements qui paraissent servir une mĂȘme finalitĂ©. Les diffĂ©rentes actions aboutissent, dans le meilleur des cas, au mĂȘme changement de relation. En colĂšre â câest-Ă -dire en rĂ©ponse Ă une obstruction causĂ©e par un tiers â on peut rĂ©pondre par des coups de poing, par une insulte, ou en endommageant lâun de ses biens, tout autant dâactions qui nuisent Ă lâantagoniste et qui peuvent le motiver Ă mettre fin Ă son entrave. Il y a Ă©quifinalitĂ© » des diverses actions vis-Ă -vis de lâissue visĂ©e. Câest prĂ©cisĂ©ment la diffĂ©rence entre un rĂ©flexe, par exemple la rĂ©action stĂ©rĂ©otypĂ©e du sursaut, et une Ă©motion, dont le patron de rĂ©ponses est variable en fonction des variations circonstancielles du moment [4]. Les modes de disposition Ă lâaction comprennent aussi des modes de manque explicite de prĂ©paration Ă lâaction. Il y a parfois, en effet, absence apparente de prĂ©paration Ă lâaction, comme par exemple dans lâapathie, lâindiffĂ©rence, et le dĂ©sespoir ou lâimpuissance helplessness en anglais. Lâinclination Ă agir existe, mais aucune une action praticable pour rĂ©soudre la situation nâest accessible. Cela est manifeste dans ces situations qui provoquent lâanxiĂ©tĂ©, la panique, la paralysie â mais qui sont profondĂ©ment diffĂ©rentes de celles induisant la peur â ces situations de confrontation Ă un grand danger dont on ignore dâoĂč il surgira un bombardement, un tremblement de terre ou un tsunami. Inversement, beaucoup dâĂ©motions impliquent plusieurs dispositions Ă lâaction du reste, la plupart des rapports verbaux dâĂ©motions en mentionnent plusieurs ; Oatley & Duncan, 1992. Lâenfant sâapproche dâun objet quâil convoite, mais le fait avec rĂ©serve car il se sent observĂ©. Les dispositions Ă lâaction simultanĂ©es peuvent interfĂ©rer les unes avec les autres, sâinhiber, ou se renforcer. On tend Ă se rĂ©frĂ©ner dans une querelle maritale parce que lâhostilitĂ© de la colĂšre rivalise avec lâaffection pour son partenaire ou avec la peur de consĂ©quences dĂ©mesurĂ©es. En face dâune menace, la disposition Ă fuir est contrariĂ©e par la disposition Ă y faire face, voire Ă sâen approcher disposition motivĂ©e par lâintĂ©rĂȘt liĂ© Ă son amour-propre, par exemple. En visant deux issues en mĂȘme temps, les deux intentions se modifient, ou produisent des Ă©tats conflictuels. Ceci est au cĆur de la rĂ©gulation Ă©motionnelle Frijda, 2010, 2012 ; Frijda & Mesquita, 2000, qui nâest pas un moment qui fait suite Ă lâĂ©motion, mais en fait partie intĂ©grante Mesquita & Frijda, 2011. Soulignons que les dispositions Ă lâaction consistent en des structures cognitives » portant sur lâissue Ă atteindre, des attentes sur des actions Ă venir et des cibles. Ces structures cognitives pourraient ĂȘtre mieux spĂ©cifiĂ©es, bien quâavec difficultĂ©, puisque, lors de leur dĂ©roulement, elles sont inaccessibles au codage verbal Jackendoff, 2007. â Actions impulsives 15 Les actions Ă©motionnelles quâappellent les dispositions Ă lâaction visent une issue lâĂ©tablissement, le maintien, ou la modification dâune relation avec lâobjet. Ce ne sont pourtant pas des actions dĂ©libĂ©rĂ©es. Elles ne sont pas guidĂ©es par un but, la reprĂ©sentation prĂ©alable dâune finalitĂ© Ă atteindre. Elles sont impulsives. Dans les distinctions opĂ©rĂ©es dans le temps entre les diffĂ©rents types de comportements, Wundt 1900 considĂ©rait que les actions qui relĂšvent des Ă©motions ne sont ni des rĂ©flexes, ni des habitudes, ni des actions volontaires, mais des Triebhandlungen, ou actions motivĂ©es ; McDougall 1923 les appelait des instincts. Ce sont des actions impulsives, des actions qui ne sont pas prĂ©cĂ©dĂ©es dâun plan ou dâun but, ni initiĂ©es par une intention prĂ©alable. Elles ne sont pas dĂ©libĂ©rĂ©es. Elles ont nĂ©anmoins une direction. Pour cela, elles nâont pas besoin dâun but prĂ©alable parce que la recherche dâune action appropriĂ©e est dĂ©jĂ orientĂ©e vers lâissue. Cette derniĂšre est dĂ©terminĂ©e par lâĂ©valuation de lâĂ©vĂ©nement. Cette issue correspond Ă lâissue comprise dans la disposition Ă lâaction sĂ©lectionnĂ©e, disposition Ă lâaction qui appelle une rĂ©ponse capable dâinstaurer la relation en question. Dans la peur, en face dâune menace, on est confrontĂ© Ă la proximitĂ© dâun danger. En consĂ©quence, on ne cherche pas une sĂ©curitĂ© future dont on peut bien ignorer oĂč elle se situe. On rĂ©pond Ă ce qui est prĂ©sent dans la perception du moment on produit une action de protection contre un danger proche. Dans le dĂ©sir, on ne cherche pas tant Ă sâapprocher de lâobjet quâĂ anĂ©antir la distance qui nous sĂ©pare de lâobjet et qui empĂȘche lâinteraction. Dans lâamour, on suit lâaffordance prĂ©sente dâintimitĂ© plutĂŽt que de se reprĂ©senter les dĂ©lices futurs. Dans la colĂšre, on trouve dans son rĂ©pertoire dâactions une action qui peut neutraliser un saligaud, plutĂŽt que de penser Ă prĂ©server lâordre social. Lâaction impulsive, donc, est contrĂŽlĂ©e non pas par un but prĂ©alable, comme lâaction volontaire, mais par la disposition Ă lâaction ou les dispositions Ă lâaction le cas Ă©chĂ©ant visant Ă faire disparaĂźtre lâobjet Ă©valuĂ© nĂ©gativement, ou Ă obtenir lâobjet dĂ©sirable, ou Ă intensifier lâinteraction avec lui. Selon la signification accordĂ©e Ă lâobjet, la disposition Ă lâaction correspondante est convoquĂ©e. Le seuil de dĂ©clenchement dâune action impulsive est variable. Pour se mettre en colĂšre, il faut parfois une frustration sĂ©vĂšre ; mais parfois un lĂ©ger contretemps suffit. La diffĂ©rence dĂ©pend, entre autres, des Ă©vĂ©nements et des Ă©motions prĂ©existantes, de lâhumeur du moment, câest-Ă -dire dâune activation en deçà du seuil de la disposition de rĂ©ponse. Ces traits convergent vers la notion de prĂ©sĂ©ance, la prĂ©dominance des actions et pensĂ©es suscitĂ©es par lâĂ©motion sur les autres activitĂ©s Frijda, 2003. 16 Les actions impulsives ne sont pas des actions spĂ©ciales. Elles trouvent leur origine, pour la plupart, parmi les actions sociales et instrumentales de la vie courante. Dâautres sont créées pour solutionner un problĂšme dâinteraction spĂ©cifique. La notion dâimpulsivitĂ© sâapplique en fait aux conditions dâapparition de lâaction, appelĂ©e par la disposition Ă lâaction, cette derniĂšre imposant sa prĂ©sĂ©ance. Hormis cette propriĂ©tĂ© de prĂ©sĂ©ance, elles procĂšdent du mĂȘme processus dâapparition que celui de toute action ou pensĂ©e non rĂ©flĂ©chie et intuitive » Kahneman, 2012 ; Rietveld, 2008. La comparaison entre les rĂ©sultats attendus de lâaction et ceux obtenus via le feedback de lâaction guide ce processus. Autrement dit, les actions impulsives rĂ©sultent de la correspondance entre lâinformation cognitive et la prĂ©paration Ă lâaction obtenue lors de lâĂ©valuation, et lâacquisition dâinformation nouvelle de la perception ou la pensĂ©e quand il y a des signaux dâerreur ». Des donnĂ©es montrent que ces comparaisons ont lieu dans le cortex prĂ©frontal et le cortex moteur supplĂ©mentaire Ridderinkhof Forstmann, Wylie, Burle, & van den Wildenberg, 2011. La comprĂ©hension du processus de traitement de lâinformation est aujourdâhui loin dâĂȘtre complĂšte. Toutefois, pour les thĂ©ories de prĂ©diction perceptuelle et cognitive Friston, 2010, 2011 ; Clark, 2012, Ă©laborĂ©es Ă partir des considĂ©rations thĂ©oriques de Helmholtz 1860, toute lâinformation constitue un immense rĂ©seau interconnectĂ© oĂč les excitations se propagent. Ă la suite de la thĂ©orie dâinfĂ©rence inconsciente de Helmholtz, ces nouvelles thĂ©ories postulent que la perception est le rĂ©sultat dâune machine Ă faire des prĂ©dictions ». Chaque perception ou pensĂ©e engendre des prĂ©dictions concernant lâinformation et/ou lâaction Ă venir, la vĂ©rification de ce qui se produit rĂ©ellement, et lâĂ©mission de signaux dâerreurs quand une discordance apparaĂźt. Les Ă©motions suivent vraisemblablement de telles procĂ©dures de traitement dâinformation car rien ne permet de penser quâil existerait des procĂ©dures qui leur seraient spĂ©cifiques. 2. â SĂ©quence fonctionnelle de lâĂ©motion 17 La sĂ©quence fonctionnelle de lâĂ©motion peut ĂȘtre dĂ©crite de la façon suivante les processus dâĂ©valuation transforment les Ă©vĂ©nements rencontrĂ©s en Ă©vĂ©nements pourvus, dâune part, de sens en fonction des intĂ©rĂȘts du sujet et, dâautre part, dâune valeur affective. Les Ă©vĂ©nements sont pourvus de sens en ce quâils requiĂšrent un changement de relation. Les Ă©vĂ©nements qui dĂ©clenchent lâĂ©motion, entravant ou facilitant les intĂ©rĂȘts du sujet, convoquent des actions propres Ă amĂ©liorer la situation. Une attitude motrice, sous la forme dâune disposition Ă lâaction est donc gĂ©nĂ©rĂ©e Ă cette fin. La rĂ©quisition impose la prĂ©sĂ©ance de lâattitude motrice. La disposition Ă lâaction se traduit, le cas Ă©chĂ©ant en action impulsive bien quâelle puisse rester Ă lâĂ©tat de seule disposition. Dans cette sĂ©quence, lâaffordance Gibson, 1979 joue un rĂŽle capital. â Lâaffordance 18 Comme mentionnĂ© auparavant, les processus dâĂ©valuation touchent Ă la signification de lâĂ©vĂ©nement Ellsworth & Scherer, 2003 ce que lâĂ©vĂ©nement peut faire au sujet, peut lui apporter, lui permettre ou non de faire ⊠Gibson 1979 Ă©voque Ă ce sujet le concept dâaffordance cf. Luyat & Regia-Corte, 2009, pour un exposĂ© des rĂ©centes formalisations. Lâaffordance du verbe to afford fournir, offrir la possibilitĂ© est la facultĂ© de lâorganisme Ă se comporter en percevant ce que lâenvironnement lui offre en termes de possibilitĂ©s dâactions. Lâaffordance initie les mouvements et leurs dispositions neuronales comme cela a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© par lâutilization behavior de patients souffrants de certaines perturbations cĂ©rĂ©brales, Lhermitte, 1983. 19 Lâaffordance est une propriĂ©tĂ© de la relation organisme â environnement elle est une opportunitĂ© dâaction Stoffregen, 2003. Elle dĂ©pend donc Ă la fois de lâenvironnement et de lâorganisme considĂ©rĂ© par exemple, lâeau afforde la respiration pour le poisson mais pas pour lâhumain ; le sol afforde la marche pour lâhumain mais pas pour le poisson. De nombreuses affordances ont Ă©tĂ© mises en Ă©vidence expĂ©rimentalement dans les domaines de lâaction motrice et de la locomotion telles que le caractĂšre passable dâune ouverture, le caractĂšre saisissable dâun objet, le caractĂšre franchissable dâun fossĂ©, etc.. Les affordances se traduisent en anglais par le suffixe ability ajoutĂ© au verbe dâaction considĂ©rĂ© ex. climbability dâun escalier la grimpabilitĂ© » dâun escalier. JusquâĂ prĂ©sent, les Ă©tudes ont essentiellement portĂ© sur les affordances neutres » lâescalier, lâouverture, etc.. Or, dans la vie quotidienne, tout sujet navigue dans un environnement qui nâest pas seulement neutre ». La relation organisme â environnement peut parfois sâavĂ©rer potentiellement nocive ou particuliĂšrement propice favorable â notamment la navigation dans le monde social, celui des interactions interpersonnelles. Aussi est-il essentiel de percevoir des objets davantage que leur grimpabilitĂ© » ou leur passabilitĂ© ». Il sâagit de percevoir comment ils constituent un obstacle ou une opportunitĂ©, une menace ou une invitation Ă la caresse ⊠autrement dit, leur valeur affective. Or, prĂ©cisĂ©ment, les processus de traitement dâinformation pourvoient aussi les Ă©vĂ©nements rencontrĂ©s en valeur affective. Les processus dâĂ©valuation doublent simultanĂ©ment la signification de lâĂ©vĂ©nement dâune attitude hĂ©donique Ă son Ă©gard. Anelli, Borghi et Nicoletti 2012 ont, de la sorte, montrĂ© expĂ©rimentalement que des objets prĂ©hensibles mais dangereux nâinvitent pas Ă sâen saisir. Ă caractĂšre saisissable Ă©quivalent, les temps de rĂ©action sont plus lents pour des objets dangereux. Leurs rĂ©sultats Ă©voquent donc lâexistence dâaffordances aversives, ces derniĂšres pouvant ĂȘtre considĂ©rĂ©es comme des affordances affectives » qui se traduisent par une attitude affective dâattraction ou de rĂ©pulsion vis-Ă -vis de lâĂ©vĂ©nement. Des affordances affectives sont aussi observĂ©es par Coello, Bourgeois et Iachini 2012 en matiĂšre dâaccessibilitĂ© dâobjets dangereux et potentiellement menaçants. Lâaffordance affective, propriĂ©tĂ© relationnelle du systĂšme sujetâobjet [5], est lâopportunitĂ© dâaction envers ou lâopportunitĂ© dâaction Ă lâencontre offerte par les objets au sujet. Une personne offensante invite Ă ĂȘtre giflĂ©e ou toute autre forme de riposte, une personne attrayante invite Ă ĂȘtre embrassĂ©e. 20 Câest au cĆur de cette relation sujetâobjet, qui est une relation agissante, que se situe lâĂ©motion. Dans le systĂšme indivisible que constituent lâorganisme le sujet et son environnement cf. Gibson, 1979 [6], le sujet, en constante interaction avec son environnement, est Ă©galement constamment prĂȘt Ă modifier cette interaction ; il est ainsi continuellement dans un Ă©tat de prĂ©paration Ă lâaction Frijda, 1986, 2007. LâĂ©motion surgit quand survient un changement notable dans la relation sujetâobjet organismeâenvironnement. Il y a Ă©motion quand il y a rupture de continuitĂ© » RimĂ©, 2005, câest-Ă -dire une modification soudaine de lâinteraction sujetâobjet en cours, faisant passer la relation dâun Ă©tat Ă un autre lâinteraction est rompue ou intensifiĂ©e ou rĂ©duite, etc. Autrement dit, il y a Ă©motion quand il y a un changement de la prĂ©paration Ă lâaction. Par consĂ©quent, lâĂ©motion est un processus dâextraction par lâaction. Elle partage en cela le mĂȘme trait que la perception. Le conducteur, devant qui surgit un obstacle imprĂ©vu, ne mĂ©dite pas le coup de frein ou le coup de volant qui empĂȘchera la collision. Percevoir lâobstacle comme un danger, câest lâapprĂ©hender comme requĂ©rant une certaine rĂ©ponse ou action un coup de frein, un coup de volant, actionârĂ©ponse qui constitue lâĂ©motion. Câest la fameuse notion dâĂ©meute ou dâagitation de Descartes pour qui lâĂ©motion est un mouvement physique de lâhomme face au monde et de kinĂšsis dâAristote de fait, lâĂ©motion ne serait pas ce quâelle est sans son exhortation Ă lâaction ou exhortation Ă ne pas agir, comme dans lâaccablement. LâĂ©motion incite Ă sâapprocher, ou Ă sâen aller, ou Ă sâinterrompre, etc. La compassion incite Ă apporter de lâaide, la honte incite Ă se cacher, Ă disparaĂźtre de la vue des autres ⊠Or, dans la perspective de la thĂ©orie de Gibson plus rĂ©cemment formalisĂ©e par Stoffregen, 2003, 2004, notamment [7], mouvement et perception sont indissociables car la perception Ă©merge grĂące au mouvement. La perception est une saisie dâinformation information pickup [8] par lâaction. Câest lâaction qui fournit lâinformation [9], lâinformation Ă©tant ce que lâorganisme fait Ă©merger de lâenvironnement par son action et quâil saisit pick up. Pour Gibson, la perception est directe et ne passe pas par une reprĂ©sentation intermĂ©diaire. La perception nâest pas un processus interne dâinterprĂ©tation, câest un processus dâextraction par lâaction. La dimension cinesthĂ©sique est donc centrale dans cette approche. Câest prĂ©cisĂ©ment ici que prennent place les Ă©motions. â La cinesthĂ©sie 21 Emotion et action sont Ă©troitement liĂ©es dans la mesure oĂč lâĂ©motion peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme relevant de la perception cinesthĂ©sique. La perception ou sensibilitĂ© cinesthĂ©sique est la perception de la position du corps et des mouvements du corps [10]. Elle concerne la sensation de mouvement des diffĂ©rentes parties du corps. La cinesthĂ©sie, formĂ©e de deux racines grecques [11], est ainsi le sens du mouvement, la forme de sensibilitĂ© qui renseigne dâune maniĂšre spĂ©cifique sur la position et les dĂ©placements des diffĂ©rentes parties du corps. Traduite en termes Ă©motionnels, la cinesthĂ©sie se comprend de la façon suivante percevoir lâobstacle comme un danger, câest lâapprĂ©hender comme requĂ©rant une certaine rĂ©ponse â un coup de volant par exemple. Câest cette rĂ©ponse, ou, plus prĂ©cisĂ©ment, sa perception cinesthĂ©sique, qui constitue lâĂ©motion. LâexpĂ©rience subjective du danger, câest lâexpĂ©rience de son corps mobilisĂ© en vue dâune certaine rĂ©ponse une prĂ©paration Ă la fuite, ou Ă la paralysie, ou Ă lâattaque prĂ©ventive. Autrement dit, la phĂ©nomĂ©nologie de la peur est celle de la mobilisation du corps en vue dâune prĂ©paration Ă la fuite ou Ă la paralysie, ou Ă lâattaque prĂ©ventive. LâexpĂ©rience subjective de la tendresse, câest lâexpĂ©rience de son corps mobilisĂ© en vue dâĂ©treindre ou de caresser lâautre. Dans un Ă©pisode de tendresse, nous percevons une personne comme enjoignant une caresse ou une Ă©treinte. Les Ă©motions sont alors conçues comme livrant au sujet un monde chargĂ© de valeurs, sous la forme dâobjets invitant Ă lâaction. 22 Par consĂ©quent, les processus dâĂ©valuation qui, comme on lâa vu plus haut, transforment les Ă©vĂ©nements rencontrĂ©s en Ă©vĂ©nements pourvus Ă la fois dâune signification pour le sujet â en fonction de ses intĂ©rĂȘts â et dâune valeur affective, sont dâune nature particuliĂšre. En effet, la signification de lâobjet ou de lâĂ©vĂ©nement nâest pas une Ă©valuation cognitive entendue comme un acte isolĂ© dâapprĂ©ciation intellectuelle ; câest une forme de comprĂ©hension mĂ©diĂ©e par sa propre mobilisation corporelle. Câest ce que traduit la notion de enactive appraisal Colombetti, 2007 ou Ă©valuation Ă©nactive » [12]. Lâobjet attire ou repousse. Des impulsions poussent » le sujet envers ou Ă lâĂ©cart de lâobjet. Le psychologue gestaltiste Kölher 1929 considĂšre que la valeur de lâobjet est tout aussi immĂ©diatement perçue que ses qualitĂ©s sensibles. Pour lui, la valeur est rĂ©quisition requiredness. Ce que lâobjet requiert comme rĂ©ponse constitue sa valeur ex. la valeur danger. La valeur de lâobjet provient donc de la phĂ©nomĂ©nologie corporelle comme lâaffirment Deonna & Teroni 2012, la mobilisation du corps constitue lâexpĂ©rience de la valeur danger ». Une offense requiert des actions pouvant la juguler ; un Ă©vĂ©nement attrayant requiert une action dâapproche et dâouverture pour bĂ©nĂ©ficier de lâobjet. Aussi la perception est-elle autant un processus moteur quâun processus sensoriel. Du reste, au niveau neuronal, les processus sensoriels et moteurs ont un codage commun Colombetti & Thompson, 2005. En effet, comme lâexplique Northoff 2012, les donnĂ©es de neuro-imagerie indiquent lâexistence dâune activitĂ© neuronale procĂ©dant Ă un codage relationnel convergence intĂ©ro-extĂ©roceptive qui, en couplant corps, cerveau et environnement, permet lâassignation de propriĂ©tĂ©s subjectives et affectives Ă des stimuli qui, autrement, demeurent objectifs et non affectifs. La perception est donc Ă©nactive ; câest un type dâaction, lâaction constituant la perception Colombetti, 2007 ; NoĂ«, 2004 ; Varela, Thompson & Rosch, 1991. Au niveau psychologique, action et perception sont constitutivement enchevĂȘtrĂ©s. Câest ce quâa soulignĂ© Kölher et dâautres psychologues avec lui Rosenthal & Visetti, 1999, 2006 ; Wallon, 1949, p. 66. Dâailleurs, lorsque les mouvements moteurs de lâindividu sont inhibĂ©s, on observe une interfĂ©rence dans lâexpĂ©rience Ă©motionnelle et dans le traitement de lâinformation Ă©motionnelle Niedenthal, 2007. Dans cette perspective, les ressentis Ă©motionnels sont les perceptions de ces dispositions Ă lâaction, câest-Ă -dire les perceptions de lâengagement dynamique du corps sa prĂ©paration Ă lâaction dans lâinteraction avec lâobjet. Plus prĂ©cisĂ©ment, lâexpĂ©rience phĂ©nomĂ©nologique dâune Ă©motion est la perception cinesthĂ©sique, la perception de son corps mobilisĂ© en vue de modifier, dâune certaine façon, la relation sujetâobjet, la perception de la mobilisation du corps en vue dâune certaine action vis-Ă -vis de lâobjet. Ainsi, cette sĂ©quence Ă©motionnelle permet de rendre compte de lâessence de ces phĂ©nomĂšnes appelĂ©s Ă©motions » leur intentionnalitĂ© et leur expĂ©rience phĂ©nomĂ©nale. Ces deux aspects sont dĂ©veloppĂ©s ci-dessous. â IntentionnalitĂ© Ă©valuative 23 Les Ă©motions sont intentionnelles, câest-Ă -dire quâelles sont toujours Ă propos de quelque chose » ; elles possĂšdent nĂ©cessairement un objet [13]. Elles sont dĂ©clenchĂ©es par un Ă©vĂ©nement, une situation, une personne, un souvenir tel enfant a peur du noir, tel autre est fier de son tricycle. Il sâagit, plus prĂ©cisĂ©ment, dâune intentionnalitĂ© Ă©valuative Deonna et Teroni, 2008. Si lâenfant est fier de son tricycle, câest quâil a une certaine croyance Ă propos de son tricycle quâil est le plus beau des tricycles. Les croyances impliquĂ©es dans les Ă©motions sont dâun certain type en ce sens quâelles relĂšvent de valeurs axiologiques. Pour les philosophes Döring, 2009 ; Goldie, 2009, ces valeurs axiologiques ne sont pas des valeurs abstraites ou des idĂ©aux vers lesquels tend lâindividu. Il sâagit dâun type particulier de propriĂ©tĂ©s que lâobjet exemplifie. Ces valeurs sont conçues comme des qualitĂ©s formelles des propriĂ©tĂ©s Ă©valuatives de lâobjet qui suscite lâĂ©motion. Autrement dit, certains objets illustrent â ou exemplifient â certaines valeurs. Etre jaloux dâune tierce personne câest croire quâelle est un rival la tierce personne exemplifie la valeur rivalitĂ© », ĂȘtre dĂ©goĂ»tĂ© Ă la vue dâun plat dâĂ©pinards, câest croire quâil est immonde le plat dâĂ©pinards exemplifie la valeur immondice ». Ces valeurs sont directement liĂ©es aux intĂ©rĂȘts de la personne ; câest pourquoi le mĂȘme malheur affectera davantage sâil frappe son enfant que sâil sâabat sur lâenfant dâun autre, bien que la valeur en jeu soit identique dans les deux cas. Chaque famille dâĂ©motion se distingue ainsi par une valeur particuliĂšre celle de lâoffense pour la colĂšre, celle du danger ou de la menace pour la peur, celle de la perte pour la tristesse et le chagrin, etc. Lazarus 1991 a forgĂ© la notion de core relational theme pour les dĂ©signer. Pour autant, on ne peut pas rĂ©duire les Ă©motions Ă des seules croyances axiologiques. En effet, comme le soulignent Deonna et Teroni 2008, p. 52, une croyance axiologique nâest ni nĂ©cessaire, ni suffisante Ă une Ă©motion ». Ils invoquent plusieurs raisons. PremiĂšrement, la complexitĂ© cognitive dâune attribution axiologique la rend impossible chez les trĂšs jeunes enfants et chez les animaux. Les uns comme les autres ne maĂźtrisent pas les concepts participant de ses croyances des concepts axiologiques tels que celui de danger, de rivalitĂ©, etc.. Pourtant, bien que dĂ©nuĂ©s de tels concepts, il ne fait aucun doute quâils ressentent des Ă©motions. DeuxiĂšmement, il nâest pas rare de ressentir une Ă©motion en lâabsence de la croyance axiologique contingente relative Ă cette Ă©motion on peut ĂȘtre persuadĂ© quâune araignĂ©e nâest pas dangereuse et pourtant en avoir terriblement peur ; on peut ĂȘtre convaincu de nâavoir transgressĂ© aucun impĂ©ratif moral, et ĂȘtre cependant rongĂ© par la culpabilitĂ©. TroisiĂšmement, certaines croyances laissent paradoxalement de marbre fumer tue » mentionne le paquet de cigarette. Oui, le fumeur le croit volontiers. Pourtant, il nâĂ©prouve aucune peur absence dâĂ©motion en prĂ©sence de la croyance axiologique. Enfin, le rapport entre lâĂ©motion et la valeur peut ĂȘtre anormal, comme lorsquâon se rĂ©jouit du malheur dâautrui Dumouchel, 2002. Par consĂ©quent, on ne peut pas considĂ©rer les Ă©motions comme de simples » jugements de valeurs, de simples phĂ©nomĂšnes intellectuels. LâĂ©motion, ou plus exactement la disposition Ă lâaction, apparaĂźt ainsi comme un principe dâextraction spontanĂ© de la valeur. Autrement dit, la nature des processus dâĂ©valuation ne relĂšve pas de jugements cognitifs tels quâentendus, par exemple, par le modĂšle des processus composants Grandjean & Scherer, 2009. La nature de lâĂ©valuation est Ă©nactive. â PhĂ©nomĂ©nologie 24 En sus de son intentionnalitĂ©, lâĂ©motion se caractĂ©rise par sa dimension phĂ©nomĂ©nale. Une Ă©motion est quelque chose que lâon ressent ressentir le vide absolu dans la tristesse, ressentir le besoin impĂ©rieux de disparaĂźtre sous terre dans la honte, se sentir rongĂ© par la convoitise, se sentir excitĂ© et dĂ©bordant dâĂ©nergie, paralysĂ© et incapable de penser rationnellement ⊠Les psychologues parlent Ă ce sujet dâexpĂ©rience subjective. Dans le langage courant du reste, le terme Ă©motion » dĂ©signe en premier lieu cette expĂ©rience subjective je ressens une Ă©motion. La description du contenu » de lâexpĂ©rience subjective est souvent trĂšs ardue. Pour en rendre compte, le recours Ă la dimension corporelle est frĂ©quent avoir des bouffĂ©es de chaleur, sentir sa gorge se nouer, son cĆur battre Ă tout rompre, etc. Ainsi, lâidĂ©e que lâĂ©motion consistait en une perception viscĂ©rale sâest imposĂ©e Ă la suite de la thĂ©orie pĂ©riphĂ©rique de James-Lange. Seulement, comme lâont montrĂ© les psychologues tout au long du XXe siĂšcle, lâĂ©motion ne peut pas ĂȘtre rĂ©duite Ă la seule perception des modifications physiologiques. Tout dâabord, en matiĂšre de sensations corporelles, les diverses Ă©motions sont ressenties trĂšs diffĂ©remment Ă travers les nombreuses cultures. En Belgique, la tristesse se caractĂ©rise par un nĆud dans la gorge et des sensations gastro-intestinales RimĂ©, Philippot, & Cisamolo, 1990 tandis quâen Ăquateur, elle se manifeste par un douloureux mal de tĂȘte et des palpitations cardiaques Le Breton, 1998. Les Français, rĂ©alisant quâils ont commis un impair, sentent leur cĆur sâarrĂȘter de battre et le rouge leur monter au front Lelord et AndrĂ©, 2001 tandis que les Chewong Malaisie expriment leur honte par le fait que leur foie est tout rĂ©trĂ©ci. Quant aux Samoans PolynĂ©sie ou aux Ifaluks MicronĂ©sie, ces peuples ne rapportent aucune sensation corporelle lorsquâils dĂ©crivent une Ă©motion donnĂ©e Mesquita et Frijda, 1992. De plus, au-delĂ du fait que des diffĂ©rences interculturelles existent dans la façon de ressentir physiquement les Ă©motions, les recherches psychophysiologiques sur la viscĂ©roception ont montrĂ© que les sensations corporelles ne pouvaient pas ĂȘtre dĂ©terminĂ©es par des changements physiologiques rĂ©els puisquâon nâa jamais pu Ă©tablir de corrĂ©lation significative entre les sensations corporelles et des changements neurovĂ©gĂ©tatifs objectifs par exemple, le rythme cardiaque mesurĂ© par Ă©lectrocardiogramme ; Edelmann & Baker, 2002. En rĂ©alitĂ©, lâĂȘtre humain est incapable de viscĂ©roception ⊠ce qui signifie que, plutĂŽt que de correspondre Ă des modifications physiques sous-jacentes, les sensations corporelles sont en fait la traduction de reprĂ©sentations cognitives culturelles appelĂ©es schĂšmes psychophysiologiques Philippot, 1997 [14]. Ă ceci sâajoutant que les recherches psychophysiologiques aient Ă©tĂ© incapables dâĂ©tablir des configurations physiologiques spĂ©cifiques de chaque Ă©motion et que la thĂ©orie pĂ©riphĂ©rique sâest trouvĂ©e dans lâincapacitĂ© de rendre compte de la dimension intentionnelle des Ă©motions câĂ©tait la principale objection des thĂ©ories cognitives Ă son Ă©gard, lâidĂ©e selon laquelle lâĂ©motion serait la perception de sensations internes a Ă©tĂ© abandonnĂ©e. 25 LâexpĂ©rience subjective constitue lâun des composants majeurs de lâĂ©motion. Cette expĂ©rience consciente de lâĂ©motion reflĂšte les modalitĂ©s Ă©valuation, intĂ©rĂȘts, prĂ©sĂ©ance ⊠non conscientes sous-jacentes, bien quâelle ne le fasse quâen partie et gĂ©nĂ©ralement Ă lâinsu du sujet. En effet, la plupart de ces modalitĂ©s passent inaperçues comme Bargh 1997 entre autres lâa montrĂ© dans ses travaux. Ou encore, le sujet attribue sa rĂ©ponse par exemple une prĂ©fĂ©rence Ă une modalitĂ© qui en rĂ©alitĂ© nâen est pas responsable. Cette attribution erronĂ©e repose sur des prĂ©conceptions cognitives. Ainsi, dans les expĂ©riences de Nisbett & Wilson 1977 la prĂ©fĂ©rence pour lâun des deux stimuli deux linges identiques sur un prĂ©sentoir nâĂ©tait pas attribuĂ©e Ă sa cause rĂ©elle sa localisation sur le cĂŽtĂ© droit de lâĂ©talage, mais Ă©tait attribuĂ©e Ă dâautres raisons. Ces donnĂ©es conduisent certains auteurs Ă considĂ©rer lâexpĂ©rience subjective de lâĂ©motion comme un Ă©piphĂ©nomĂšne superflu, dont le rĂŽle nâest pas essentiel dans le processus Ă©motionnel LeDoux, 1996. Les raisons pour lesquelles cette vue est dĂ©cidĂ©ment incorrecte sont exposĂ©es ci-aprĂšs. â Les niveaux de conscience dans lâexpĂ©rience subjective 26 LâexpĂ©rience consciente a un rĂŽle important dans les Ă©motions. Tout dâabord, sans expĂ©rience consciente il nây a pas dâaction ou mouvement intentionnel spontanĂ© Dehaene & Naccache, 2001 ; Weiskrantz, 1997. Des patients blindsight, câest-Ă -dire dont la cĂ©citĂ© est due Ă des sections de la rĂ©tine, peuvent discriminer correctement des stimuli parvenant Ă ces sections quand on les invite Ă deviner ce qui pourrait sây trouver. Il en est de mĂȘme quand la cĂ©citĂ© est causĂ©e par interfĂ©rence par backward masking. Les patients peuvent Ă©ventuellement rĂ©pondre correctement quand on leur demande de deviner. NĂ©anmoins, ces directives sont essentielles, car si on ne lui demande pas de deviner, le sujet nâest pas spontanĂ©ment curieux vis-Ă -vis de ce quâil ne voit pas. Voir consciemment et ĂȘtre curieux une capacitĂ© de premiĂšre importance, mĂȘme pour une souris ou un merle ! En deuxiĂšme lieu, lâinspection visuelle par le regard prolonge la durĂ©e de rĂ©ception de lâinformation, la quantitĂ© dâinformation reçue, et lâĂ©tendue des rapports verbaux Ă autrui Baars, 1997. De plus, en prĂ©sence de stimuli agrĂ©ables ou intĂ©ressants, des actions pour augmenter leur rĂ©ception sont produites, comme quand on fait couler le vin autour de sa langue ou que lâon regarde encore et encore une personne attrayante. Ces actions ne sont pas vaines. Ce sont des actions appelĂ©es mouvements dâacceptation » Frijda, 1986. Elles forment ou renforcent un lien affectif et une inclination Ă retourner Ă lâinteraction. Ce phĂ©nomĂšne sâobserve aux niveaux les plus bas des fonctions cognitives, comme lâenfant sans cortex cĂ©rĂ©bral qui sourit en tenant un bĂ©bĂ© dans ses bras Merker, 2007. Ces enrichissements dâinformation dans la mĂ©moire ou le souvenir â et les sentiments donc â trouvent probablement leur base dans la rĂ©currence dâactivitĂ©s neurales dans les mĂȘmes rĂ©seaux de neurones Edelman & Tonino, 2000 ; Lamme, 2006. Enfin, un dernier argument est celui de la recherche des plaisirs et le fait de prendre le temps et lâinitiative de les expĂ©rimenter. Il nây aurait aucune raison dâentreprendre des activitĂ©s qui procurent du plaisir assister Ă des spectacles, faire du sport, sâengager dans des interactions amicales si on nâĂ©prouvait aucun sentiment en les pratiquant ⊠La raison de ces plaisirs provient de la satisfaction des intĂ©rĂȘts concernĂ©s, lesquels sont dĂ©finis par les Ă©tats du sujet ou du monde en question. Lâinverse est vrai pour la douleur. Elle signale lâabsence de satisfaction des intĂ©rĂȘts, ou lâentrave Ă leur satisfaction. Aristote, dans son Ăthique Ă Nicomaque, a prĂ©sentĂ© la raison des sentiments. Son explication reste valable. Les sentiments Ă©lĂ©mentaires â plaisir, douleur, dĂ©sir â forment les moniteurs du fonctionnement du systĂšme animal en gĂ©nĂ©ral, et rĂ©sument le bilan du fonctionnement de toutes les fonctions en cours dâopĂ©ration Frijda, 2007. 27 Le recours au terme consciente » nĂ©cessite quelques prĂ©cisions. LâĂ©motion procĂšde de niveaux de conscience diffĂ©rents Tcherkassof & Mondillon, 2013. Ces niveaux de conscience sont dits anoĂ©tique, noĂ©tique, et autonoĂ©tique Philippot, Douilliez, Baeyens, Francart, & Nef, 2003 [15]. Lorsquâelle relĂšve dâun niveau de conscience anoĂ©tique, lâĂ©motion nâaccĂšde pas Ă la conscience elle est non consciente. Elle est suscitĂ©e par un antĂ©cĂ©dent non conscient, câest-Ă -dire que lâĂ©vĂ©nement qui cause lâĂ©motion est inconscient. LâĂ©motion est bien prĂ©sente car on en observe lâinfluence au plan cognitif au niveau du raisonnement, de la catĂ©gorisation, des infĂ©rences, de la prise de dĂ©cision, etc. ; cf. Damasio, 1995, qui a dĂ©montrĂ© le rĂŽle clĂ© des Ă©motions dans les processus de dĂ©cision ; voir aussi Channouf, 2006, pour une revue. De plus, certains de ses composants sont activĂ©s on observe des manifestations physiologiques ou comportementales, par exemple. Cependant, la personne nâest pas capable de verbaliser sa rĂ©action Ă©motionnelle au moment oĂč elle se produit » et ne rapporte aucune expĂ©rience subjective Ă©motionnelle. Ainsi, lâĂ©valuation dâune boisson par des participants qui indiquent ne rien ressentir de particulier mais qui ont Ă©tĂ© soumis Ă une induction Ă©motionnelle sans quâils en soient conscients Ă©tait congruente avec la valence de lâinduction Winkielman & Berridge, 2004. LâĂ©motion peut aussi relever dâun niveau de conscience dit noĂ©tique, sorte de conscience Ă©motionnelle phĂ©nomĂ©nologique immĂ©diate et non rĂ©flexive Block, 2007. Par exemple, en matiĂšre de perception visuelle, le piĂ©ton, marchant dans la rue tout en Ă©tant absorbĂ© dans une discussion et pourtant esquivant les obstacles arbres, bancs publics, bornes Ă incendie, etc., prouve lâexistence dâune conscience des obstacles. Toutefois, le piĂ©ton nâa pas conscience de ces obstacles, il nâen prend pas conscience et ne les Ă©vite pas sciemment et sera par exemple incapable de rappeler par la suite les obstacles rencontrĂ©s. Ce type de conscience a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© empiriquement par Dehaene, Changeux, Naccache, Sackur et Sergent 2006. Des Ă©tudes en neuro-imagerie leur ont permis de cerner un Ă©tat dâactivitĂ© prĂ©conscient transitoire au cours duquel lâinformation est potentiellement accessible, sans que le sujet y accĂšde consciemment cf. aussi Lamme, 2006. En matiĂšre Ă©motionnelle, ce niveau de conscience constitue la forme la plus commune de lâexpĂ©rience Ă©motionnelle et caractĂ©rise lâexpĂ©rience Ă©motionnelle des jeunes enfants notamment. LâexpĂ©rience subjective apparaĂźt diffuse et inarticulĂ©e. Elle nâest pas verbalisable. Elle sâapparente, par exemple, Ă lâexpĂ©rience directe du goĂ»t du vin, câest-Ă -dire quâelle relĂšve de la seule sensation ou qualia. La personne nâidentifie pas lâĂ©motion qui lâaffecte, tout comme le piĂ©ton nâidentifie pas les obstacles. Elle est immergĂ©e dans son rapport Ă lâobjet ici et maintenant Frijda, 2005. Câest une conscience Ă©motionnelle irrĂ©flĂ©chie dans laquelle la personne et lâobjet de lâĂ©motion sont indissolublement unis Sartre, 1939. Un truisme phĂ©nomĂ©nologique caractĂ©rise ce niveau de conscience le monde ne semble pas comme ci ou comme ça ; il est comme ci ou comme ça â vivre dans un enfer oĂč il nây a aucun moyen de sâĂ©chapper. Dans le bonheur, le monde nâapparaĂźt pas comme sâil Ă©tait rempli de gens bons et beaux ; les gens sont bons et beaux. Ce niveau de conscience favorise la mise en Ćuvre de processus dâattributions afin de donner du sens Ă ce qui est ressenti Schachter & Singer, 1962 ; Weiner, 1986 faisant alors passer lâexpĂ©rience subjective au niveau autonoĂ©tique. La conscience dâĂȘtre le sujet dâune Ă©motion clairement identifiĂ©e rĂ©sulte de processus autonoĂ©tiques ; câest lorsque la personne prend conscience quâelle est dans un Ă©tat Ă©motionnel particulier. Dans ce cas, elle peut verbaliser son Ă©tat Ă©motionnel je suis vraiment trĂšs en colĂšre ». Il sâagit dâune conscience rĂ©flexive dans laquelle lâexpĂ©rience Ă©motionnelle est davantage articulĂ©e lâun des ou plusieurs composants de lâĂ©motion devient lâobjet de rĂ©flexion. La personne prĂȘte attention Ă ses propres Ă©tats et les interprĂšte selon la thĂ©orie naĂŻve des Ă©motions Ă laquelle elle souscrit. Cette thĂ©orie naĂŻve comporte les diffĂ©rents scripts en vigueur dans la culture de la personne et toutes les considĂ©rations de sens commun concernant le rĂŽle des pensĂ©es, des sensations corporelles, des inclinations comportementales, etc., au sujet des Ă©motions. Ainsi, Lambie et Marcel 2002 notent que les expĂ©riences subjectives de peur, dâanxiĂ©tĂ© et de tristesse sont davantage dĂ©crites par les Chinois, comparativement aux AmĂ©ricains blancs de classe moyenne, en termes de sensations corporelles et de concomitants interpersonnels et ne le sont jamais en termes de caractĂ©ristiques intrapsychiques comme des pensĂ©es par exemple. En revanche, les descriptions des Ă©motions que font les Samoans ou les Ifalukiens nâincluent aucune rĂ©fĂ©rence Ă des corrĂ©lats physiologiques Mesquita & Frijda, 1992. 3. â Les manifestations de lâĂ©motion 28 La notion de disposition Ă lâaction devient plus explicite lorsquâon examine les actions occasionnĂ©es par des Ă©vĂ©nements Ă©motionnels, et en particulier en examinant les expressions faciales et corporelles. Pour de nombreux auteurs de lâĂ©cole nĂ©o-darwinienne amĂ©ricaine par exemple Ekman, 1982 ; Tomkins, 1984, lâinterprĂ©tation de ces expressions » est souvent celle dâactions de communication servant Ă informer autrui de son Ă©motion. Mais il est plus appropriĂ© de leur donner une tout autre interprĂ©tation. Il faut considĂ©rer ces mouvements comme des actions, ou parties dâactions, qui servent Ă Ă©tablir ou modifier une relation avec un objet ClaparĂšde, 1928 ; Dewey, 1894 ; Frijda, 1986 ; Kafka, 1950 ; McDougall, 1923 ; Ribot, 1907 ; Sartre, 1939 ; Wundt, 1900. â Lâexpression Ă©motionnelle comme attitude relationnelle 29 Les Ă©motions se conçoivent difficilement sans leur dimension expressive. Les actions dĂ©terminĂ©es par les dispositions Ă lâaction montrent que les Ă©motions ne sont pas que des perturbations internes, comme Descartes lâavait bien relevĂ©. Elles reprĂ©sentent des phĂ©nomĂšnes se dĂ©roulant entre un sujet et un objet, quâil soit rĂ©el ou imaginĂ©. Elles relĂšvent dâattitudes envers cet objet, dans la perspective de Bull 1951 et de Deonna et Teroni 2012, ou de positions adoptĂ©es envers lâobjet Frijda, 1953, des attitudes qui peuvent se manifester dans des actions rĂ©elles. Les dispositions ne sont pas des attitudes se dĂ©ployant au sein du sujet. Elles ne se dĂ©ploient pas dans le sujet. Elles se dĂ©ploient entre le sujet et lâobjet. On essuie une remarque offensante et on y rĂ©pond par une action destinĂ©e Ă blesser lâoffenseur et Ă le dĂ©courager de persister dans son action. Les dispositions Ă lâaction instituent un certain type de relation avec lâenvironnement. Câest pourquoi lâĂ©motion est un processus relationnel. Elle se dĂ©roule entre le sujet et lâobjet. Elle est dans cette relation agissante. 30 Le terme expressif » signifie que la comprĂ©hension du comportement implique la comprĂ©hension de la signification du comportement. Lâobservateur ne perçoit pas le comportement expressif comme un mouvement vain ou insignifiant. Comme lâont soulignĂ© les approches gibsonienne, mais aussi gestaltistes et phĂ©nomĂ©nologiques, en matiĂšre de perception, la signification est inhĂ©rente au phĂ©nomĂšne expressif. Elles indiquent par lĂ le caractĂšre sĂ©miotique de la perception, câest-Ă -dire que ce qui est perçu lâest toujours comme expression qui fait sens » Visetti & Rosenthal, 2006. Tout comportement est porteur de sens, il vĂ©hicule des significations, câest pourquoi il est dit expressif ». De quelle façon ? Tout dâabord, la Gestalt psychologie a mis en exergue le fait que lâenchaĂźnement des mouvements est pourvu dâorganisation unitaire Kölher, 1929. La conduite dâune personne est organisĂ©e de maniĂšre Ă concorder avec lâorganisation de son projet motivationnel en cours. Il y a continuitĂ© de ses intentions. Cette organisation est perçue par autrui, câest-Ă -dire que le comportement exprime » cette organisation. Les mouvements apparaissent comme un courant cohĂ©rent de faits visuels. Plus prĂ©cisĂ©ment, le comportement expressif se prĂ©sente sous la forme dâun flux continu et, par consĂ©quent, en tant que flux continu, il parvient Ă lâobservateur comme un tout » Toniolo, 2009. Son caractĂšre cinĂ©tique est fondamental la dynamique motrice du comportement expressif participe de son organisation. Toute rupture de continuitĂ© de ce flux, câest-Ă -dire toute modification du fil » de la conduite, traduit la mise en place dâune nouvelle organisation motivationnelle, dâun nouvel Ă©tat intentionnel. Cette discontinuitĂ© est comprise comme telle par lâobservateur. Notons que la discontinuitĂ© ne doit pas seulement ĂȘtre conçue comme un changement brutal ou radical du flux comportemental. La rupture de continuitĂ© se traduit aussi par le changement de rythme et/ou dâintensitĂ©. Lambie et Marcel 2002 Ă©voquent Ă cet Ă©gard les qualitĂ©s prosodiques » des comportements Ă©motionnels. Comme le souligne Kölher 1929, lâexpression Ă©motionnelle partage les caractĂ©ristiques de lâexpression musicale. De la mĂȘme façon que les indications de mouvement, de phrasĂ© et de nuance figurant sur la partition permettent Ă lâinterprĂšte de confĂ©rer toute son expression Ă la musique, mouvement, phrasĂ© et nuance confĂšrent toute son expressivitĂ© au comportement. En musique, le mouvement ou tempo dĂ©signe lâallure Ă laquelle une mĂ©lodie doit ĂȘtre interprĂ©tĂ©e. Il correspond au rythme de battement de mĂ©tronome allegro animĂ© par exemple. Le phrasĂ©, lui, se rapporte aux fluctuations dynamiques les changements de tempo accelerando par exemple. De mĂȘme, dans le domaine comportemental, le mouvement expressif peut durer ou non, peut apparaĂźtre brusquement ou plus graduellement. Au fur et Ă mesure que sâinstalle le souvenir de lâinjustice dont elle a Ă©tĂ© victime, la personne marchera avec une vitesse croissante, au rythme de son indignation grandissante. Dans la dynamique musicale, les nuances dĂ©signent la variation dâintensitĂ© dâune note ou dâun accord, dâune phrase, etc. sforzando câest-Ă -dire accentuation soudaine dâintensitĂ© par exemple. Les termes crescendo et diminuendo correspondent aux changements progressifs dâintensitĂ©. La personne exaspĂ©rĂ©e de devoir rĂ©pĂ©ter sa rĂ©ponse Ă son auditeur inattentif la criera violemment en derniĂšre instance. Ainsi, les propriĂ©tĂ©s temporelles du mouvement de mĂȘme que celles relatives Ă ses nuances renvoient au mode intentionnel du comportement expressif. 31 Le caractĂšre intentionnel du comportement expressif renvoie au fait que le comportement est saisi comme interactif. La perception du mouvement est la perception dâune relation [16]. En situation rĂ©elle, lâobservateur perçoit le sujet comme se comportant dans un contexte donnĂ© et comme rĂ©agissant Ă ce contexte câest-Ă -dire le systĂšme sujetâobjet. Aussi le sujet est-il perçu comme interagissant avec son environnement, comme rĂ©pondant activement Ă quelque Ă©vĂ©nement de son environnement comme prĂȘtant attention Ă quelque chose, comme ayant un mouvement de recul face Ă quelque chose âŠ. Lorsquâon voit que les yeux dâune personne sâorientent dans une direction particuliĂšre, ce qui se trouve dans cette direction est aussitĂŽt mis en rapport avec ses yeux, son visage et lâensemble de sa personne. Autrement dit, les traits du visage du sujet et/ou la position des membres de son corps sont pourvus dâun contenu intentionnel. Par exemple, des yeux grands ouverts et des sourcils levĂ©s ne sont pas de simples globes luisants surmontĂ©s dâune touffe de poils. Ils sont pourvus de rĂ©fĂ©rence intentionnelle ces yeux regardent quelque chose ou quelquâun. Par consĂ©quent, la signification dâun comportement expressif expression faciale ou posturale correspond Ă son caractĂšre intentionnel », câest-Ă -dire impliquant une relation entre un sujet et un objet vers lequel le sujet sâoriente. Kölher 1929 souligne que cette mise en relation sujetâobjet est lâun des principes perceptifs mis en avant par la Gestalt psychologie le groupement perceptif. Cela est Ă©galement vrai lorsque, par exemple, la personne sâĂ©carte. Ici encore, la rĂ©fĂ©rence Ă un objet apparaĂźt clairement Ă lâobservateur. Si la personne sâĂ©carte, câest quâelle Ă©vite quelque chose. Le sujet est perçu comme rĂ©pondant activement Ă quelque Ă©vĂ©nement de son environnement et non comme un-individu-exprimant-une-Ă©motion » câest-Ă -dire comme signalant quelquâĂ©tat Ă©motionnel interne. Du reste, la perception de la signification Ă©motionnelle nâest pas dâordre sĂ©mantique, elle nâimplique pas nĂ©cessairement lâattribution dâun Ă©tat interne. Les enfants de quatorze mois donc non verbalisĂ©s de lâĂ©tude de Gergely, Bekkering et KirĂĄly 2002 dĂ©gageaient lâintention des actions quâils observaient chez des adultes pour Ă©laborer leurs propres actions cf. aussi Rossano, 2012. Lâexpression perçue ne va donc pas au-delĂ du fait perceptuel. Comme lâaffirme Toniolo 2009, le comportement expressif donne lieu Ă une connaissance subjective au sens phĂ©nomĂ©nologique du terme. Il parvient Ă la conscience de celui qui le perçoit comme un donnĂ© immĂ©diat exempt de mĂ©diation conceptuelle ». Ainsi, le visage ou les gestes dâautrui ne sont pas vus comme isolĂ©s mais comme une Gestalt, câest-Ă -dire une-personne-en-mouvement-dans-une-certaine-situation » et interprĂ©tĂ©e comme telle. LâintentionnalitĂ© qui est, comme on lâa vu plus haut, au cĆur de lâĂ©motion est Ă©galement au cĆur de lâinterprĂ©tation de son expression. Câest pourquoi lâon peut avancer que la signification reconnue dans un comportement expressif est la prĂ©paration Ă lâaction du sujet, câest-Ă -dire la façon dont il se relie ou ne se relie pas Ă son environnement Ă un moment donnĂ©. En effet, le comportement expressif est perçu immĂ©diatement dans sa dimension intentionnelle. De fait, lorsquâon compare le taux reconnaissance dâexpressions faciales dâĂ©motions mesurĂ©e soit par lâassignation de modes de dispositions Ă lâaction soit par celle de noms dâĂ©motions, les rĂ©sultats montrent que les taux de reconnaissance sont Ă©quivalents Tcherkassof, 1999 ; Tcherkassof & de Suremain, 2005. La reconnaissance de la signification dâun comportement expressif correspond donc Ă la reconnaissance de la prĂ©paration du sujet Ă Ă©tablir une relation avec lâenvironnement, et surtout Ă la reconnaissance de la forme de la relation approcher, rejeter, se cacher, se soumettre. De la sorte, Ă©motion et comportement expressif sont Ă©troitement liĂ©s car les Ă©motions, prĂ©cisĂ©ment, sont des dispositions Ă lâaction. 32 Les phĂ©nomĂšnes expressifs les gestes, la dĂ©marche, les jeux de physionomie, le ton de la voix, la prosodie reflĂštent toute la complexitĂ© des dispositions Ă©motionnelles le mĂ©lange dâattrait et de rĂ©pulsion, de curiositĂ© et de mĂ©fiance, une bienveillance mĂȘlĂ©e de froideur, une cordialitĂ© un peu dĂ©daigneuse, etc. On peut rire dâun trait dâhumour sans se dĂ©partir tout Ă fait de son angoisse dâun bilan de santĂ© ; on peut sâattrister du malheur dâautrui sans se dĂ©partir tout Ă fait de son bonheur dâĂȘtre enceinte. Lâexpression Ă©motionnelle peut se comparer Ă un langage dont les rĂ©flexes, tombĂ©s pour la plupart sous la dĂ©pendance de la volontĂ©, en composeraient le vocabulaire et dont la syntaxe, naturelle chez lâanimal, serait chez lâĂȘtre humain, en grande partie socialisĂ©e. Par exemple, lorsquâune personne peu ou pas familiĂšre sâapproche de lui, lâenfant soit dĂ©tourne son regard, soit sâĂ©loigne, soit se dissimule derriĂšre les jupes de sa mĂšre. DĂšs que lâon cesse de sâoccuper de lui, il jette de temps Ă autre un regard furtif du cĂŽtĂ© de lâintrus. Le sens apparent de cette conduite est trĂšs clair et se perçoit directement ce nâest pas tant une rĂ©action de timiditĂ© ou de peur quâune rĂ©action de dissimulation. Pour Burloud 1938, il sâagit trĂšs probablement lĂ dâune rĂ©action instinctive accordĂ©e, dans le passĂ© ancestral, Ă lâexpĂ©rience de longues gĂ©nĂ©rations dâindividus qui ont appris Ă leurs dĂ©pens le danger de se livrer naĂŻvement Ă autrui, prĂ©dateur en puissance. Ainsi, des correspondances fonctionnelles Ă©tablies par la mĂ©moire, par les habitus et par lâhĂ©rĂ©ditĂ© relient un comportement expressif aux dispositions Ă©motionnelles quâil manifeste extĂ©rieurement voir aussi Oatley et Jonhson-Laird, 1987. Bien que lâexpression Ă©motionnelle puisse se comparer Ă un langage, les signes qui composent ce langage nâappellent pas une lecture analytique. Les comportements expressifs ne sont pas tout dâabord saisis dans leur morphologie, morphologie qui serait ensuite interprĂ©tĂ©e. Les expressions faciales, par exemple, ne sont pas de simples suites dâunitĂ©s dâactions cf. les Actions Units du FACS dâEkman et Friesen, 1978 dont la configuration morphologique Ă un instant t serait le prototype dâune Ă©motion donnĂ©e et par consĂ©quent identifiĂ©e comme telle. Les conduites expressives, expressions faciales comprises, rĂ©organisent le champ de lâobservateur et Ă©tablissent une Gestalt, comme la succession de notes de musiques Ă©tablit une mĂ©lodie. Câest pourquoi mĂȘme lâĂ©motion dâexpressions inauthentiques » peut malgrĂ© tout ĂȘtre reconnue. Ainsi, Guillaume Duchenne de Boulogne, neurologue du XIXe siĂšcle, explique dans son ouvrage sur lâexpression des passions que lâartiste ayant façonnĂ© la fameuse sculpture antique du Laocoon, exposĂ©e au musĂ©e du Vatican, a commis une erreur de modelage puisquâaucun visage ne saurait exprimer lâexpression Ă©motionnelle arborĂ©e. En effet, aucune contraction musculaire ne saurait la produire. Il rectifie la faute » en prĂ©sentant une statue ayant une tĂȘte identique mais dont le visage est modelĂ© en respectant la physiologie des mouvements expressifs de la face. Sa dĂ©monstration prĂȘte Ă rĂ©flexion bien quâaucun systĂšme dâanalyse objectif ne puisse coder les Ă©lĂ©ments faciaux discordants dâun visage tel que celui du Laocoon, nâimporte qui est pourtant en mesure de reconnaĂźtre la douleur morale et le dĂ©sespoir quâil exprime admirablement ⊠â LâĂ©motion un patron de rĂ©ponses multi-componentielles 33 Concevoir lâĂ©motion comme patron de rĂ©ponses multi-componentielles permet de rendre compte de la grande variĂ©tĂ© des manifestations Ă©motionnelles. Dans le langage courant, le mot Ă©motion » est utilisĂ© pour dĂ©signer des rĂ©ponses manifestant lâexcitation vigoureuse du systĂšme nerveux autonome et autres mouvements vĂ©hĂ©ments comme des grimaces faciales, gestes prononcĂ©s des mains, gesticulations des bras, courir Ă toute vitesse, donner des coups de poing, fracasser des plats, crier Ă voix haute ⊠Mais les cinq modalitĂ©s de base peuvent se manifester de façons bien diffĂ©rentes. Il y a autant de manifestations simples et subtiles quâil y en a de grossiĂšres, amples ou violentes. Certaines peuvent ĂȘtre Ă©laborĂ©es, dâautres fragmentaires un battement de paupiĂšres en rĂ©ponse Ă une remarque dĂ©nigrante, un froncement des sourcils Ă peine perceptible lors dâun souvenir douloureux, lâinterruption de ses pensĂ©es pour regarder briĂšvement dans le vide, ou un simple regard foudroyant adressĂ© Ă son contradicteur lors dâune controverse. Le plus dissimulĂ© des composants est celui des rĂ©actions limitĂ©es aux actions neuronales, comme celles observĂ©es et enregistrĂ©es lors des expĂ©riences de Jeannerod 2006, et qui ne se manifestent peut-ĂȘtre que seulement au sujet Ă travers ses sentiments conscients. Lâoccurrence dâune Ă©motion peut ne consister quâen une seule action impulsive, ou en une suite dâactions qui partagent la mĂȘme modification de relation, comme dans une querelle oĂč insultes, reproches, coups et menaces sâenchaĂźnent. Les suites dâactions peuvent manifester une prĂ©sĂ©ance radicale, ou montrer une certaine retenue ou contrĂŽle, celle qui adoucit les reproches et modĂšre la violence ou transforme la brutalitĂ© de lâapproche Ă©rotique en la rendant douce et gentille. Les actions peuvent Ă©galement ne consister quâen une seule fraction dâaction, comme les yeux devenant juste humides ou lâattitude du corps seulement un peu tendue. Une expĂ©rience dâĂ©motion peut encore ĂȘtre limitĂ©e Ă des expĂ©riences conscientes de lâĂ©valuation dâun Ă©vĂ©nement ou dâune disposition Ă lâaction, sans quâil nây ait aucune activitĂ© motrice. Câest le cas lors de lâobservation attentive des mouvements dâautrui, qui donne lieu aux activitĂ©s de neurones de miroir » Rizzolatti et al., 1999, et lors des Ă©motions raffinĂ©es » Frijda & Sundararajan, 2007, câest-Ă -dire des Ă©motions entiĂšrement virtuelles, suscitĂ©es lors de lâimagination dâune action ou Ă©voquĂ©es par lâempathie avec une personne perçue ou par une description verbale Frijda, 2013. 34 Lâ Ă©motion » peut dĂšs lors ĂȘtre dĂ©finie par des manifestations prononcĂ©es, comme les grandes agitations, autant que par des manifestations bien moins saisissantes voire modestes, mais traduisant toujours lâune des modalitĂ©s de base. Ainsi, certains Ă©pisodes de chagrin sont trop grands pour les larmes ; certaines marques dâamour ne se manifestent que par une caresse fugace ou par une attention et une rĂȘverie que la passion seule peut donner » Madame de La Fayette, La princesse de ClĂšves. Quoi quâil en soit, le mot Ă©motion » est gĂ©nĂ©ralement rĂ©servĂ© pour les rĂ©ponses multi-componentielles dâune durĂ©e plus ou moins brĂšve â entre quelques secondes et plusieurs jours. Câest la durĂ©e des rĂ©ponses aiguĂ«s telles que les excitations du systĂšme nerveux autonome, les dispositions Ă lâaction et autres engagements interactifs avec un antĂ©cĂ©dent Ă©motionnel. 35 Mais les effets de telles rĂ©ponses ne se limitent pas Ă leur phase aiguĂ«. Elles laissent des traces cognitives et sociales durables. De fait, un prolongement caractĂ©ristique de tout Ă©pisode Ă©motionnel est le partage social des Ă©motions qui sâen ensuit quasi inĂ©vitablement RimĂ©, 2009. Elles entraĂźnent aussi des changements dans la relation Ă lâobjet. La rencontre avec lâami avec qui lâon vient de se quereller est dorĂ©navant plus rĂ©servĂ©e. On pourrait appeler ces traces des attitudes affectives latentes ». Le patron dâĂ©valuation prĂ©alable Ă lâĂ©pisode Ă©motionnel est dorĂ©navant modifiĂ©. Ce nouveau patron suscite dĂ©sormais une nouvelle disposition Ă Ă©prouver certaines Ă©motions â ou attitudes corporelles â envers lâobjet. La seule mention du nom de lâami provoque maintenant une froideur qui nâexistait pas avant. 4. â Conclusion 36 La psychologie oscille depuis toujours entre une approche physiologique de lâĂ©motion et une approche intellectualiste, nĂ©gligeant ainsi, dans la vie affective, ce qui est authentiquement affectif. Dans la vie courante, le terme Ă©motion dĂ©signe en premier lieu des phĂ©nomĂšnes expĂ©rientiels extra » ordinaires. Comme lâont soulignĂ© Aristote ou Descartes, ces phĂ©nomĂšnes sont marquĂ©s par une dimension cinesthĂ©sique qui leur est caractĂ©ristique. En effet, les ressentis Ă©motionnels sont des perceptions de lâengagement dynamique du corps dans lâinteraction. Pourtant, la qualitĂ© cinesthĂ©sique des Ă©motions a toujours Ă©tĂ© dĂ©laissĂ©e par la plupart des thĂ©ories psychologiques. Cet article prĂ©sente les arguments plaidant en faveur dâun modĂšle perceptif de lâĂ©motion qui trouve sa place entre une vision naturaliste et une vision intellectualiste. Ce modĂšle perceptif, qui sâinscrit dans une conception relationnelle du concept dâĂ©motion, explicite le lien entre intentionnalitĂ© et phĂ©nomĂ©nologie, deux dimensions des Ă©motions que les thĂ©ories psychologiques ont jusquâĂ prĂ©sent peinĂ© Ă concilier. Il accorde un rĂŽle central Ă la cinesthĂ©sie, faisant de lâĂ©motion une relation sujetâobjet transitoire conçue dans un systĂšme perceptionâaction Warren, 2006. 37 Cette contribution propose ainsi des arguments en faveur de lâidĂ©e que les Ă©motions sont des attitudes corporelles exprimant la relation du sujet Ă lâobjet Ă©motionnel. Ces arguments sont basĂ©s sur les rĂ©centes avancĂ©es des sciences cognitives notamment en matiĂšre de cognition incarnĂ©e. Ces avancĂ©es dictent lâabandon dâune description catĂ©gorielle en faveur dâune description fonctionnelle des Ă©motions. En effet, le recours au concept de fonction » permet de dĂ©laisser celui de substance » auquel Ernst Cassirer 1908 avait recours et Ă sa suite de nombreux psychologues. La psychologie dâinspiration naturaliste a fait de lâĂ©motion une substance, substance qui saisit » la personne. LâĂ©motion ne saisit pas. Elle nâenvahit pas. Elle ne sâinstalle pas en transit ». LâĂ©motion sâincarne. Elle se matĂ©rialise sous la forme dâune relation Ă lâobjet. LâĂ©motion est lâattitude prise vis-Ă -vis de lâobjet qui requiert cette rĂ©ponse, elle est la disposition Ă lâaction requise par lâobjet. Les Ă©motions sont ainsi des relations transitoires, ce sont des rapports Ă lâobjet Ă un moment donnĂ©. Lâattitude adoptĂ©e constitue le rapport Ă lâobjet instaurĂ© par la personne. Lâattitude est une mise en relation ; et la perception de lâattitude est la perception de cette relation. Câest pourquoi tout comportement a un sens, sens qui est saisi par lâobservateur. Le sens nâest pas surajoutĂ© lâenfant qui pleure son doudou perdu nâest pas un enfant qui exprime » sa tristesse », câest un enfant dĂ©sespĂ©rĂ© par cette perte. La tristesse nâest pas une substance qui viendrait saisir lâenfant et sâexprimer Ă ses dĂ©pens ». Les pleurs de lâenfant relĂšvent dâune sĂ©miose, câest-Ă -dire un ensemble signeâcontexteâsignification » Rosenthal & Visetti, 2010. Le comportement expressif de lâenfant traduit son attitude, sa relation Ă lâobjet, qui est ici une relation de perte. 38 Les avancĂ©es actuelles des sciences cognitives soulignent le soubassement moteur des Ă©motions et Ă©tayent la conception relationnelle prĂ©sentĂ©e ici. Lâapproche neuro-phĂ©nomĂ©nale soutenue par Northoff 2012, en particulier, Ă©largit le concept de cognition incarnĂ©e en dĂ©fendant lâidĂ©e que les Ă©motions sont constituĂ©es de la relation triadique environnementâcorpsâcerveau. Les donnĂ©es issues des recherches en neuro-imagerie sur les mĂ©canismes neuronaux sous-tendant les Ă©motions montrent ainsi que la relation entre lâenvironnement, le corps et le cerveau est constitutive de lâexpĂ©rience subjective Ă©motionnelle. De sorte que les diffĂ©rentes Ă©motions ou expĂ©riences subjectives Ă©motionnelles reflĂštent les diffĂ©rentes relations sujetâobjet, câest-Ă -dire les diffĂ©rentes relations au monde du sujet, dont les termes pour les dĂ©signer varient selon les cultures humaines. 39 Ce que le langage courant dĂ©signe par Ă©motion » sont des ensembles de phĂ©nomĂšnes comportementaux et expĂ©rientiels. Dans cet article, les noms dâĂ©motions â joie, tristesse, peur, etc. â pourraient disparaĂźtre. Ce que ces noms du langage courant visent Ă indiquer est ici remplacĂ© par les modalitĂ©s et fonctions sous-jacentes. Cette approche permet de dĂ©passer la controverse de la dĂ©finition de lâĂ©motion dans laquelle la psychologie sâest longtemps enlisĂ©e. Aucune dĂ©finition ne pourra jamais inclure tous les exemplaires Ă©motionnels, car il est impossible de fournir des descriptions uniformes complĂštes des exemplaires de tristesse », colĂšre », peur », honte », et de leurs Ă©quivalents dans dâautres langages. Il nâest pas possible non plus de fournir des taxonomies exhaustives dâexemplaires discrets. Câest ce quâont notamment soulignĂ© Barrett 2006, Russell 2003 et Scherer 2005. Dans la prĂ©sente approche du processus Ă©motionnel, les notions de modalitĂ©s ou de fonctions peuvent ĂȘtre appliquĂ©es Ă diffĂ©rents niveaux dâanalyse, du social au neuronal en passant par le niveau interactionnel. 40 Reçu le 29 mai 2013. 41 RĂ©vision acceptĂ©e le 25 novembre 2013. Notes [1] Remerciements. Les auteurs tiennent Ă remercier les experts anonymes pour leurs prĂ©cieux commentaires qui leur ont permis dâamender le texte original.
La rĂ©incarnation est une solution de facilitĂ© qui mĂ©connaĂźt Ă la fois la grandeur de lâĂȘtre humain qui est dĂ©finitivement corps et Ăąme, et capable de sâengager pour lâĂ©ternitĂ©. Câest la beautĂ© du plan de Dieu tel que la Bible le croyance en la rĂ©incarnation est une idĂ©e trĂšs ancienne. Des Ă©tudes ont montrĂ© que lâidĂ©e de rĂ©incarnation est arrivĂ©e en force Ă une Ă©poque trĂšs prĂ©cise, au Ve siĂšcle avant notre Ăšre. Elle sâest rĂ©pandue rapidement et a touchĂ© plusieurs Ăšres culturelles câest Ă partir de ce moment-lĂ quâon en parle dans la GrĂšce antique Platon qui la retient favorablement la rattache Ă un mythe dâorigine armĂ©nienne mais aussi dans lâhindouisme et le bouddhisme, dans lâĂgypte ancienne Ă©galement qui alors nâĂ©tait pas trĂšs tournĂ©e de ce cĂŽtĂ©-lĂ ; lâidĂ©e ne sâest pas rĂ©pandue dans le monde chinois, ni dans le taoĂŻsme et le confucianisme mais elle a touchĂ© aussi le judaĂŻsme ancien les essĂ©niens et certains juifs y croient encore de nos jours⊠LâAncien Testament nâest pas trĂšs explicite sur la vie aprĂšs la mort, surtout si on ne prend pas en compte les livres que lâorthodoxie juive a Ă©cartĂ© comme par exemple, le deuxiĂšme livre des MacchabĂ©es, qui met en valeur la rĂ©surrection de la le premier a parlĂ© de mĂ©tempsychose », en grec migration des Ăąmes ». Platon ensuite a dĂ©veloppĂ© une vision dualiste de lâhomme le corps est une piĂšce rapportĂ©e, il alourdit lâĂąme. Il parle de lâĂąme dans le corps comme du conducteur dâun char le conducteur mĂšne le char oĂč il veut, mais ne doit pas ĂȘtre menĂ© par lui, le char lui reste extĂ©rieur et il peut mĂȘme sâen passer. Cette rĂ©flexion conduit Ă imaginer la disparition du corps comme la libĂ©ration dâune prison. Aristote, dans LâĂ©thique Ă Nicomaque, a ensuite rééquilibrĂ© les choses, mais il lâa fait Ă partir dâune autre abstraction, qui est la distinction de la forme et de la matiĂšre. Cela convient bien pour dire lâunitĂ© de lâĂąme et du corps, mais moins pour parler de lâĂ©tat de lâĂąme sĂ©parĂ©e aprĂšs la principe dâanimation du corpsAristote a dĂ©fini lâĂąme comme le principe dâanimation du corps, et chaque Ăąme est par consĂ©quent liĂ©e Ă un corps particulier. En ce sens, la science moderne a permis dâillustrer cette vision de lâĂąme, comme principe dâanimation qui demeure au-delĂ de la matiĂšre, car on sait maintenant quâil ne reste dans un corps dâadolescent aucun atome du corps du bĂ©bĂ© qui lâa prĂ©cĂ©dĂ©. En dix ans environ, chaque partie et chaque cellule du corps est renouvelĂ©e, mĂȘme les os ! La matiĂšre passe, mais il y a quelque chose de nous qui demeure de maniĂšre continue, et cette chose qui se maintient, câest nous, personnellement, une personne particuliĂšre, de maniĂšre continue. Ce principe dâorganisation du corps et dâanimation de notre ĂȘtre, comporte aussi une dimension spirituelle, car nous avons bien conscience dâĂȘtre la mĂȘme personne, avec la mĂȘme pensĂ©e, le mĂȘme esprit, qui nâest donc pas liĂ© Ă la matiĂšre, et qui demeure tout au long de notre vie, liĂ© Ă ce corps et uniquement Ă ce corps. En ce sens philosophique et scientifique dĂ©jĂ , la rĂ©incarnation nâest pas possible, car lâĂąme est fondamentalement liĂ©e au aussi Paradis, enfer⊠Comment se reprĂ©senter la vie dâaprĂšs » ?Aristote distinguait la substance par exemple lâĂąme humaine et lâaccident la matiĂšre corporelle. Dans cette vision inspirĂ©e, on peut dire quâon peut changer toutes les piĂšces dâun objet complexe un couteau, ou un ordinateur par exemple, mais câest toujours le mĂȘme objet câest la mĂȘme substance » et seuls les accidents ont changĂ©. On peut dire cela pour le corps ce qui compte, ce nâest pas la matĂ©rialitĂ© des cellules, car le corps est un flux de cellules et de particules. Ă la rĂ©surrection, on ne conservera pas forcĂ©ment les molĂ©cules de chair quâon avait le jour oĂč on est mort. Ces molĂ©cules auront pour la plupart disparu, mais le corps glorieux aura un rapport avec notre corps, en ce sens que ce sera Ă partir de la mĂȘme structure, de la mĂȘme organisation Ce qui est semĂ© pĂ©rissable ressuscite impĂ©rissable ; ce qui est semĂ© sans honneur ressuscite dans la gloire ; ce qui est semĂ© faible ressuscite dans la puissance ; ce qui est semĂ© corps physique ressuscite corps spirituel ; car sâil existe un corps physique, il existe aussi un corps spirituel. » 1 Co 15,42-44.Dans lâanthropologie juiveLâanthropologie juive de son cĂŽtĂ© distingue habituellement trois niveaux dans lâĂąme Nefesh, la partie basse et corporelle de lâĂąme, Ruah, lâesprit et Neshama la partie spirituelle. Ces trois parties sont de plus en plus proches de Dieu. Câest lâidĂ©e quâil y a plusieurs Ă©corces, en quelque sorte, comme dans un artichaut avec un cĆur derriĂšre les feuilles. Il est en effet aussi souvent question dans la Bible, du cĆur, qui dĂ©signe la partie la plus intime de lâhomme. Plusieurs passages peuvent ĂȘtre citĂ©s Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cĆur, de toute ton Ăąme et de toute ta force. » Dt 6,5 repris par JĂ©sus en Lc 10,26. Ou saint Paul Que le Dieu de la paix lui-mĂȘme vous sanctifie tout entiers ; que votre esprit, votre Ăąme et votre corps, soient tout entiers gardĂ©s sans reproche pour la venue de notre Seigneur JĂ©sus Christ » 1 Th 5,23. Ou lâĂ©pĂźtre aux HĂ©breux Elle est vivante, la parole de Dieu, Ă©nergique et plus coupante quâune Ă©pĂ©e Ă deux tranchants ; elle va jusquâau point de partage de lâĂąme et de lâesprit, des jointures et des moelles ; elle juge des intentions et des pensĂ©es du cĆur » He 4,12.Deux pĂŽlesSur le fond, tous conviennent quâil y a deux pĂŽles le corps matĂ©riel et une Ăąme qui lâanime, qui est de nature spirituelle et qui constitue lâidentitĂ© ultime de lâhomme. Ce que saint Paul appelle esprit », ce nâest pas lâesprit au sens de la gnose, câest la personne spirituelle, câest tout le sujet de notre aventure, tandis que lâĂąme » doit ĂȘtre prise au sens de ce que nous appellerions plutĂŽt le psychisme, câest-Ă -dire toute cette rĂ©alitĂ© intermĂ©diaire, si lâon veut, dans laquelle on voit toutes sortes de fonctionnement qui peuvent mĂȘme ĂȘtre Ă©tudiĂ©s par la psychologie, par les sciences mais qui, en mĂȘme temps, sont trĂšs liĂ©es Ă notre ĂȘtre le plus profond, donc qui traduisent cela en postures, Ă©vĂ©nements⊠Tout dĂ©pend de la maniĂšre dont on nomme les choses. Si lâon veut que ce soit sur ce quâon appelle esprit » que rĂ©side lâultime personnalitĂ© de lâhomme qui va traverser les phases successives â pourquoi pas ? âon sera obligĂ© de dire que lâĂąme Ă©tait plus ou moins liĂ©e au corps et quâelle attendra elle aussi la rĂ©surrection pour réémerger. Le tout est de sâentendre sur le sens que lâon donne aux mots. Mais de toute façon, il faut maintenir quâil y a deux pĂŽles. Il y a lâidentitĂ© ultime de lâhomme qui ne disparaĂźt pas depuis que nous avons Ă©tĂ© créés. Jamais Dieu ne reviendra sur ce quâil a fait, mĂȘme pour les damnĂ©s. Il y a par ailleurs ce corps qui a Ă©tĂ© créé en mĂȘme temps quâelle et qui est le moyen de son insertion dans le monde, et de son contact avec les de confusionDe nos jours, beaucoup ne voient pas trĂšs bien la diffĂ©rence entre rĂ©surrection, rĂ©incarnation, survie de lâĂąme, et toutes les questions liĂ©es. Tout cela est un peu pareil pour ceux qui ne veulent pas chercher plus loin. Certains se disent encore que câest dĂ©jĂ beau de croire Ă une vie aprĂšs la mort, alors que tout le monde nây croit pas Câest dĂ©jĂ pas mal. Ne soyons pas trop exigeant et dâailleurs, tout le reste, on ne sait pas trop. Donc que ce soit rĂ©incarnation ou autre chose, du moment quâon affirme une vie aprĂšs la mort, est-ce que cela ne suffit pas ? Est-ce quâil faut rentrer dans les dĂ©tails ? Est-ce que la rĂ©incarnation ne serait pas aussi une hypothĂšse aussi crĂ©dible que la rĂ©surrection, par exemple ? Ă partir du fait que la premiĂšre chose Ă affirmer, câest la vie aprĂšs la mort ? » Faut-il se battre sur des nuances ? Mais ce ne sont pas des nuances ! Ă©videmment, puisquâil sâagit de tout ce qui se rapporte Ă notre Ă©ternitĂ© et Ă la maniĂšre de sây prĂ©parer. Mais le New Age et les diffĂ©rentes modes orientales ont remis le sujet au goĂ»t du jour. Alors parlons-en !Lire aussi La touchante anecdote qui nous encourage Ă croire Ă une vie aprĂšs la mortLes gens qui parlent de la rĂ©incarnation essaient parfois de se fonder sur certains textes bibliques. Mais cette croyance est en contradiction claire avec lâĂcriture et Tradition de lâĂglise. Par exemple, Ălie qui a Ă©tĂ© enlevĂ© 2 R 2,1-12 et qui doit revenir selon Mal 3,23 repris par Mt 11,14 et 17,11, ou lâesprit dâĂlie envoyĂ© sur ĂlisĂ©e 2 R 1,15 ou HĂ©nok lui aussi enlevĂ© par Dieu Gn 5,24 ; He 11,5 et qui reviendra sans doute. Ou encore dans lâĂvangile la maniĂšre quâont certains de comprendre le questionnement autour de JĂ©sus Câest un prophĂšte de jadis qui serait revenu, etc. » Mc 6,14-16. Ou encore lâĂ©pisode des morts qui rĂ©apparaissent dans lâĂvangile aprĂšs la Passion dans saint Matthieu⊠Dans ce dernier cas, câest en fait un signe eschatologique, câest-Ă -dire que dĂ©jĂ , le jugement est en train de se produire car quand JĂ©sus meurt, on touche les derniers temps et on est dĂ©jĂ tout prĂšs de lâĂ©vĂ©nement ultime, que lâon commence Ă voir dĂ©jĂ se rĂ©aliser. Câest une sorte dâanticipation de ce que sera la rĂ©surrection gĂ©nĂ©rale, rien Ă voir avec la rĂ©incarnation. Ă partir de tout cela, certains en arrivent Ă penser quâil y avait une croyance trĂšs gĂ©nĂ©rale dans la rĂ©incarnation et que câest seulement la dogmatique chrĂ©tienne qui, ensuite, sây serait opposĂ©e. Ă cela, je crois quâil faut rĂ©pondre le plus clairement possible que ce nâest pas absolument pas le cas, pour bien des raisons, que nous allons rĂ©incarnation nâest pas la rĂ©surrectionLes anciens HĂ©breux avaient en rĂ©alitĂ© une vision toute contraire la vie terrestre, sur Terre, avec un corps et une Ăąme, Ă©tait dâabord la seule chose que lâon pouvait vĂ©ritablement affirmer. Dans lâAncien Testament, la vie terrestre a du poids et tout le reste est moins considĂ©ré⊠Comme dit le Psaume Les morts ne louent pas le Seigneur » Ps 113,17, câest-Ă -dire que la vie aprĂšs la mort est vue dans un premier temps comme une pĂąle survie sans grand intĂ©rĂȘt. LâidĂ©e essentielle est de rĂ©ussir sa vie ici-bas. Les Juifs avaient probablement cette vision des choses car ils Ă©taient trĂšs opposĂ©s Ă la vision que les Ăgyptiens et dâautres peuples avaient de lâau-delĂ une transposition idĂ©alisĂ©e du monde ici-bas. Cela paraissait aux Juifs une rĂ©duction du pouvoir de Dieu, comme sâil se contentait de cautionner ce rĂȘve des hommes qui veulent se prolonger au-delĂ de la mort. LâidĂ©e biblique est que nous ne savons rien de trĂšs clair au-delĂ de la mort et nous devons nous en remettre complĂštement Ă Dieu. Telle est la premiĂšre vision que lâon trouve dans les textes les plus anciens, notamment dans certains Psaumes. Cependant Ă partir dâun certain moment, il semble que le voile commence Ă se lever. On parle de rĂ©surrection ». Tes morts revivront, tes cadavres ressusciteront » Is 26,19. Câest aussi dans Daniel. Il y a Ă©galement la vision des ossements dessĂ©chĂ©s dâĂzĂ©chiel Ez 37,9 puis aprĂšs, les textes du deuxiĂšme livre des MacchabĂ©es, oĂč lâon affirme trĂšs clairement la rĂ©surrection de la Testament conclut donc sur lâidĂ©e quâun jour, Dieu remettra dâaplomb lâĂȘtre humain, avec son corps et son Ăąme, en lui destinant une Ă©ternitĂ© de bonheur. JĂ©sus sâinscrit bien sĂ»r complĂštement dans cette vision des choses quand il parle de la rĂ©surrection, qui nâest pas une idĂ©e, mais vraiment une rĂ©alitĂ© pour lui cf. Lc 20,38. Il fonde cette affirmation sur le passage de lâExode oĂč Dieu se prĂ©sente comme le Dieu dâAbraham, dâIsaac et de Jacob, câest-Ă -dire que pour Dieu il existe toujours. Il dit Ă©galement par exemple quâaprĂšs la rĂ©surrection, il nây aura plus de mariage humain, au sens de reproduction humaine, de lâespĂšce puisque lâon aura atteint lâeffectif plĂ©nier on sera comme les anges du ciel et lâon connaĂźtra auprĂšs de Dieu le bonheur quâil nous avait promis Mt 22,30. LâApocalypse aussi va tout Ă fait dans ce personne est unique Le sort des hommes est de mourir une seule fois et puis dâĂȘtre jugĂ©s » He 9,27. Câest cette tradition constante que lâĂglise a recueillie en affirmant donc que lâĂȘtre humain nâexiste que depuis sa conception et quâensuite, il connaĂźt une fois la mort â et une fois seulement â et que câest lĂ quâil Ă©tait jugĂ© dans une premiĂšre forme de jugement, qui sâappelle le jugement particulier, qui ouvre sur un choix radical entre la volontĂ© de Dieu et, au contraire, le rejet de Dieu avec la possibilitĂ©, si la vie nâa pas Ă©tĂ© toujours dans lâaxe de ce choix positif, dâune rectification, dâune purification ce quâon appelle le purgatoire. Viendra ensuite le jugement dernier et la rĂ©surrection de la chair Je crois en la rĂ©surrection des morts » nous fait dire le Symbole de NicĂ©e-Constantinople. Câest le Christ Sauveur qui nous libĂšre, et non une sĂ©rie de rĂ©incarnations jusquâĂ atteindre une perfection illusoire par nos propres RĂ©vĂ©lation insiste sur lâidĂ©e que chaque personne humaine est unique aux yeux de RĂ©vĂ©lation insiste sur lâidĂ©e que chaque personne humaine est unique aux yeux de Dieu. Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? MĂȘme si elle lâoubliait, moi, je ne tâoublierai pas » Is 49,15. Dieu nous aime ainsi, personnellement, et il nây a pas de rĂ©incarnation en dâautres personnes. Câest impossible, illogique, contraire Ă la foi et il nây a non plus aucun Ă©lĂ©ment rationnel pour y et le corps sont intrinsĂšquement liĂ©sLâidĂ©e de rĂ©incarnation sâoppose frontalement Ă la vision de lâĂąme et du corps que nous prĂ©sente le christianisme. Dans la perspective biblique et en toute logique philosophique traditionnelle, lâĂąme et le corps sontintrinsĂšquement liĂ©s et câest ensemble quâils constituent lâĂȘtre humain. Câest Ă©videmment cette vision de lâhomme qui est en jeu, câest-Ă -dire le rapport entre lâĂąme et le corps. Quâest-ce que nous sommes ? Est-ce que nous sommes le conglomĂ©rat dâune chair et dâun esprit, le corps est-il une chose quâon prend et quâon laisse ? Ce serait une forme de platonisme dans laquelle la corporĂ©itĂ© ne serait pas prise au sĂ©rieux, ni dâailleurs la notion de composĂ© humain tel que Dieu le crĂ©e, ce nâest pas une Ăąme dâun cĂŽtĂ©, et un corps de lâautre. Dâun point de vue philosophique, comme on lâa vu, lâĂąme est profondĂ©ment liĂ©e au corps, mais on peut aussi fonder bibliquement encore plus solidement les choses, parce que, clairement, le composĂ© humain tel que Dieu le crĂ©e nâest pas une Ăąme dâun cĂŽtĂ©, un corps de lâautre. Câest pour cela que lâĂglise affirme quâil nây a pas de prĂ©existence des Ăąmes, malgrĂ© ce quâaffirmait OrigĂšne, un PĂšre de lâĂglise pourtant trĂšs respectable par ailleurs. LâĂglise refuse clairement cette doctrine connexe Ă celle de la rĂ©incarnation, surtout au deuxiĂšme Concile de Constantinople au VIe siĂšcle nous nâexistions pas avant de naĂźtre, nous nâĂ©tions rien avant dâĂȘtre conçus et notre nature est celle dâun ĂȘtre composĂ© dâĂąme et de corps. Nous ne sommes pas des anges par dĂ©faut on nâest pas deuxiĂšme ange », comme disait le la charniĂšre du matĂ©riel et du spirituelCe qui est propre Ă lâhomme, câest dâĂȘtre Ă la charniĂšre du monde matĂ©riel et du monde spirituel. Ce qui fait notre humanitĂ©, câest de nous trouver Ă la charniĂšre, en quelque sorte, des deux ordres de crĂ©ation que Dieu a voulus la crĂ©ation matĂ©rielle, avec toute sa splendeur, ce cosmos avec la prodigieuse variĂ©tĂ© des ĂȘtres que le peuplent, et, dâautre part, la vie de lâĂąme, de la raison, de la pensĂ©e et de lâamour, qui est celui auquel appartiennent les anges, mais eux, sont des formes immatĂ©rielles. Nous, nous sommes dans une situation qui nous permet de faire chanter la crĂ©ation inanimĂ©e qui, sans cela, serait sans voix. Et faire chanter la louange du CrĂ©ateur donne un sens Ă cette ne trouve pas tant sa joie dans la rĂ©gularitĂ© du mouvement des sphĂšres que dans cette libertĂ© créée, appelĂ©e Ă consoner avec sa libertĂ© ne trouve pas tant sa joie dans la rĂ©gularitĂ© du mouvement des sphĂšres que dans cette libertĂ© créée, appelĂ©e Ă consoner avec sa libertĂ© Ă©ternelle. Il veut quâĂ travers les alĂ©as de notre vie nous parvenions librement Ă interagir avec lui et Ă donner une conscience Ă toute la crĂ©ation. Or tout cela nâest possible que parce que nous sommes immergĂ©s dans cette crĂ©ation par notre corps. Donc la mort, qui existe bien sĂ»r depuis le pĂ©chĂ© dâAdam, est une sorte de cassure de cette chose si merveilleuse que Dieu avait voulue. Bien sĂ»r, il y a quelque chose de nous qui va pouvoir survivre Ă la mort du corps. Nous nâallons pas vers une extinction totale. LâĂąme, nous ne disons pas trop ce que câest, la Bible a plusieurs mots pour en parler lâhomme intĂ©rieur », le cĆur » et lâĂąme » comme dit JĂ©sus lui-mĂȘme quand il dĂ©clare Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps, mais ne peuvent pas tuer lâĂąme » Mt 10, 28. Cela veut dire quâil y a quelque chose de nous qui reste, comme le fil qui relie les perles du collier, câest lâĂąme qui relie ainsi les diffĂ©rentes phases de notre existence sur terre, aprĂšs la mort, et pour la vie de sujet spirituel est portĂ© par quelque chose qui ne va pas ĂȘtre soumis Ă la mort, mais que la mort quand mĂȘme atteindra profondĂ©ment, comme un escargot sans sa coquille. Quand Dieu pense Ă lâhomme, il pense Ă tout lâĂȘtre humain, corps et Ăąme. Par exemple, un sourire â est-ce que câest lâĂąme, est-ce que câest le corps ? â Ce sont les deux, ensemble. Et tout ce quâil y a comme expĂ©rience plĂ©niĂšre dans notre vie se fait Ă travers lâĂąme et Ă travers le corps qui en est comme la caisse de rĂ©sonance. Câest de cet ĂȘtre lĂ que Dieu est notion de jugementCette croyance sâoppose Ă©galement Ă la notion de jugement de Dieu qui est essentielle et que nous recevons de la Tradition biblique, car un jugement Ă rĂ©pĂ©tition nâest plus un jugement. Nous entendons souvent Comment, au terme dâune vie qui peut ĂȘtre brĂšve et sans intĂ©rĂȘt, peut-on ĂȘtre jugĂ© pour lâĂ©ternitĂ© ? » ou encore Quâest-ce quâon vit sur terre ? Dix ans, vingt ans, trente ans, cinquante ans⊠quâest-ce que cela en regard de lâĂ©ternitĂ© ? Nous engagerions sur un seul coup de dĂ© tout notre avenir câest invraisemblable ! Dieu ne peut pas nous juger ainsi, comme il ne peut pas juger des petits bĂ©bĂ©s quâest-ce quâils ont fait de mal ? », etc. La croyance en la rĂ©incarnation semble plus rassurante, qui dit Dâaccord, il y a des consĂ©quences Ă nos actes ; si nous avons Ă©tĂ© cruels, on revivra peut-ĂȘtre sous une forme animale Ă©prouvante ; il y aura un chĂątiment immanent, mais il nây aura pas de jugement dĂ©finitif et on pourra, de vie en vie, se purifier jusquâau retrouver la PlĂ©nitude le NirvĂąna », etc ». Le refus de la notion de jugement absolu Ă partir dâune seule vie fait aussi partie de lâargumentaire des que lâhomme est libreFace Ă tout cela, il faut dâabord revenir Ă la notion biblique de jugement », qui nâest pas un jugement arbitraire. Il nây a pas un Dieu capricieux qui dirait sans raison Celui-lĂ est bon pour lâenfer », celui-lĂ , je vais lâamener au paradis ». Le jugement est au contraire la mise Ă jour de lâorientation profonde dâune libertĂ© sur les choix successifs quâelle a Ă©tĂ© amenĂ©e Ă faire. Câest dans la confrontation ultime de lâhomme et de Dieu que se jouera lâĂ©ternitĂ© de lâhomme, qui est appelĂ© Ă donner une rĂ©ponse dĂ©finitive Ă Dieu. Si nous nâĂ©tions jamais capables de donner une vraie rĂ©ponse Ă Dieu, cela voudrait dire que tout peut toujours ĂȘtre remis en cause et que jamais nous ne connaĂźtrons un bonheur durable. Si les choix que nous faisons Ă un moment peuvent toujours ĂȘtre remis en cause Ă un autre moment, ce serait trĂšs triste, car cela voudrait dire que jamais nous ne pourrons connaĂźtre un bonheur durable. Donc, Ă lâinverse, si nous croyons que Dieu nous a créés par amour parce quâil veut pour nous un bonheur Ă©ternel, cela veut dire quâĂ un moment â pas tout de suite, pas dans lâinstant â mais le jour de la rĂ©surrection, Dieu ayant obtenu de nous une rĂ©ponse qui sera dĂ©finitive, nous donnera un bonheur lui aussi dĂ©finitif partager sa vie pour jugement nâest pas autre chose que cette capacitĂ© de lâhomme dâune vraie rĂ©ponse Ă lâamour de Dieu. Câest notre grandeur dâĂȘtres humains dâĂȘtre soumis Ă un choix ultime. Notre libertĂ© a Ă©tĂ© rendue capable dâun vrai choix, dâun choix qui engage la vie. Et câest cela, le jugement qui se fera dans la justice, la vĂ©ritĂ© et lâamour. Dans les tĂ©moignages des expĂ©riences de mort imminente EMI, on trouve Ă©galement une forme de confirmation de la doctrine chrĂ©tienne il est frappant de constater que sur tous les continents et dans toutes les cultures, tous ceux qui sont revenus dâun Ă©tat trĂšs proche de la mort dĂ©crivent une expĂ©rience en tous points conformes Ă la doctrine chrĂ©tienne, avec lâidĂ©e dâun jugement dans lâamour et la lumiĂšre, et au milieu de la communion des saints et dans la proximitĂ© des Ăąmes des personnes de donner une rĂ©ponse dĂ©finitiveComment comprendre et aider Ă avancer ceux qui ont cette vision des choses qui leur paraĂźt plus rassurante, plus naturelle, plus normale, moins stressante que lâidĂ©e dâun jugement dĂ©finitif ? Il faut insister sur le fait que la grandeur de lâhomme est de pouvoir donner Ă Dieu une rĂ©ponse dĂ©finitive et que sans cela il ne serait pas possible dâatteindre un bonheur parfait et durable. Certes, câest dĂ©jĂ beau dâessayer de dĂ©passer lâĂ©chelle de la vie prĂ©sente, dâĂ©lever le regard au-delĂ et dâavoir finalement conscience que notre existence fait partie dâune destinĂ©e globale, et nâest pas simplement un Ă©piphĂ©nomĂšne destinĂ© Ă disparaĂźtre. Mais, dâun autre cĂŽtĂ©, la solution que propose la rĂ©incarnation, qui semble simple et facile, nous maintient dans un Ă©tat dâenfance et nous empĂȘche dâaffronter la rĂ©alitĂ©. Câest lâidĂ©e quâau fond, on peut toujours effacer sa copie, alors quâĂ lâinverse, un adulte sait que, dans le monde rĂ©el, il y a des choix irrĂ©versibles et que câest en les affrontant quâon se dessein de DieuEn revanche, la RĂ©surrection de la chair, telle que le Nouveau Testament nous la prĂ©sente, nâest pas du tout lâimage que lâhomme se fait naturellement de lâaprĂšs-mort. Elle ne rĂ©sulte pas de la projection de notre dĂ©sir, parce quâon nâaurait pas dĂ©sirĂ© ni imaginĂ© cela, elle ne procĂšde pas du rĂȘve dâune Ă©ternitĂ© compensatoire des tristesses de cette vie. Elle correspond vraiment Ă ce que Dieu nous a rĂ©vĂ©lĂ© de son dessein sur nous. Si nous ne lâavions pas reçu, cela nâaurait certainement jamais germĂ© autrement et dâailleurs cette idĂ©e nâest prĂ©sente nulle part ailleurs que dans le aussi Les quatre enseignements que le Christ nous donne au moment de sa RĂ©surrection
La superstition a toujours accompagnĂ© lâhumanitĂ© Ă travers lâhistoire et dans toutes les civilisations. Il convient de connaĂźtre la dĂ©finition de la superstition pour comprendre ce quâil en est rĂ©ellement et sâapercevoir de la place quâelle occupe dans la vie de lâHomme. Quâest-ce-quâune superstition ? La superstition est une croyance irrationnelle qui attribue des caractĂšres fantastiques ou sacrĂ©s aux faits, aux gestes, aux paroles. Telle est la dĂ©finition de base retenue. La dĂ©finition des superstitions a changĂ© avec le temps. Ainsi, au XIVe siĂšcle, la superstition Ă©tait considĂ©rĂ©e comme » la religion des idolĂątres » ou » lâadoration de faux dieux . Cette dĂ©finition a Ă©tĂ© formulĂ©e dans un contexte oĂč la science a triomphĂ© des sociĂ©tĂ©s. Au XVIIIe siĂšcle, dans un registre plus ouvert et neutre, le terme superstition a Ă©tĂ© employĂ© pour dĂ©signer toute religion et / ou prĂ©jugĂ©s qui vont au-delĂ de la raison. Psychologie et superstitions Dans le domaine de la psychologie, et plus particuliĂšrement Ă la suite des explications du Dr Stuart A. Vyse, la superstition dĂ©coule du processus de dĂ©fense face Ă des situations difficiles. Lâhomme crĂ©e des rituels qui apaisent et confrontent sa peur de lâinconnu. Les superstitions, en effet, donnent Ă lâhomme lâimpression de savoir Ă lâavance les effets ou les rĂ©sultats dâactes, de faits ou de paroles. Suivant cette optique, la vision psychosociale Ă©tablit que la superstition est un mĂ©canisme dâadaptation propre Ă lâHomme reposant sur la maĂźtrise de lâinteraction entre lâĂȘtre humain et son environnement. Plusieurs types de superstitions Il existe plusieurs sortes de superstitions. Certains ont une connotation nĂ©gative, dâautres prĂ©disent le bonheur. Il existe Ă©galement une troisiĂšme et derniĂšre catĂ©gorie de superstitions qui ne sont ni positives ni nĂ©gatives, mais qui apportent une certaine clartĂ© sur certains faits. Il arrive, par ailleurs, que des Ă©vĂ©nements soient considĂ©rĂ©s comme des annonces de malheur dans certains pays ou chez certains peuples mais reprĂ©sentent des signes de bonheur dans dâautres pays ou chez dâautres peuples. Voir un chat noir est-ce un mauvais prĂ©sage ? Selon la croyance toujours bien prĂ©sente en Occident, un chat noir traversant devant vous annonce un malheur. Dâautre part, croiser un chat noir est considĂ©rĂ© comme un signe de bonheur en Angleterre et au Japon. Pourquoi dit-on quâouvrir un parapluie dans une maison porte malheur ? Cette superstition sâexplique par le fait quâil Ă©tait trĂšs difficile dâouvrir les parapluies par le passĂ©. Le mĂ©canisme dâouverture Ă©tait complexe et exigeait souvent des mouvements plutĂŽt intenses et brusques. Il fallait, donc, se positionner dans un endroit vaste et bien Ă lâĂ©cart de tout objet et de toute personne pour Ă©viter les incidents lors de lâouverture du parapluie. Ainsi, le dĂ©ploiement dâun parapluie dans la maison pourrait causer divers dommages objets cassĂ©s, blessures, âŠ. Vendredi 13 est-il un jour maudit ? La crainte du vendredi 13 ou la paraskevidĂ©katriaphobie concerne un trĂšs grand nombre de personnes, notamment en Europe. Les personnes qui Ă©prouvent cette crainte restent gĂ©nĂ©ralement cloitrĂ©es chez eux et arrĂȘtent toute activitĂ© chaque vendredi 13 pour Ă©viter les mauvaises expĂ©riences. Des Ă©tudes ont mĂȘme permis dâĂ©tablir que lâĂ©conomie stagne, voire va Ă la baisse chaque vendredi 13. Le nombre 13 en lui-mĂȘme connote le malheur dans certaines sociĂ©tĂ©s. De mĂȘme pour le vendredi qui est considĂ©rĂ© comme un mauvais jour. Plusieurs Ă©vĂ©nements et mythes, dont des faits relatĂ©s dans la Bible sont Ă lâorigine de la malchance du vendredi 13. Pour dâautres le vendredi 13 est un jour de chance Cependant, certaines personnes associent le vendredi 13 Ă la chance. Cela explique notamment la hausse des paris et lâaugmentation des vente de tickets de loterie chaque vendredi 13. Pourquoi dit-on quâon risque 7 ans malheur quand on brise un miroir ? Cette superstition est basĂ©e sur la valeur du miroir dans les temps passĂ©s. Les minĂ©raux Ă©taient trĂšs prĂ©cieux dans lâAntiquitĂ© du fait de la trĂšs grande complexitĂ© de leur exploitation. Les premiers miroirs Ă©taient faits en pierre polie ou en mĂ©tal poli. Ce nâest que vers le Ier siĂšcle que les miroirs en verre sont apparus et ce matĂ©riau Ă©tait tout aussi rare et, donc, valeureux. Ainsi, les domestiques Ă©taient sommĂ©s par leurs maĂźtres de 7 ans de malheur sâils brisaient un miroir. Les croyances sur le chiffre 7 Le chiffre 7 fait rĂ©fĂ©rence aux cycles de la vie chez les Romains. Les 7 ans de malheur dĂ©signe, alors, toute une Ă©tape de la vie passĂ©e dans le dĂ©sastre total. Le miroir a toujours eu une symbolique forte au sein des diffĂ©rentes civilisations. Selon les croyances ancestrales grecques et romaines, le miroir est le reflet de lâĂąme. De ce fait, casser un miroir câest briser son Ăąme. Les autres superstitions Parmi les superstitions de bonheur qui portent encore les sociĂ©tĂ©s actuelles, on peut aussi citer les trĂšfles Ă 4 feuilles,le fer Ă chevalvoir un arc-en-ciel,lâĂ©toile filante qui exauce les vĆux les plus chers,le fait de toucher du bois pour Ă©viter le mauvais sort,croiser les doigts,porter une patte de lapin. Comment Ă©viter les malĂ©dictions ? Les superstitions et les prĂ©sages de malheur sont aussi omniprĂ©sentes au quotidien. Un grand nombre de personnes Ă©vitent alors de renverser du sel au risque dâĂ©coper de 7 ans de malheur,passer sous une Ă©chelle,se lever du pied gauche,se couper les ongles le soir,balayer la maison la le pain sur la table Les superstitions et les malĂ©dictions dans le domaine professionnel Chaque mĂ©tier a ses propres superstitions. Les plus connues sont celles qui alimentent le domaine de la couture et de la navigation marine. De nombreuses superstitions touchent le domaine de la couture. Se piquer un doigt avec une aiguille possĂšde une signification prĂ©cise qui varie suivant le doigt concernĂ©. Il peut sâagir dâun mauvais ou bon prĂ©sage. Faire tomber une paire de ciseaux indique la cessation de quelque chose. Le fil vert porte malheur. Un vĂȘtement cousu avec du fil vert porte, donc, malheur Ă celui qui le porte. Dâailleurs il est rare de voir Ă la tĂ©lĂ©vision une personne avec un pull vert sur lui ! Dans le secteur de la marine, la superstition tient Ă©galement une grande importance. Il est notamment interdit de prononcer le mot lapin » Ă bord des bateaux. A la place, lâĂ©quipage doit dire lâanimal aux longues oreilles » ou le cousin du liĂšvre » sâil est vraiment nĂ©cessaire de parler de cet animal. Par ailleurs, les navires ne doivent pas partir du port un vendredi au risque de subir de gros malheurs. Le domaine de la navigation en mer regroupe encore de nombreuses superstitions. Croire ou ne pas croire Ă chacun ses convictions Les superstitions ponctuent le quotidien et ne disparaitront pas de sitĂŽt. Y croire ou ne pas y croire relĂšve des dispositions personnelles. De mĂȘme lâassociation Ă la chance ou Ă la malchance repose sur les croyances individuelles.
croyance que tout objet a une ame